La "longue marche" de Mao et celle de Nico

Dans le JDD paru dimanche dernier, Nicolas Sarkozy confie qu'il "commence une longue marche". La "longue marche" est un mythe en Chine, un événement historique qui a contribué à l'accès au pouvoir de Mao Zedong. Cette référence à l'histoire de Nicolas Sarkozy est-elle accidentelle ou intentionnelle ? En tout cas, elle interpelle.

Je ne vais pas vous refaire l'historique de la "longue marche", ce serait long et fastidieux. Mais disons juste qu'il s'agit d'une fuite des forces communistes en 1934 devant les forces nationaliste d'un bastion du Sud, où ils étaient acculés, vers une autre région dans le nord en 1935. Ils ont parcouru 12 000 kms sur un an. Une vraie longue marche.  La situation était déjà désespérée en 1934 pour les communistes. Elle le devient encore plus au cours de ce périple. Cent mille communistes ont péri dans les combats, les privations et les purges.

Mais dans ce chaos, Mao prend peu à peu le contrôle du Parti en s'alliant avec Zhou En Laï (l'organisateur clé des forces du Parti Communiste, auparavant son ennemi), en purgeant l'armée rouge et les paysans des contrées visitées des éléments "antirévolutionnaires" de façon impitoyable et limite paranoïaque, et en écartant les hauts dignitaires.

Si cet épisode fut un échec sur le plan militaire, elle fut une victoire pour Mao sur le plan politique. Le Parti a réussi à faire de la longue marche le mythe d'une révolution qui ne meurt jamais. Et Mao a réussi. Il inspire la terreur, et s'impose en leader incontesté, c'est le futur Grand Timonier. Il se fait élire président du Comité central du Parti Communiste Chinois en février 1935.

Vous imaginez vous, Nico en Mao ? Les purges à l'UMP, la prise de contrôle du parti par l'élimination de quelques caciques pour, enfin, se faire élire Président... Pas sûr que Nicolas Sarkozy ait bien choisi sa référence historique... C'est justement ce que je trouve intéressant dans l'utilisation de cette expression : si on prête effectivement « deux neurones » à l'ex-président, il l'a utilisée en la vidant de son histoire.

Sarko Zedong

Pour mieux comprendre, prenons un autre exemple de perte de contexte historique. On entend souvent l'expression "la divine surprise" dans les médias. "Dette : “divine surprise”, la France emprunte moins cher." (Libération, 10-01-2012). Une "divine surprise" est une bonne nouvelle inattendue. "CAN 2013, la divine surprise du Burkina Faso." (Slate Afrique, 05-02-2013).  On semble avoir oublié que l’auteur de cette expression est Charles Maurras, journaliste écrivain et théoricien de l’Action française qui qualifia de "divine surprise" l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain dans un article paru dans le Petit Marseillais le 9 février 1941. L’expression fit fureur… Depuis, tout changement de l’histoire perçue comme positif est qualifié de "divine surprise" par ses partisans. ""Révolutions arabes" : la "divine surprise", ses acteurs, son avenir." (Revue humanitaire, Juillet 2011) "Depardieu est une divine surprise pour Poutine." (FranceTVInfo 05-01-2013)

Ainsi, à l'instar de la "divine surprise", la "longue marche" a perdu toute référence historique à Mao. On en retient juste l'idée d'une épopée, d'un défi presqu'impossible à relever. Courage Nicolas !

 

P.S. : merci à la talentueuse Agathe Andrieu pour son morphing troublant car tellement réussi.

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