Le « Luxleaks » est il un « Junckergate » ?

Jean-Claude-Juncker-CC-European-Parliament

Après les révélations sur les pratiques fiscales du Luxembourg, lorsque Jean-Claude Juncker était premier ministre du Grand Duché, le président de la commission européenne se trouve dans une situation inédite : jamais un président de commission européenne ne s’est trouvé aussi affaibli quelques jours à peine après sa prise de fonction.

Jean-Claude Juncker doit il démissionner ?

Pour l’instant, seuls les europhobes (rejoints ce matin par l’agence financière américaine Bloomberg) demandent son départ. Pour eux, cette affaire est bien sûr une aubaine parce qu’elle alimente le sentiment facile selon lequel les élites européennes « asphyxient » les peuples avec l’austérité, sans contrepartie pour elles même.

Malgré tout, le constat est édifiant : le Luxembourg a privé les Etats Européens de milliards d’euros de recettes fiscales, au moment où les dettes publiques provoquaient une crise économique majeure en Europe. En clair, le Luxembourg a fait le choix des multinationales et de leurs actionnaires plutôt que celui des Etats et de leurs contribuables.

Jean-Claude Juncker : quelle crédibilité ?

 Le président de la commission européenne doit participer le week-end prochain au G20 à Brisbane. L’un des objectifs de ce sommet est la lutte contre l’évasion fiscale. La parole de l’Union Européenne, portée par Jean-Claude Juncker, risque évidemment d’être assez peu crédible…

Par ailleurs, la presse espagnole a rappelé ce week-end que Luis de Guindos, l’actuel ministre espagnol des finances était l’un des dirigeants d’une filiale de PriceWaterhouseCoopers (PWC) au moment où de nombreux accords fiscaux étaient signés entre le Luxembourg et des multinationales par le biais de… PWC.  S’il s’avère que Luis de Guindos a eu un rôle actif dans l’évasion fiscale d’entreprises espagnoles, en lien avec Jean-Claude Juncker, c’est une autre institution européenne, l’Eurogroupe (cénacle des ministres des finances de la zone euro et à laquelle les deux hommes ont appartenu) qui pourrait être fragilisée.

Pourquoi les dirigeants européens ne se sont ils pas montrés choqués par ces révélations ?

1/ D’abord parce que ce n’est une surprise pour personne. Tous connaissaient parfaitement l’attitude du Luxembourg et de son premier ministre en matière fiscale.

2/ Ensuite, parce que la fiscalité est une arme dont tous les Etats tentent – avec plus ou moins de succès - de se servir à leur unique profit. Le Luxembourg a érigé l’optimisation fiscale en système mais l’Angleterre, l’Irlande, les Pays-Bas, la Belgique et dans une moindre mesure la France permettent également aux grandes entreprises de payer peu d’impôts.

3/ Enfin et peut-être surtout parce que, pour les dirigeants européens, condamner Jean-Claude Juncker reviendrait à se renier : le 27 juin dernier à Bruxelles, lors d’un sommet européen, 26 des 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont voté pour le Luxembourgeois (y compris François Hollande, seuls Cameron et Orban avaient voté contre, mais pour d’autres raisons). Aucun des 28 n’ignorait alors les pratiques fiscales de Jean-Claude Juncker. Il est vrai aussi que son parti, le PPE, avait remporté les élections européennes qui précédaient et que les 28 se devaient de le choisir.

 Et maintenant, que va-t-il se passer ?

Rien. Ou presque. Sauf si l’incendie s’étend, ce qui est peu probable. Pour le moment, Jean-Claude Juncker se fait discret : il fuit les médias et les apparitions publiques. Sa seule déclaration sur le sujet est ici :

https://blog.francetvinfo.fr/bureau-bruxelles-france2/2014/11/06/evasion-fiscale-au-luxembourg-la-reaction-de-jc-juncker.html

Le président devrait laisser des membres de la commission européenne monter au créneau à sa place. Pierre Moscovici a ainsi par exemple déclaré ce matin à Paris que « Juncker est conscient qu’on est entré dans un monde sans secret bancaire »…

Pour préserver sa légitimité, Jean-Claude Juncker est donc condamné à se montrer très combatif sur la fiscalité au cours de ces cinq prochaines années. Mais même s’il le fait, il a toutes les chances de perdre, non seulement parce que beaucoup en Europe n’accepteront pas que « le braconnier devienne garde-chasse », mais aussi parce que les décisions sur la fiscalité dans l’Union Européenne se prennent à l’unanimité des 28. Autant dire : jamais.

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