Il y a 35 ans : la présidentielle et les législatives de 1981

Affiche de meeting dans le cadre de la présidentielle de 1981

Pour la seconde fois, Marine Le Pen est candidate à l'élection présidentielle. Les législatives suivent un mois plus tard. Si la présidente du FN se voit bien au second tour le 7 mai 2017, l’enjeu majeur pour le FN se situe dans les élections législatives des 11 et 18 juin. Le FN s'y prépare sérieusement. Il vise plusieurs dizaines de députés à l'Assemblée nationale.

Depuis 1974, huit élections présidentielles se sont déroulées... et le FN s'apprête à vivre sa septième. En fait, cette histoire de la candidature à l'élection suprême aurait bien pu s'arrêter en 1981. Le 5 mai 1974, Jean-Marie Le Pen se présente à sa première présidentielle. Il obtient 0,74% des voix. À ce moment, 100 signatures de maires sont nécessaires. Sept ans plus tard, les candidatures des petits partis deviennent plus compliquées puisqu'elles sont sous-tendues, entre autres, par 500 signatures. 1981 reste une année particulière pour le FN sur différents plans. En ce qui concerne les élections, les résultats des législatives de juin sont les plus catastrophiques de sa courte histoire : 0,18% des voix. Un mois plus tôt, Jean-Marie Le Pen n’est pas parvenu à se présenter à la présidentielle.

Retour 35 ans en arrière : un moment fondateur pour ce qui n’est encore qu’un groupuscule politique… pas certain de survivre à sa première décennie d’existence.

La mise en place de la campagne

La campagne débute en février 1980. Le nouveau siège du parti, rue de Bernouilli dans le huitième arrondissement, est « vaste et décoré avec recherche, ce qui ne peut qu’influencer favorablement les visiteurs. Chaque pièce est desservie par un poste téléphonique moderne, coloré et à clavier ». Les responsables du FN considèrent que la candidature de Jean-Marie Le Pen est bien accueillie dans les milieux d’extrême droite. Quelques manifestations publiques ont lieu à Paris et en province. Elles sont doublées d’une propagande active : diffusion de Le Pen 81, de tracts et d’affiches et lancement de Radio Le Pen, « la voix de l’opposition nationale et des traditions chrétiennes ». Chaque jour, un bulletin téléphonique de trois minutes « au service de la vérité » est diffusé. À partir de juin, Radio-Le Pen émet 24 heures sur 24.

Pendant l’été, les opérations de propagande se poursuivent : inscriptions sur l’autoroute du Sud lors des premiers grands départs et mises en place de stands FN sur les aires de stationnement, affichages sauvages dans diverses villes. Mi-juillet, l’« opération caravane », animée par les responsables du parti, se déroule dans le Midi et en Bretagne. Des appels, de ce type, se succèdent : « Si vous êtes Français... et que vous teniez à le rester (...) vous n’avez qu’un seul recours : aider Jean-Marie Le Pen à vous défendre. Le gouvernement actuel de la France ne souhaite que la disparition de notre peuple. (...) Vous devez soutenir l’action du seul homme politique français qui sacrifie ses aises, sa tranquillité, sa carrière et risque sa vie (à ce jour, trois attentats, dont une explosion ayant totalement détruit son domicile) pour vous garder ces immenses avantages. Si vous ne (le) soutenez pas activement, (...) vous disparaîtrez en tant que Français, c’est-à-dire que vous connaîtrez la faim du tiers-monde, vous subirez la marée montante du crime, vous serez condamné au chômage par la ruine de l’économie française ».

En parallèle, des centaines de lettres sont adressées aux maires, accompagnées des formulaires de parrainage à retourner signés. Les militants reçoivent des « consignes précises » pour leur prise de contact avec les élus : s’adresser aux personnes qui ne sont pas marquées politiquement… en priorité, celles connues pour leur opposition à la libéralisation de l’avortement.

Une désillusion doublée d’un désastre politique

Début octobre, le contexte influe sur l’histoire du Front national. Le programme des déplacements de Jean-Marie Le Pen se voit profondément perturbé après l’attentat de la rue Copernic. Des salles lui sont refusées. Dans certaines villes, des bombages apparaissent pour protester contre la tenue d’un dîner-débat. Fin octobre, en Seine-et-Marne, on peut lire « Le Pen fasciste, Le Pen nazi, Le Pen dehors, nous écrasons les nazis ». Ces inscriptions à caractère antiracistes sont les premières d’une longue série.

Une des dernières réunions de campagne se déroule à Nantes le 6 avril. Devant une centaine de personnes, Jean-Marie Le Pen confirme ce qu’il sait depuis longtemps : il n’a pas obtenu les 500 parrainages. Le rapport des Renseignements généraux est cinglant : la « faible assistance (...) démontre le désenchantement, voire le découragement de ses partisans qui n’avaient d’ailleurs fait qu’un effort très mesuré pour la publicité du meeting ». Des carences sont observées dans l’organisation et la préparation matérielles des interventions du président du FN. Ces faiblesses structurelles s’expliquent par le manque de maturité du parti et par son inertie financière.

Jean-Marie Le Pen n’appelle pas à voter à droite pour contrer François Mitterrand. Les voix du FN se porteront sur Jeanne d’Arc, symbole héroïque d’une résistance et de la défense de l’identité française ; une façon détournée d’appeler à l’abstention. Le 10 mai 1981, second tour de l’élection présidentielle, le FN défile dans Paris pour symboliser la « révolte des patriotes ». Élu président de la République après vingt-trois ans d’exercice de la droite, François Mitterrand dissout l’Assemblée nationale et ouvre, de ce fait, la voie à 78 candidats défendant les couleurs du FN aux élections de juin 1981.

Le 14 juin, le FN obtient 0,18 % des voix. C'est son plus mauvais résultat. Au FN, on évoque sérieusement la fermeture de la rue de Bernouilli. Radio Le Pen pourrait également cesser. Plus grave, les dissensions politiques s'affichent au grand jour. La rupture avec le courant nationaliste-européen de Militant est imminente. Les finances sont catastrophiques. Le nombre d’adhérents est au plus bas : moins de trois cents. Le Front national s’apprête à vivre une nouvelle période de crise qui se révèle être, en fait, un moment de transition dans son histoire.

Jean-Marie Le Pen prépare la seconde période de son parti : celle de son apparition en tant que structure politique. Il choisit de donner un autre visage au FN : présentable et légaliste. Il commence par changer sa propre image, laissant ainsi à penser que ses idées suivent cette évolution. Il renonce à son bandeau sur l’œil gauche. Sa particularité physique l’a démarqué au sein du monde politique et l’a fait connaître. Maintenant, il s’agit de se normaliser. Avec « son œil de verre, sa physionomie paraît plus classique », rapporte Lorrain de Saint Affrique. Il modifie également l’histoire de son parti en en réécrivant quelques épisodes.

Ces années soixante-dix ont marqué et formé politiquement les cadres politiques qui les ont vécues. Rentré au FN en 1978, Carl Lang - un des bâtisseurs du FN - revient sur ce parti qui se « construit à partir de quasiment rien ». C’est à cette époque, explique-t-il, qu'il a le « plus appris. Nous avons connu des moments extraordinaires. Le Pen m’a appris la persévérance et à mener bataille quels que soient les résultats ». Il poursuit : « C’est-à-dire que lorsque vous vous êtes présenté à des élections en faisant systématiquement moins de 1 %, vous vous dotez d’une psychologie différente de militants ou de cadres qui n’ont que des succès électoraux. Et je crois que ceux de ma génération en tout cas, qui ont été des jeunes militants du Front national durant les années 1970, ont toujours gardé en mémoire cette période-là parce qu’en politique rien n’est jamais acquis. Et finalement, ce qui compte en politique, c’est pouvoir toujours défendre d’abord ses idées, et ce, quels que soient les résultats électoraux ».

En trois ans, les résultats du FN vont passer de 1 à 10 %. La période du début des années quatre-vingt est celle de la grande dynamique de Jean-Marie Le Pen et de son parti. Il manque alors à l’ancien député d'atteindre un de ses principaux objectifs : faire du FN une véritable force politique.

 

 

 

 

 

 

 

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