"Coucou les filles" : les mini-miss françaises de Youtube

Je sais depuis que mon fils a 1 an que Youtube est un média à regarder "sous autorité parentale". C'est à ce moment qu'il a découvert, entre eux épisodes de Petit Ours Brun, la vidéo de Dora qui va acheter la drogue. Alors, quand il m'a annoncé cette semaine qu'il était pressé d'être à vendredi pour "rechercher des vidéos de documentaires sur les dinosaures", je n'ai pas pu m'empêcher de préciser qu'on lui mettrait plutôt des liens en favoris, histoire qu'il ne se retrouve pas à mater un zgeg que son propriétaire aurait affublé du nom de T. Rex ou une extermination sadique de lézards.

Mais depuis quelques jours, j'ai une nouvelle raison d'avoir des sueurs froides. Dans quelques années, ma fille pourrait elle-même poster ses vidéos, devenir une "youtubeuse" et échanger des bons conseils de maquillage, noter ses jeux vidéo préférés ou faire une danse débile pour faire rire ses copines et tous ceux qui voudront bien regarder.

Naïve, je pensais qu'il faudrait que je deale avec ce problème biiiien après avoir refuser dix fois d'acheter une DS, d'offrir une tablette tactile ou d'inscrire mon morveux Facebook. Mais non. C'est pour très bientôt. Les minettes n'ont pas encore de seins mais savent déjà monter et publier leur "tuto" sur un site de partage de vidéo. Comme Mlle Nina, 10 ans au moment des faits.

C'est sa première vidéo et elle date du 25 décembre 2012. J'imagine la gamine qui reçoit son cadeau de Noël et l'étrenne immédiatement.

Il suffira donc d'un moment d'inattention pour que ma relouta se filme dans sa salle de bain en train d'expliquer comment on met de l'aïnaïneur.

(Une vidéo que j'ai découverte grâce à Nadia Daam)

Toutes ces gamines rêvent de devenir la prochaine Enjoy Phœnix, qui totalise plus de 450 000 fidèles sur sa chaîne Youtube. Mlle Nina, du haut de ses 11 ans, a déjà plus de 44 000 fans, même si l'envolée de sa popularité est extrêmement récente. Un monde entier fait de pots de blush, de conseils "pour avoir confiance en soi" et de Yankee Candle (putain, mais je suis la seule à ne pas connaître ces bougies ?)

Ce n'est pas que j'appréhende le jour où ma fille dira : "Coucou les filles" en faisant la barbie, c'est que j'aimerais qu'elle évite totalement d'entrer dans ce monde-là. Moi qui travaille sur internet et qui blogue, j'ai parfois envie que mes enfants restent le plus longtemps possible loin des réseaux sociaux, qu'ils soient écrits, photos ou vidéos.

Peut-être parce que si j'avais publié un conseil beauté le jour de mes 10 ans, ça aurait certainement ressemblé à ça.

Je préfère penser que, même à l'époque, j'avais fait preuve d'un certain second degré à l'époque. © Emma Defaud

Je préfère penser que, même à l'époque, j'avais fait preuve d'un certain second degré. © Emma Defaud

"Coucou les filles, alors moi ce que j'aime, c'est le fuchsia, la mousseline et la Panthère rose. Hihihi." J'avoue que, quand je retrouve ce type de photo, je suis infiniment reconnaissante à la vie de ne pas avoir eu de Facebook à cette époque. Mais même si j'avais publié ma photo ou ma vidéo cinq ans plus tard, en déclarant un amour du noir plus avantageux pour moi, ça aurait été une très mauvaise idée.

Parce que je n'aime pas les conséquences de cette mise en avant.

D'abord beaucoup se ridiculisent. Mais au lieu de boire leur honte pendant un an à l'école, elles y auront le droit encore bien après la présentation powerpoint de leur mariage.

Ensuite, j'aurais une certaine envie de baffer ma fille, si elle commence à faire sa star des réseaux au petit déj. Qu'elle prépare les tartines au lieu de bosser son œil charbonneux, sinon elle va le sentir passer mon tuto pour faire la vaisselle sans s'écailler le vernis. D'ailleurs, je l'ai déjà dit, elle n'aura pas de vernis.

Mais surtout, même celles qui s'en sortent plutôt bien sur le fond et la forme se retrouvent propulsées dans un flot de haine, où on traque la moindre de leurs incohérences, où on les traite de tous les noms, obligeant à d'incessantes "mises au point" ici ou  interminables et pénibles à écouter. Les attaques que provoquent ces vidéos vont bien au-delà des critiques jalouses et un peu connes. Récemment, en marge de la convention annuelle de Youtube, plusieurs contributrices américaines ont raconté les menaces de viol, le harcèlement sexuel ou l'espionnage dont elles étaient l'objet (article passionnant mais en anglais).

C'est de tout ça que je voudrais protéger ma fille. Sa bêtise, ma colère, la violence.

Mais je sais que l'adage "Avant j'avais des principes, maintenant j'ai des enfants" s'est vérifié à chaque étape depuis sept ans. Donc je vais me contenter de continuer à observer cet univers de loin et tenter de développer chez ma fille des goûts très éloignés de la poudre "Lancôme teint idole". Sinon, il me restera toujours la possibilité de lui montrer les conseils d'une autre Youtubeuse :

 

Publié par Emma Defaud / Catégories : vidéo

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