Les 50 milliards ne sont ni excessifs ni récessifs.

La présente semaine ne manquera pas de débats. Ni sur le programme de stabilité que la France doit présenter à ses partenaires européens. Ni sur les 50 milliards d’euros de moindres dépenses annoncés par le Gouvernement.

Ralentir la dépense n’est pas la réduire.

Un mot d’abord pour souligner qu’il s’agit de moindres dépenses et non de réduction de dépenses, comme on l’entend trop souvent. Les dépenses continueront d’augmenter sur les trois années à venir, comme elles n’ont cessé de le faire. Et elles continueront d’être financées à crédit, pour une grande partie, puisque nos ressources, même calculées de manière optimiste, seront loin de pouvoir les couvrir. Comment ne pas s’étonner que des parlementaires réputés compétents combattent pour dépenser plus, sans reconnaitre qu’il serait bien peu honorable de le faire en endettant massivement les générations suivantes.

Ecrire les engagements de la France en français.

Regrettons par avance que ce programme soit, comme les précédents, probablement écrit dans une autre langue que le Français. Il sera exprimé en ratio de PIB, alors que le débat démocratique se tient déjà en milliards d’euros. Je regrette qu’il n’ait rien été fait pour rendre plus transparente l’information publique, chacun continuant de jongler allègrement en points de PIB, sans bien mesurer ni illustrer le nombre de milliards dont on parle. En matière de démocratie éclairée, il est urgent de faire mieux si l’on veut mobiliser les Français sur les vrais problèmes du Pays. Je conserve le souvenir d’avoir demandé, lors de la campagne présidentielle, que chaque candidat présente sa trajectoire de finances publiques, sur les cinq années de mandat, en milliards d’euros. Cela n’avait intéressé personne à l’époque. Dommage. Il serait aujourd’hui édifiant de comparer, en euros sonnants et trébuchants, l’écart creusé entre les promesses et les résultats.

Tenir 3% est moins important que tenir la dépense.

Cela étant, ne nous laissons pas aveugler par le fétichisme des 3% de déficit. N’oublions jamais que le déficit est un solde, c'est-à-dire la différence entre dépenses et recettes et qu’il peut être la résultante de causes bien différentes. Soit un excès de dépenses, soit une insuffisance de recettes. Au pire, pour la France, ne pas respecter le seuil de 3%, dans le délai imposé par Bruxelles, ne serait pas tragique, si la cause en était une panne de recettes. Ce serait indéfendable, à l’inverse, s’il s’agissait de notre incapacité à maitriser nos dépenses. Car nos dépenses sont excessives ! Nous sommes vice-champions du monde avec le Danemark, sauf que ce Pays équilibre ses comptes ! Ce qui est loin d'être notre cas. Quant à nos recettes, soyons conscients qu’elles sont déjà d’un niveau moyen-élevé comparé à nos voisins. De sorte que notre problème, et tenons-nous le pour dit, tient au montant de nos dépenses et non à celui de nos recettes.

Réaliser 50 milliards d’économie n’est pas excessif.

Le chiffre de 50 milliards sur trois ans, avancé par le Gouvernement, est-il à la hauteur de l’enjeu ? Dès lors que notre déficit actuel est d’environ 88 milliards, il n’est pas excessif de freiner la dynamique de la dépense d’un cinquième par an. D’autant que sur les deux premières années du quinquennat, l’intégralité de la faible baisse du déficit a été financée par les recettes. Les 50 milliards sont donc un minimum. Ils ne sont d’ailleurs pas un choix, mais une nécessité, puisque nous sommes déjà "au taquet" en matière de recettes, dans un contexte grave de ras le bol fiscal. L’exécution de l’année 2013 illustrera l’extrême fatigue des contribuables et le danger de les contrarier davantage.

Ni excessif ni récessif.

Les théoriciens de la croissance par la dépense ne manqueront évidemment pas d’expliquer que cet effort freinera les perspectives de la croissance. Pour eux, toute dépense est bonne pour la croissance. Pour moi, les dépenses excessives nuisent à l'économie en détournant les ressources des emplois productifs. Sans entrer dans le débat usé sur les vertus du keynésianisme, à la théorie maintes fois rectifiée, la réalité oblige à dire que l’on peine à trouver des exemples, dans le monde, de redressements opérés par la magie des recettes. Alors que les consolidations budgétaires réussies contenaient toutes un volet « dépenses » essentiel. Les 60 milliards de dépenses supplémentaires engagées, au cours des deux dernières années, n’ont pas démontré leur performance sur la croissance. Quel que soit le coté scientifique des discussions en la matière, aucun point de vue consensuel n’est cependant atteignable, tant le reflexe idéologique est prégnant. Mieux vaut, alors, tracer la trajectoire qui semble raisonnable au plus grand nombre pour le futur programme de stabilité et débattre ensuite loyalement sur cette base.

Tracer une trajectoire qui cadre fermement la dépense.

Attendons celle qui nous sera présentée demain. L’exercice n’est pas simple. Il sera intéressant de voir comment le Gouvernement se sort de cette tenaille asphyxiante. J’espère que les mesures d’application ne seront pas trop détaillées car, à  ce stade, il est préférable que la programmation s’en tienne aux grandes masses, à charge de configurer, dans la foulée, les politiques publiques pour qu’elles y entrent, tel l’édredon dans la valise, et non l’inverse. Trop souvent l’addition de politiques couteuses ou de renoncements successifs aboutissent à oublier le respect des grands équilibres, d’où les dérives que nous connaissons trop.

Espérons donc que cette trajectoire ne reculera pas sur l’impérieuse nécessité de cadrer fermement la dépense.

Oui, les 50 milliards ne sont ni excessifs ni récessifs !

 

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