La BD de la semaine : "Les Fleurs du mal", du spleen ado au lien sadomaso

Avant de découvrir la nouvelle série de Shûzô Oshimi, Happiness (en janvier prochain aux éditions Pika), Pop Up’ vous recommande de vous familiariser avec ce mangaka (si ce n'est pas déjà fait avec Dans l’intimité de Marie, sa série la plus connue en France et disponible aux éditions Akata) réputé pour ses seinen aux ambiances bien malsaines. Dans Les Fleurs du mal - dont le septième tome paraît ce mois-ci aux éditions Ki-oon -, l'auteur nous entraîne au cœur d'une une relation sadomasochiste entre deux collégiens. Fascinant et dérangeant à la fois.

Ça parle de quoi ?

Dans cette petite ville de province, rien ne distingue Takao de ses camarades, à part peut-être son amour immodéré pour la littérature, et plus particulièrement Les Fleurs du mal, ce recueil de poèmes de Charles Baudelaire qu’il affectionne tant. Très réservé, ce jeune ado mène une vie tranquille, amoureux en secret de la jolie et populaire Nanako.

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Jusqu’au jour où Sawa, une autre camarade de classe, le surprend en train de subtiliser les affaires de sport de “sa muse”. Violente et effrontée, Sawa est une élève solitaire qui s’en prend régulièrement aux élèves et aux professeurs en les insultant. Disposant dorénavant d’un moyen de pression pour faire chanter Takao, elle va commencer à martyriser le jeune garçon et à déverser sur lui son mal-être, l’entraînant dans une relation de soumission de plus en plus violente.

Pourquoi on adore ?

Publié aux éditions Ki-oon depuis le début de l’année, Les Fleurs du mal aborde frontalement le thème du harcèlement scolaire. Un sujet souvent traité dans les mangas (l’auteur avoue s’être beaucoup inspiré de son expérience personnelle pour raconter cette histoire) comme A Silent Voice (également aux éd. Ki-oon) ou Life (éd. Kurokawa).

La petite ville dans laquelle il a grandi dans la préfecture de Gunma (centre du Japon), Baudelaire, la volonté de sortir du moule, Shûzô Oshimi a pioché dans ses souvenirs pour imaginer cette histoire. Plus étonnant, c’est sa femme (et plus particulièrement une dispute avec elle) qui lui a inspiré le personnage de Sawa, l’écorchée vive.

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Mais dans Les Fleurs du mal, Shûzô Oshimi va plus loin. Humiliation à caractère sexuel, violence verbale et physique, tout est bon pour dénoncer une société japonaise qui désapprouve les comportements anti-conformistes. Une contrainte très forte qui pèse sur les adolescents et nourrit leur mal-être. Pour Kawa, tout est bon tant que l’on n'est pas ce que l’on attend de nous. La jeune fille en est persuadée, il existe un pervers qui sommeille en chacun de nous et elle entend bien réveiller la face sombre du trop lisse Takao.

C’est malsain à souhait et l’on se demande au fil des tomes (onze au total) jusqu’où iront ces deux ados paumés qui s'entraînent mutuellement dans une spirale mortifère. C’est ce qui a fait le succès de cette œuvre, vendue à plus de 2 millions et demi d’exemplaires au Japon où elle a été adaptée en anime et en pièce de théâtre.

C’est pour vous si…

Vous aimez les lectures qui mettent mal à l’aise. Les tomes des Fleurs du mal, en dépit de leurs couvertures colorées, ne sont pas à mettre entre toutes mains et vous sortiront de votre zone de confort. On ne le répètera jamais assez, mais les mangas ne sont pas tous destinés à un jeune public.

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Les Fleurs du mal de Shûzô Oshimi, six tomes parus aux éd. Ki-oon, le tome 7 sera disponible le 23 novembre, 208 p., environ 6 euros.

Tous les visuels reproduits dans cet article sont crédités AKU NO HANA © Shuzo OSHIMI / Kodansha Ltd.

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