Idée reçue n°19 : Le vote d'aujourd'hui ne changera rien à l'Europe

 

Mais ça aurait pu être vrai ! Et d’ailleurs ça l’a été par le passé. C’était d’ailleurs l’époque dorée du tandem : Conseil des Ministres-Commission européenne ! Le Parlement européen n’avait qu’un rôle consultatif et cette assemblée représentant les citoyens européens ne se réunissait que pour « faire joli », c'est-à-dire, y tenir des discours enflammés ou produire des rapports sans décider de rien. Mais l’Europe a changé ! Aujourd’hui le Parlement Européen co-décide des règlements et directives européennes. Et donc dans la plupart des cas, l’opinion et l’approbation du Parlement Européen sont indispensables à l’adoption d’un acte communautaire.  
 
Voter « Europe Ecologie », UMP, PS, Modem ou NPA pour ne citer qu’eux, aura donc un impact certain sur la façon dont l’Union Européenne définira - dans les années à venir - sa politique face au réchauffement climatique, sa politique migratoire ou encore la façon de libéraliser les services à l’échelle européenne…Qu’on apprécie ou non le sujet débattu, le vote de ce dimanche influencera directement l’avenir de ces thématiques en décidant des équilibres au sein du Parlement Européen. Actuellement, ni le PPE ni le PSE n´ont une majorité absolue. Donc des alliances ad hoc sont nécessaires pour adopter des actes ! Le Groupe centriste/libéral ALDE et le groupe des Verts Européens ont ainsi pu jouer le rôle d’arbitre même s’ils comptent peu d’élus ! Aux électeurs donc de décider si ces équilibres doivent ou non être préservés.
 
On entend souvent également que peu importe son vote aux élections européennes, cela n’aura de toute façon aucune influence sur la couleur politique de la Commission Européenne. Les dés sont jetés d’avance! Pas vrai non plus ! S’il est exact que le futur Président de la Commission sera proposé par les Chefs d’Etats et de gouvernement et que ces derniers ont d’ores et déjà annoncé leur préférence pour le président actuel, l’histoire ne s’arrête pas là. Et heureusement !
 
Actuellement, sous le traité de Nice – pardon pour le détour juridique – le Parlement Européen doit de toute manière approuver ou rejeter le président de la Commission désigné par le Conseil Européen. Mais, au travers d’alliances, il est possible de rejeter la personne choisie par le Conseil. Maintenant, n’oublions pas que 21 gouvernements européens sur 27 sont actuellement de droite et qu´il y a donc de forte chance que le Conseil choisisse un  conservateur comme son candidat à la présidence de la Commission. Une autre incertitude plane pourtant : celle du traité de Lisbonne qui prévoit un rôle plus actif du Parlement Européen en la matière. Il pourrait désormais élire et non plus seulement approuver le choix fait au Conseil Européen.
 
Il faudrait pour cela désigner le président de la Commission après que le traité de Lisbonne soit ratifié, donc après le référendum irlandais prévu en octobre. Dans ce cas-là si le Parlement Européen restait à droite, le président de la Commission serait également de droite. En revanche, si une majorité de gauche venait à se dessiner au soir du 7 juin, un candidat de gauche émergerait. Quant aux autres commissaires, ceux-ci sont de toute façon auditionnés par le Parlement. Souvenons-nous à cet égard qu’en 2004, le Parlement avait refusé d’approuver la Commission telle qu’elle lui avait été initialement proposée!
 
Au vu des ces quelques exemples, il est donc pour le moins erroné de répéter que ces élections n’ont aucune importance. Cette attitude comporte d’ailleurs plusieurs risques. Présenter les élections européennes comme étant sans enjeux tout en cantonnant le résultat à un test de popularité du gouvernement, c’est d’abord – et on le sait - favoriser l’expression des extrêmes. Mais l’abstention revêt une autre tournure inquiétante : quelle serait en effet la légitimité d’un Parlement élu par seulement 20 % des électeurs européens ?
 
Le Parlement Européen représente aujourd’hui la seule chambre législative européenne directement élue. Une nouvelle abstention record pourrait donc éroder sa légitimité et sa capacité à s’affirmer face au Conseil de l’UE (la chambre des Etats). Comment le Parlement pourrait-il ensuite demander plus de pouvoir ?
 
Pour ceux qui demandent une UE plus démocratique, l’abstention pourrait en réalité s’assimiler à un but contre son camp…A chacun donc de prendre ses responsabilités !
 
 
 
 

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