La Justice en flagrant délit de couac

A l'image de ce qu'avancent parfois certains hommes politiques, faut-il parler d'un problème de communication pour évoquer les deux couacs judicaires de ce week-end.

Le premier débute vendredi. Le Président de l'association des victimes d'Emile Louis rend publique la teneur d'un courrier reçu quelques jours plutôt de la Chancellerie. La directrice des services judiciaires l'informe que l'Etat se refuse à indemniser les parents des filletes distarues. Déjà victime du tueur en série, les familles s'estimaient également victimes de l'institution judiciaire. Le dossier  a mis 30 ans avant de voir une issue par la condamnation d'Emile Louis devant les assises de l'Yonne, grace à l'acharnement des parties civiles face à un parquet qui  ne fut qu'un poids mort. L'inspection générale des services judicaires a reconnu les dysfonctionnements de la justice auxerroise en mars 2001 même si cela n'a pas été suivi de sanctions de la part du Conseil Supérieur de la Magistrature. Mais le représentant du ministère considère dans sa lettre que les demandeurs se sont en quelque sorte réveiller trop tard. Bref, circulez, y'a rien à voir.

Le samedi, le porte parole du ministère de la justice, Guillaume Didier, justifie cette décision. Sans nier l'affliction éprouvée par les victimes dans ce dossier, Il considère qu'il n'y avait pas d'autres solutions.

Le lendemain, le vent sur Auxerre et sur la place Vendôme a tourné.  Rachida Dati annonce, contre toute attente, que les familles seront indemnisées à hauteur de 25 000 Euros, comme elles l'avaient demandées. La garde des Sceaux redonne le sourire au Président de l'association mais dans le même temps, elle désavoue une de ses collaboratrices et son porte parole. Faut-il ouvrir une enquête pour savoir ce qui s'est passé ce week-end là à la Chancellerie?

Second couac. Vendredi soir toujours, un médecin du Samu de Valence (Drôme) est placé en garde à vue après la mort d'une octogénaire. Le praticien aurait commis des "gestes tout à fait bizarres au regard de la pratique médicale normale", selon les termes du procureur de la république.  Dans les rédactions, on s'interroge. L'a-t-il étranglé? L'a-t-il euthanasié? L'a-t-il violé?

Dans l'après midi de dimanche, le magistrat ouvre une information judiciaire pour "homicide volontaire".  Il ne s'agit donc pas d'une éventuelle erreur médicale mais d'un meurtre, autrement dit un crime passible de 30 ans de réclusion. Devant les caméras de télévision et les micros, le procureur réitère ses soupçons contre le médecin. Dans les rédactions encore,  on se dit  qu'après la garde à vue, le praticien en question pourrait peut être prendre la direction de la maison d'arrêt.

Seulement cinq heures plus tard, le dit médecin sort libre du cabinet du juge. "Aucune charge n'a été retenu contre mon client" se satisfait son avocat. Là encore que s'est-il passé? Pourquoi cet écart de vue entre un procureur et un juge? Pourquoi cette précipitation à communiquer de la part du parquetier? Rappelons nous que le même procureur était intervenu dans la disparition du petit Julien en janvier 2007. Là encore encore dès la garde à vue du beau père de l'enfant, le magistrat avait énormement communiqué. Remis en liberté, le jeune homme s'était suicidé. Un an et demi plus tard, le dossier est au point mort.  La mort de ce jeune garçon de 3 ans est toujours inexpliquée. "Nous avons plus d'incertitudes que de réponses" reconnaissait le procureur en janvier dernier.

La justice n'est pas faillible. Elle est humaine. Elle a le droit de commentre des erreurs. Mais peut être pas des fautes.

Publié par Dominique Verdeilhan / Catégories : Ma chronique