Procès Viguier: Y a-t-il un avocat général dans la salle?

 

Le procès du professeur de droit Jacques Viguier sera-t-il un jour étudié comme cas d’école dans les facultés de droit et à l’ENM ? Il est en tout cas singulier à deux titres. D’abord par rapport au crime lui-même. Ensuite eu égard à la façon dont le procès à Albi se déroule.

 

Les jurés sont confrontés à un meurtre sans cadavre et sans pièce à conviction. Le corps de Suzanne Viguier n’a jamais été retrouvé et le matelas du clic-clac a brulé dans une déchetterie.

 

Comme le dit son avocat, Maître Eric Dupond-Moretti, ce matelas est à la fois l’incarnation de l’échec du couple et la pièce maîtresse de sa supposée culpabilité. Pour l’accusation, le fait d’avoir fait disparaître ce lit sur lequel dormait son épouse – il faisait chambre à part - est la preuve qu’il est le meurtrier.

 

En posant à son client  5 questions, l’avocat lillois va porter un sérieux coup à l’accusation. Est-il vrai que votre mère a dormi dedans entre la disparition de votre épouse et le jour où vous l’avez jeté ? Est-il vrai que votre mère le trouvait inconfortable ? Est-il vrai que vous vous en êtes débarrassé en plein jour alors que vous pouviez être reconnu ? Est-il vrai que vous alliez régulièrement à cette décharge ? Est-il vrai que vous avez attendu 11 jours pour vous en débarrasser? A chaque fois, Jacques Viguier a répondu oui. Après quoi, Maître Dupond-Moretti s’est assis, convaincu d’avoir rééquilibré les plateaux de la balance.

 

Derrière le mystère du clic-clac, il y a celui de l’institution judiciaire prise en flagrant délit d’errance. On l’a déjà dit, nous sommes dix ans après les faits. Les parties civiles sont divisées, entre celles qui pensent Viguier coupable et ceux qui le disent innocent. L’accusation s’accroche à la version du meurtre, là où d’autres parlent de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Aux jurés de faire le tri.

 

En assistant aux audiences depuis plus d’une semaine, on a surtout envie de dire à ceux qui sont en train de réfléchir à la Chancellerie sur le deuxième volet de la réforme pénale de venir faire un tour à Albi. Le ministère de la justice a le projet de changer la donne dans le déroulement des assises. Alors qu’aujourd’hui, il est celui qui mène à l’audience l’instruction du dossier, il ne serait plus demain qu’un arbitre, distributeur de temps de parole. Ses ustensiles ne seraient plus en quelque sorte qu’un marteau et un sablier.

 

A Albi, si il y a un homme qui met en lumière la totalité du dossier qu’il connait à la perfection, qui pose toutes les questions qu’il est bon de se poser avant de juger un homme, c’est bien le Président Richiardi. A sa droite, Marc Gaubert, l’avocat général, noyé dans ses dossiers, intervient souvent à contre temps et sans que ses questions fassent avancer les débats mais aussi l’accusation. Régulièrement, les avocats de la défense, de la partie civile jettent en sa direction des regards inquiets et perplexes. Plusieurs fois, le président a été amené à le contredire.

 

Que serait donc ce procès si le président Richiardi n’intervenait plus que pour siffler les suspensions d’audience entre une défense bulldozer et une accusation en retrait.

 

Ceux qui écrivent la procédure pénale de demain ne doivent pas oublier un détail.  C’est le parquet général qui a fait appel de cet acquittement. Mais c’est un magistrat du siège, le président de la cour d’assises, qui donne à ce second procès sa légitimité.

Publié par Dominique Verdeilhan / Catégories : Ma chronique