Esquisse de croquis d'audience au procès Clearstream

A défaut d’apprendre des éléments nouveaux hier à l’audience Clearstream, il fallait concentrer son attention pour étudier les comportements des différents protagonistes du procès.

Jetons un œil rapide sur les magistrats qui composent la cour. On l’a dit, si la Présidente laisse la parole libre à tous les participants à l’audience, cela transforme cette dernière en petite cacophonie judiciaire. Si l’assesseur de droite s’est presque transformée en personnage du musée Grévin, celle de gauche, ancienne juge d’instruction, pose quelques questions qui montrent plus son agacement  qu’une volonté de faire avancer les débats.

A gauche, les avocats généraux. L’un ne prend pas la peine de se lever comme c’est la tradition pour les représentants de l’accusation. Ce n’est pas pour rien que l’on parle du parquet. Le second se lève mais refuse toujours de parler dans le micro, ce qui amoindrit la portée de ses interventions.

Coté avocats. Il y a les jeunes collaborateurs des grands ténors qui passent les audiences le nez fixé sur le dossier ou sur l’ordinateur à la recherche de l’élément indispensable à leur « maître ». Il y a cet avocat devenu incontournable dans tous les gros dossiers qui ne cache pas sa nervosité par un «  toc ». Il passe régulièrement sa main gauche sur son crane avant de « triturer » ses cheveux d’un geste lent et régulier. Il y a cette autre figure du barreau à la démarche lente et prudente mais dont chaque question posée s’apparente à un coup de griffe. Il y a cet ancien bâtonnier, scrupuleux, consciencieux, qui appui toutes ses interrogations sur les côtes du dossier. Il y a enfin coté défense cet avocat, ancien magistrat, qui est le seul à répondre aux questions des journalistes de l’audio-visuel à la sortie des audiences.

Du coté des parties civiles. Une seule personne physique assiste à la totalité des débats. Une autre, ancien directeur d’un journal du soir, fait quelques apparitions. Un avocat des plaignants fait sourire la salle car il n’oublie jamais de citer le nom de sa cliente quand il prend la parole. D’autres restent calés dans leur fauteuil comme on assiste à un spectacle.

Reste les principaux acteurs. Hier pour la seconde fois, le général Rondot était à la barre. En tout, le militaire est resté plus de 10 heures à la barre. Normal pour un ancien chef de renseignement…. Il tient à son honneur et n’apprécie pas que l’on mette sa probité en cause. Mercredi, il s’est dit lassé qu’on le prenne pour un « berniche », expression du Morvan pour qualifier l’idiot du village. En première instance, il s’était offusqué que l’on puisse penser qu’il « est un QI de pétoncle ».

Pour échapper à une nouvelle lourde condamnation, l’ancien industriel  Jean Louis Gergorin se livre depuis le début du procès à une séance d’auto flagellation. « Dans ma folie, dans ma paranoïa, je n’ai pas compris que les listings étaient faux ». « J’ai eu tort ». Visiblement l’homme est nerveux, survolté, à telle enseigne qu’hier dans son excitation naturelle il gratifie la présidente du tribunal d’un « Madame le Ministre ». Se rendant compte de son erreur, il se frappe le front comme un gamin pris en faute.

Imad Lahoud se défend régulièrement en accusant ses détracteurs d’être des menteurs. Lui qui fût condamné par le tribunal comme « menteur invétéré ». Pour témoigner de sa bonne foi, il répète à l’envie qu’il est aujourd’hui rentré dans le rang en étant professeur de mathématiques. Drôle de calcul.

Enfin, celui sans qui cette affaire serait une procédure banale et sans intérêt. Les premiers jours du procès ont du lui sembler long tant les débats se déroulaient sans lui. Mais depuis que son rôle est étudié par la cour d’appel, un autre Dominique de Villepin fait son apparition. Le verbe est toujours de grande qualité. Les mots sont choisis. Prendre la parole en audience ne pose aucun problème à celui qui s’est exprimé devant les plus hautes autorités internationales, à commencer par l’ONU. Mais cette fois, l’ancien premier ministre fait preuve d’énervement. Il hausse le ton, appuie ses explications de grands mouvements de bras. Il n’hésite pas non plus à mettre en cause le comportement de ses anciens collègues du gouvernement dans la gestion du dossier. Michèle Alliot-Marie, son homologue de la défense à l’époque qu’il vise sans la nommer. « Je ne cherche pas à éclabousser, déclare D de Villepin, mais je m’interroge pourquoi ces questions me sont réservées. Il est impensable que le ministère de la Défense n’est pas rendu compte en haut lieu ».

A 19 heures, comme tous les jeudis, Dominique de Villepin a quitté la salle avant la fin des débats. La vie politique reprend ces droits.

Publié par Dominique Verdeilhan / Catégories : Ma chronique

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