Bleu blanc rouge : comme Rassemblement et quoi d'autre ?

Capture d'écran - réunion de Jean-Marie Le Pen à Marseille (5 septembre 2015).

5 octobre 1972 : naissance du Front national pour l’Unité Française (FN).

5 septembre 2015 : création du Rassemblement Bleu Blanc Rouge (RBBR).

C'est un nouveau parti politique dont la dénomination reprend les couleurs « nationales »  Bleu-Blanc-Rouge.. une association pérenne dans l'histoire du FN. Un logo : une flamme bleu-blanc-rouge plantée sur un socle rouge, s’inspirant du parti fasciste italien le MSI (Movimento Sociale Italiano) ; une fête, les Bleu-Blanc-Rouge (BBR), mise en place aux lendemains des législatives de 1981 jusqu’en novembre 2006… mais aussi une sorte de triptyque au centre de la propagande visuelle du parti d’extrême droite. Affiches, bandeaux, tracts rendent compte, depuis plus de quarante ans, de cette permanence.

Une association pas que politique

À ses débuts, le FN investit peu dans le domaine de la propagande. L’affiche et le bandeau texte restent le matériel de base de sa propagande. Le FN n’a pas de visuel. L’imprimeur propose un fond sur lesquelles se détachent les lettres ou applique un mélange de couleurs dont le coût est peu élevé. Le FN opte immédiatement pour les couleurs bleu, blanc et rouge. Elles ont un impact visuel fort – le rouge est la première couleur perçue par l’œil. Pour ces raisons pratiques, la maquette est simple et repose sur une typographie à la mode. En intégrant ces contingences, le Secrétaire général Jean-Pierre Stirbois créé la première charte graphique du FN : bandeau, texte sur fond monochrome, flamme et mention de l’adresse du siège du parti. L’identification avec le FN est immédiate.

programme bandeau

 

L’affiche fondatrice de l’univers frontiste de la fin des années soixante-dix reste « Un million de chômeurs c’est un million d’immigrés de trop ! La France et les Français d’abord ! » :

million

Cette affiche, réactualisée plusieurs fois par la suite, ne fait pas que sortir le parti de l’anonymat en créant le scandale. Elle annonce une série d’autres supports prolongeant l’identité visuelle du FN. Le rouge étant la couleur négative, celle de l’interdit ; le bleu davantage positif, couleur de la réflexion. Dans une analyse classique des couleurs, le bleu se réfère à l’action du FN, le blanc annonce la fracture et le rouge évoque les immigrés.

Au, FN tout est bleu blanc rouge

Ce 5 septembre 2015 à Marseille, les trois Le Pen sont présents. Mais la nouveauté tient à leurs places respectives. Marion Maréchal-Le Pen et la présidente du FN se retrouvent à l'UDT. La salle du Parc Chanot et les coulisses (comme la boutique FN) affichent logiquement les couleurs bleu-blanc-rouge.

Non loin de là, dans le restaurant Le Mas de Grive, l’ancien président organise un déjeuner-débat. Pour la première fois de son histoire, Jean-Marie Le Pen est déclaré persona non grata à une UDT. Entouré, entre autres, d'anciens membres du service d'ordre du FN et des représentants régionaux du Parti de la France, le Département protection sécurité (DPS), et devant 300 à 400 de ses fidèles et amis du FN du « canal historique », l'ancien président s'est, lui aussi, mis aux couleurs de « son » parti : veste et parasols bleus, couronne de fleurs avec ruban bleu-blanc-rouge... affiches et bandeau qui rendent « honneur à Jean-Marie Le Pen ».

C'est dans ce décor qu'il annonce la création d'un parti « pas comme les autres » : le Rassemblement Bleu Blanc Rouge. « Je propose », avance Jean-Marie Le Pen, « que nous nous réunissions, vous ne serez pas orphelins, dans le Rassemblement Bleu Blanc Rouge (…) notre démarche (…) correspond à un équilibre et à un parallélisme des formes qui est une des règles de la vie politique et juridique (…) un appel que je lance aujourd’hui. (…) J’attends qu’ils soit, en quelque sorte, le détonateur du redressement national, de la renaissance nationale », le « pendant » du Rassemblement Bleu Marine. Le mot est lâché : le RBBR ne se positionne pas - pour l'instant du moins - comme l'adversaire du FN.

Les membres du FN et ceux de l’extrême droite française peuvent y adhérer, poursuit Jean-Marie Le Pen. Des propos qui surprennent sur deux plans : ceux qui pourraient rejoindre la nouvelle formation lepéniste sont, pour la grande majorité, des opposants au FN et attendent donc un parti concurrent. Ensuite, Jean-Marie Le Pen connaît bien les statuts du Front national qui, justement, s'opposent à cette configuration. Comme le stipule l’article 6 - « Qualité de membre » : « l’adhésion au Front national, n’est pas compatible avec aucune appartenance à un autre Parti ou Mouvement Politique, quel qu’il soit. Le membre du Front national qui enfreindrait cette règle serait automatiquement exclu (…) ». L’article 8 rajoute que la « qualité de membre de l’association se perd, entre autres, par l’adhésion à une autre formation politique ».

Il « faut que nous reconstruisions un mouvement national et que nous l’élargissions » continue Jean-Marie Le Pen. L'homme propose un discours typique du FN d'antan... qu'il ponctue d'une citation du collaborationniste Robert Brasillach.

Le Rassemblement Bleu Blanc Rouge commence son histoire. Reste à déterminer ses probabilités de se faire une place sur l'échiquier politique et d'exister en marge du FN. Déjà, Nicolas Dupont Aignan conteste l'utilisation de cette dénomination. Le président de Debout La France a déposé la marque éponyme auprès de l'Institut national de la propriété intellectuelle, en décembre 2012. Carl Lang, président du PDF, semble douter de la démarche de l'ancien président du FN. Les dissidents, aujourd'hui ralliés au « chef », vont-ils être dans la capacité de présenter leurs listes pour les régionales de décembre ? Et Jean-Marie Le Pen, âgé de 86 ans - qui ne se présente pas en PACA aux prochaines régionales - peut-il envisager sérieusement une candidature pour la présidentielle de 2017 face à sa fille ? Un cas de figure difficilement concevable et envisageable.

Une autre interprétation est possible : cette annonce ne serait-elle pas une nouvelle provocation de Jean-Marie Le Pen ? Mais, cette fois-ci, le but pourrait être tout autre que les précédentes : il s'agirait de calmer le jeu. L'homme n'a t-il pas tenter l'apaisement en évoquant une éventuelle « unité, condition sine qua non de la victoire en PACA » ? En attendant, le FN campe sur ses positions : Jean-Marie Le Pen reste indésirable. Marion Maréchal Le Pen pourrait être celle par qui le duel père-fille aurait une probabilité de s'apaiser.

Une marque Le Pen déposée... et garantie à vie ?

Jean-Marie Le Pen ne s'est pas rendu à l'UDT. Marine Le Pen s'y est exprimée devant près de 4000 personnes. Il faut encore plus à l'ancien président du Front national, exclu en tant que membre, critiqué par son parti, désavoué par sa fille... L'homme continue de se considérer, non seulement, comme le « chef spirituel du FN » mais aussi comme son propriétaire. Depuis toujours, et encore plus depuis quelques semaines, son attitude et ses propos confirment ce fait mais aussi d'autres détails, comme la présence du logo du parti sur les affiches de la réunion du 5. Mails il faut préciser un fait : c'est la flamme lepéniste, le label historique du FN. Celui-ci précède la flamme Marine, mise en place officiellement en 2011.

L'histoire du Front national montre que le parti d'extrême droite n'est pas identifié que par le patronyme Le Pen. Il  est également reconnaissable par des marqueurs et signes distinctifs qu'ils soient politiques et/ou visuels. La construction et la permanence de l'étiquette FN, inhérentes aux fonctionnements et aux succès de la formation politique, sont constitutives de la marque FN. Peu après la scission de la fin des années 1990, l'ancien frontiste Pierre Vial revient sur cette consubstantialité unique dans l’histoire politique française :

« Finalement les gens votaient Le Pen sans même toujours se demander ce qu’il y avait derrière [...]. Un jour, dans un bureau politique, Le Pen avait répondu à un membre du bureau politique qui souhaitait être candidat dans une élection législative (...) "De toute façon, tu sais, si je mets le nom de Le Pen sur une chèvre (...) la chèvre sera élue." Bon, c’était pas très gentil pour la dame à qui il s’adressait. Mais là il était visiblement convaincu de ce qu’il disait. Nous, ce que nous avons pris pour une plaisanterie sur le moment, je crois que c’était une certaine réalité. C’est que la marque Le Pen est déposée et que pour lui faire concurrence, c’est fort difficile. On a cru avec le MNR pouvoir faire une concurrence, et une concurrence suffisamment forte pour renvoyer le Front national à un rôle beaucoup plus modeste, on a fait une erreur ».

 Un temps qui pourrait être révolu.

 

 

 

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