Idée reçue n°20 : l’Europe, c’est ch...

 

L’intérêt limité que suscite l’Europe s’explique certainement par son objectif initial. La construction européenne a en effet commencé par une idée simple : créer des « solidarités de fait » par l’intégration économique. Et c’est donc par un processus souvent technique que le « marché commun » s’est établi. Au menu, donc: abolitions des barrières tarifaires, harmonisation ou encore reconnaissance mutuelle! Des concepts peu évocateurs, voire en effet, ch…. ! Pas facile de créer une ferveur populaire avec de telles notions. Mais – et cette série d’idées reçues a eu à cœur de le démontrer – l’Union Européenne a depuis évolué et traite de sujets beaucoup plus larges dont certains sont au cœur des préoccupations des citoyens. Et les exemples sont nombreux : politiques d’immigration, transports ou encore l’euro. Mais, alors où est le problème ? L’Union semble en effet aujourd’hui traiter d’autant de sujets « chauds » que les parlements et gouvernement nationaux. Comment rendre alors ces débats plus visibles aux yeux des citoyens ? Et qui doit s’en charger ?

 
Pour y répondre, les institutions – la Commission européenne en tête - s’est embarquée dans une nouvelle stratégie de communication pour lutter contre le déficit démocratique qui se creuse entre elles et les citoyens européens. Elle reconnaît au moins le problème! Mais elle ne devrait pas y voir la panacée ! Le risque est en effet de confondre communication et information. Or, sur le long terme, l’Europe ne deviendra plus compréhensible et donc plus légitime aux yeux de « Monsieur-tout-le-monde » qu’à partir du moment où le Parlement Européen, le Conseil de l’UE et la Commission se seront imposés dans les colonnes de nos journaux et au sein de nos journaux télévisés. Et ça prendra du temps !
 
Pour que ceci arrive un jour, l’UE doit donc faciliter l’accès à l’information des journalistes. Elle ne doit pas essayer de les remplacer, ce n’est pas son rôle ! Or, à l’heure actuelle, les barrières à l’information sont nombreuses! Le Conseil de l’UE reste un cénacle de diplomates qui demeurent étranger à toute notion de transparence. La Commission étant également – en plus de son Collège de Commissaires – une administration, elle n’a pas encore saisi qu’elle se devait d’être réactive et disponible lorsqu’un journaliste avait besoin d’une information essentielle pour boucler son reportage, ce parfois dans l’heure ! Mais reconnaissons tout de même que le Parlement Européen a pris le pli en la matière. Il s’ouvre de plus en plus et les interviews avec les députés européens se multiplient. Et ces hommes politiques – contrairement à ce qu’on vous raconte, sont loin d’être « ennuyeux » !
 
Enfin, le rythme législatif européen – forcément plus long, puisque regroupant plusieurs niveaux de gouvernance – ne facilite certainement pas la tâche! Il peut en effet se passer plus de 2 ans entre le moment où la Commission propose un texte et où et le Conseil de l’UE et le Parlement Européen l’auront adopté. Quand le journaliste doit-il alors couvrir le débat sur la nouvelle législation ? S’il le fait au début, cela risque de renforcer le sentiment que c’est la Commission qui décide alors que c’est elle qui propose. Durant la discussion alors ? Oui mais elle est parfois très longue donc il est difficile d’assurer la continuité…Bref, les barrières existent ! Mais il y a des contre-exemples en la matière: prenez le Paquet Energie Climat ! Il a été adopté en moins d’un an ! Volonté politique quand tu nous tiens…
 
Pour conclure : l’Europe n’est donc pas…fastidieuse! Les institutions européennes dérangent, perturbent et déconcertent : c’est vrai ! Ses acteurs parlent un vocabulaire propre : c’est vrai ! Leur travail est-il pour autant ennuyeux ? Certainement pas. Le projet européen manque de souffle ? Sans doute ! Durant l’après-guerre, la perspective de paix a été un élément fondateur de l’Europe. C’était un rêve ! Aujourd’hui la paix est une réalité et elle ne fait donc plus…rêver ! Il manque donc dans le projet européen ce petit plus, ce petit quelque chose qui permet de transcender les différences nationales et d´oublier les aspects technocratiques tout en justifiant l´Europe pour les citoyens…En fait, l’Europe est en quelque sorte la victime de ses succès passés. A nous de lui donner de nouveaux défis!
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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