L’UE a-t-elle perdu la Russie ?

 

Mogherini:Poutine

C’est une information passée inaperçue dans les grandes chancelleries occidentales : lors des fêtes de Noël, l’Europe, selon une enquête de l’Association des compagnies touristiques russes (ATOR), pourrait accueillir 25% de touristes russes de moins, que les années précédentes. Bruits de bottes, chute du rouble, sanctions et contre-sanctions, la classe moyenne russe, devenue frileuse, ira se réchauffer sous le soleil de Crimée. Désamour passager ou longue brouille ? Une fois encore, pour tenter de comprendre, il faut revenir aux années 90 et à la fin de l’URSS.

Premier quiproquo : le geste de Boris Eltsine et des ses deux acolytes ukrainiens et biélorusses, qui en décembre 91, décident d’un trait de plume de supprimer « l’empire du mal ». A Maastricht, où se tient le sommet de dirigeants européens, consacré au lancement de la monnaie unique, c’est la stupeur, puis l’incrédulité. De son côté, Washington affirme avoir gagné la guerre froide. Dans la foulée, le nouveau président russe Boris Eltsine, se tourne vers les caciques des 15 républiques membres de l’URSS et leur demande « de prendre autant de souveraineté que possible ». Géorgie, pays baltes, Ukraine, l’URSS se réduit comme peau de chagrin et 25 millions de Russes qui vivaient à la périphérie, se retrouvent propulsés « dans le proche étranger ».

Mais cette indépendance, et cela les Européens ne le comprennent pas, est octroyée par le pouvoir central. Moscou offre sa décolonisation et lorsque les conseillers de Eltsine le conjurent de reprendre la Crimée offerte à l’Ukraine par Kroutchev, le tsar Boris rétorque, superbe, « nous ne devons pas être mesquins ». Euphorie des nouvelles pages de l’histoire. Les Russes se sentent européens, Gorbatchev rêve de la maison commune… Lors de la réunification allemande, Kohl lui avait promis que l’OTAN ne se rapprocherait jamais des frontières de la Russie. Vaines promesses, et premier grand malentendu, bien perçu par Poutine.

Deuxième épisode : la politique de voisinage. Après le grand élargissement de 2004, l’Union européenne lance sa politique de voisinage tous azimuts, à l’est et au sud. Flop pour l’union de la Méditérannée dû largement aux maladresses de Nicolas Sarkozy, et ambiguités à l’est. Pour les Russes, l’UE attrape ou avale tous ses voisins, mais la grande machine européenne snobe Moscou, car les Russes ne sont pas tout à fait des voisins comme les autres… Le partenariat oriental de l’UE est vécu comme un cheval de Troie et d’ailleurs, l’ex président polonais Kaczynski ne cachait pas que le rôle de son pays était d’emmener l’Ukraine en Europe, et non de faire de Kiev une tête de pont entre l’est et l’ouest. Des Polonais intrépides, mais entrés dans le club européen avec leur poids de rancœur. Cette attitude accroît le malaise russe. Survient alors, la crise ukrainienne, l’envoi de trois ministres européens des affaires étrangères place Maïdan à Kiev, la signature d’un accord, aussitôt déchiré le lendemain par les Européens eux-mêmes.

Cette interprétation des événements, relayée par la propagande du Kremlin (qui est à l’origine des tirs meurtriers de sniper à Maïdan) va conforter l’opinion russe dans l’idée, que les Européens ne sont pas des partenaires fiables…

Aujourd’hui, à l’heure du mariage sino-russe sur les bords du fleuve Amour, et des multiples rencontres entre les présidents russes et chinois autour d’intérêts communs, comme le gaz sibérien, les Européens s’interrogent : avons-nous perdu la Russie ?

Il est vrai que après des années de flou diplomatique, de stop and go, l’Europe a été incapable de définir une stratégie commune face à l’ours russe.

Le premier défi, de Federica Mogherini, la nouvelle patronne de la diplomatie européenne, sera, avec les états membres de mettre en œuvre, enfin, une politique russe…

Poutine:Jinping

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