Nicolas Sarkozy en ligne de mire de Robert Badinter

Un homme que l’on écoute. Dès qu’il prend la parole, le silence se fait. Robert Badinter présentait ce matin un rapport d’un groupe de travail de Terra Nova, plutôt ancré à gauche, sur le bilan de la politique sécuritaire.

Magistrats, avocats, policiers et gendarmes ont donc passé au crible les statistiques liées à la délinquance ainsi que les différents textes de loi qui fleurissent depuis 2002.

En ligne de mire des trois rapporteurs de ce travail collectif et de l’ancien sénateur socialiste qui a assuré la préface : Nicolas Sarkozy. L’ancien avocat n’hésite pas à parler « d’imposture, de charlatanisme et de mystifications ». Robert Badinter ne cache pas sa « longue irritation » d’entendre le chef de l’Etat et son actuel ministre de l’Intérieur dirent à l’envie que « la délinquance est en baisse ». « La délinquance n’existe pas, martèle l’ancien ministre de la justice. A aucun moment on vous dit que la maladie recule. Non, des maladies reculent. Il n’y a rien de comparable entre l’assassinat d’une vielle dame et le vol d’un sac à main ». Pour R Badinter en globalisant la délinquance, les autorités gouvernementales cherchent à induire les français dans l’erreur. « Une exploitation cynique et faite sciemment » plaide l’ancien avocat.

Il est difficile de prendre le pari en revanche que ce subterfuge verbal n’était pas aussi de mise dans la bouche des gouvernants de gauche.

« On abuse à des fins électorales et politiques » avance l’ancien garde des Sceaux qui note un glissement sémantique. « On parle désormais de victimes épargnées ». M. Badinter évoque ainsi plusieurs interventions récentes de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, se félicitant que la « baisse de la délinquance de 17 % représente 500 000 victimes en moins ». « Il n’a à aucun moment expliqué comment il arrivait à ce chiffre » s’interroge l’ancien avocat qui dénonce ainsi le recours à des victimes virtuelles.

Dans leur rapport, les auteurs mettent principalement en avant la multiplication des décisions législatives. « Un fait divers = une loi. Quatre lois sur la récidive depuis 2005 » précise Benoist Hurel, l’un des rapporteurs, par ailleurs secrétaire général adjoint du Syndicat de la Magistrature. 27 décrets ou lois à caractère pénal ont été adoptés depuis 2002. Certaines de ces lois, précise ce rapport, n’ont pas été suivies d’un décret d’application. D’autres se sont avérées inapplicables ou inefficaces. « Seul compte l’effet d’annonce » relève Robert Badinter.

Dans le même temps, le rapport souligne que le pôle financier du palais de justice de Paris est aujourd’hui au chômage technique. Chargés de mener des investigations dans les dossiers liés à la délinquance financière, les magistrats voient leur tâche se réduire comme une peau de chagrin. 101 dossiers en 2006. 21 en 2008.

Dernier axe d’attaque du rapport : la vidéosurveillance. Couteuse pour « des résultats qui ne sont pas à la hauteur ». 3,4 % de taux d’élucidation à Londres grâce à ces systèmes. 1,6 % dans la ville de Lyon.

Qui dit vrai ? Nicolas Sarkozy ou les auteurs de ce rapport. La campagne électorale est en tout cas lancée et comme en 2007, la sécurité est un thème de division entre les candidats.

Un sondage réalisé pour Terra Nova et effectué par Opinion Way sur les perceptions des Français en matière de sécurité donne le la. 80 % des français ont le sentiment que l’insécurité est en progression.

Publié par Dominique Verdeilhan / Catégories : Ma chronique

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