FN et communauté juive : une énième tentative de séduction

The Jerusalem Post du 13 avril 2016 publie un dossier intitulé : « Ces juifs qui votent FN ». On y apprend, entre autres, la création  d’ « une organisation informelle avant l’élection présidentielle, spécifiquement destinée aux électeurs juifs ». Le journal israélien dresse ce constat : « De plus en plus de juifs de banlieues, se sentant particulièrement menacés par l’antisémitisme musulman, estiment que le FN est le seul parti politique doté d’un programme susceptible de les protéger ».

La première information, confirmée par le FN quelques jours plus tard, se précise : il s'agit d’un nouveau collectif - distinct du parti - destiné aux électeurs juifs, présidé par Michel Thooris, proche de l'extrême droite israélienne et élu au Comité central du FN. Les statuts de l'association ne vont pas tarder à être déposés. Une « association de patriotes de confession israélite qui existait déjà en 2012 et dans laquelle Michel Thooris avait déjà des responsabilités », précise Marine Le Pen faisant référence à L'Union des Français juifs.

L'adieu à Israël avec Jean-Marie Le Pen

Cela fait un bon moment que le FN tente – vainement – de s’attirer le soutien des Juifs de France. Aux temps du père, une première phase de séduction est mise en place avec la création, en 1986, du Cercle national des Juifs de France par Robert Hemmerdinger. Quelques mois plus tard, Jean-Marie Le Pen prononce une intervention devant des membres du Congrès juif, à l’hôtel Waldorf Astoria, dans laquelle il va jusqu’à soutenir la création d’Israël. La tentative de rapprochement avec la communauté juive stoppe net avec le « détail ». En même temps, elle met au jour une question centrale pour le FN : sa position sur les « questions » juive et israélienne.

La stratégie géopolitique adoptée par Jean-Marie Le Pen à l’été 1990 bouleverse les codes frontistes. En août, l’Irak, dirigé par Saddam Hussein, envahit le Koweït. Le FN se prononce pour une solution « exclusivement arabe » de « nature à faire bouger l’opinion en direction de milieux issus en particulier de l’immigration qui jusqu’alors le percevaient comme un ennemi ». Si le président du FN se dresse contre une intervention de l’armée française en Irak, c’est qu’il pense avant tout qu’Israël tirerait parti de cette action pour se joindre à une action contre l’Irak. L’adoption d’un discours pro-irakien représente une nouvelle étape dans la construction du discours lepéniste. On peut même parler d’un retournement idéologique total du Front national. Le parti d’extrême droite adopte une position géopolitique précise en vue d’un soutien politique aux pays arabes et d’une intensification de sa propagande antisioniste. Jean Madiran, compagnon de route du FN, décrit dans son livre L’Adieu à Israël, le « tiraillement » auquel est soumis le parti d'extrême droite : considérant l’État hébreu comme un allié contre le nationalisme arabe « longtemps Le Pen fut l’homme politique français le plus favorable à l’État d’Israël », écrit-il. Cependant, poursuit-il, Israël s’est « associé aux accusations excessives d’antisémitisme et de racisme » portées contre l’extrême droite française. L’État hébreu a « choisi, contre la France française, le camp de la gauche internationale, cosmopolite et subversive ».

Une dizaine d’années plus tard, les choses ne vont pas à tarder à évoluer. La raison ? Marine Le Pen investit peu à peu le parti, notamment par le biais de son association Générations Le Pen. Le mot-maître ? « dédiabolisation »...  une stratégie qui s’officialise peu après le Congrès de Tours et qui concerne, en premier chef, un marqueur historique du FN : l'antisémitisme.

Un enjeu de taille pour le FN de Marine Le Pen

Depuis le Congrès de Tours, Marine Le Pen envoie, régulièrement, des signes aux Juifs de France. Rappelons une de ses premières déclarations de présidente du FN (Le Point, 3 février 2011) : « Tout le monde sait ce qui s’est passé dans les camps et dans quelles conditions. Ce qui s’y est passé est le summum de la barbarie. » Le FN entame la période mariniste en s’affranchissant du négationnisme : une étape obligée pour une éventuelle normalisation. En mai 2011, Marine Le Pen donne une interview dans Israël Magazine. Elle affirme que les « Juifs n'ont rien à craindre du FN ». Fin 2011, une délégation du FN se retrouve aux États-Unis. Cela fait la deuxième fois que Marine Le Pen s’y rend avec son cercle rapproché. Conduite par Guido Lombardi, elle part avec les mêmes objectifs que la précédente (2003) : séduire la communauté juive. La toute nouvelle présidente du FN n'y parvient pas. À aucun moment, elle ne s’affiche avec des personnalités politiques d'envergure, si ce n’est Ron Prosor, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, un entretien qualifié très vite de « malentendu » par les autorités israéliennes. Par la suite, Louis Aliot se rend, dans le cadre d’une visite privée, en Israël. Il faut « montrer aux Franco-Israéliens que le FN a évolué. Que le parti de Marine Le Pen n’est plus de la génération de son père », précise sur place Michel Thooris, alors candidat FN pour les Français de l’étranger dans la huitième circonscription, qui accompagne Louis Aliot ; des déplacements, qualifiés par le compagnon de Marine Le Pen, de « déterminants »... qui se révèlent être de véritables échecs.

Pendant la campagne présidentielle de 2012, le Cercle national des juifs français revient sur le devant de la scène. Il s’inscrit, explique alors Louis Aliot, dans la lutte « contre la discrimination organisée par le Crif et un certain nombre de lobbies ». De son côté, Marine Le Pen dénonce « l’antisémitisme islamique » et présente son parti comme un rempart destiné à protéger la communauté juive d'éventuelles agressions. Le 22 avril 2012, l'électorat juif se prononce à 13,5% pour le FN.

Une des priorités de la présidente du FN : rompre avec le FN paternel, notamment en balayant toute suspicion d’antisémitisme. Dans un entretien paru dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles (19 juin 2014), Marine Le Pen s’exprime peu après le énième dérapage de son père. Elle souhaite remettre les choses à leur place. Non seulement, affirme-t-elle, le FN n’est pas un adversaire des Juifs mais il est, « dans l’avenir, le meilleur bouclier pour (les) protéger ». L'exclusion de Jean-Marie Le Pen ne tarde pas. Elle entend symboliser la fin d'un compagnonnage incompatible avec les ambitions politiques du FN des années 2010.

La campagne pour la présidentielle de 2017 suit le chemin entamé depuis un long moment. La « dédiabolisation du FN ne porte que sur l’antisémitisme », expliquait en 2013 Louis Aliot, un des principaux artisans de cette tentative de rapprochement. Dans The Jerusalem Post, le vice-président du FN revient d'ailleurs sur son grand-père maternel, juif d'Algérie, André Salomon Sultan. À sa mort, rapporte Louis Aliot, c’est lui qui a hérité de « l’étoile de David (qu’il) portait autour du cou ».

Marine Le Pen se rendra-t-elle en Israël en 2017 ? Peu probable... Mais d'autres envisagent sérieusement un déplacement dans ce pays. Marion Maréchal Le Pen l'avait prévu en début d'année. Sa tante lui a fait comprendre qu'il n'en était pas question. Il semblerait que la députée du Vaucluse n'ait pas totalement abandonné son idée. Quant à Gilbert Collard, il pourrait s'y rendre en juin en vue d’une « normalisation des relations entre Israël et le Front National »... et, à plus long terme, pour préparer un éventuel « voyage de Marine Le Pen à Jérusalem ».

 

 

 

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