Wangqingtuo, la face cachée des vélos partagés

Wangqingtuo, cimetière de vélos

Les vélos en libre-service fleurissent dans les mégalopoles chinoises. Mais ce marché gigantesque est en train de se transformer en cauchemar. A deux heures de Pékin, Wangqingtuo est surnommée “la ville des vélos”. Ancien eldorado des vélos en libre-service, elle fait aujourd’hui les frais d’un marché en baisse. 

 

 

 

Au premier abord, Wangqingtuo est une ville comme les autres. Une petite ville avec ses agriculteurs, ses oies, sa ferme et en face de celle-ci, son cimetière. Sauf que celui-ci n’accueille pas des tombes, mais des vélos. Des centaines de bicylettes vertes et bleues, qui rouillent doucement au soleil. Ces vélos proviennent des usines de la ville. Initialement destinés au marché du vélo en libre-service, ils ont été produits en trop grande quantité et abandonnés ici. 

Wangqingtuo, cimetière de vélos (crédits : Jeanne Spicarolen)

Il y a deux ans pourtant, le marché du vélo en libre-service était en pleine expansion et les investissements dans le secteur massifs. Ces véhicules ultra pratiques, débloqués à l’aide d’une simple application, ont connu un succès fulgurant. Du jour au lendemain, le monde entier s’est mis à pédaler. Et la Chine n’y a pas échappé : plus de 23 millions de vélos partagés roulent actuellement dans les grandes villes du pays, comme Pékin et Shanghai. Une opportunité alléchante pour Wangtingtuo, qui a ainsi prospéré grâce à des dizaines d’usines de vélo.

Un gâchis gargantuesque

Mais après tout succès trop rapide vient souvent le désenchantement : vols, vélos abîmés, commercialisés trop vite, en trop grande quantité, concurrence des marques, manque de moyens investis par les villes... Le marché a fini par s’effondrer, entraînant avec lui la fuite des investisseurs. Un échec expliqué notamment par la tentation de la gratification immédiate : les  entreprises n'ont pas pris le temps de construire des partenariats stables avec les villes dans lesquelles leurs vélos étaient implantés.

L’exemple le plus flagrant est sans doute celui d’Ofo. Géant du vélo partagé, ses couleurs jaunes avaient même envahis les trottoirs de Paris. Aujourd’hui, l’entreprise croule sous les dettes.

"Certains n’ont même pas quitté la ville, ils sont entièrement neufs”

Et le cimetière de vélo de Wangqingtuo est loin d’être le seul en Chine. A Xiamen, Shanghai, ou encore Hangzhou, toutes productrices de bicyclettes en libre-service, le gâchis est le même. Aujourd’hui, Wangqingtuo ressemble à une ville fantôme. La plupart des usines de vélos ont fermé, entraînant avec elles magasins et logements. Certaines arrivent à s’en sortir, comme l’entreprise de monsieur Su*, propriétaire de l’usine de Meibang. En 2017, après six mois de production pour des marques de vélopartages, il arrête la production. Aujourd’hui il continue à produire des vélos, mais seulement à destination des particuliers.

Pourtant Monsieur Rong, responsable du cimetière, continue de voir s'entasser jour après jour des vélos en libre-service. Car dans certaines parties de Wangqingguo l’activité se maintient : la ville continue de produire malgré les pertes : “La plupart de ces vélos vient de villes aux alentours de Tianjin. Une partie des vélos est cassée mais certains n’ont même pas quitté la ville, ils sont entièrement neufs.” Un gâchis immense pour cette initiative, saluée au départ pour ses vertus environnementales.

* Nom modifié

Publié par Bureau France TV Chine / Catégories : Non classé

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