Idée reçue n°14 : L´Europe est ultra-libérale et anti-sociale

Les délocalisations d´entreprises à l´intérieur de l´UE font peur aux européens. C’est d’ailleurs une critique récurrente vis-à-vis de l’UE. Au travers d’une mise en en concurrence des différents systèmes « sociaux » - salaire moyen mais aussi fiscalité sur les entreprises et droits de travailleurs – de l´Union, le phénomène est porteur de véritables tensions sociales.. L´Union peine apporter des réponses concrètes. Mais dans une union où la liberté de circulation est un principe fondamental qui a permis à l´Europe de se développer, les délocalisations sont avant tout la conséquence de la très grande  hétérogénéité des niveaux de développement économique en Europe. De plus, il est difficile de limiter la liberté d´établissement des entreprises, même si elles viennent profiter d´un coût de main d´œuvre plus bas. Pour y remédier, l´Europe se doit donc d´accompagner les victimes de telles délocalisations. C´est ce qu´elle fait grâce aux fonds d´ajustement à la mondialisation. Mais c’est largement insuffisant. D’une part parce que ces fonds sont minuscules face au tsunami des licenciements, d’autre part parce qu’ils n’empêchent pas les délocalisations, ils essaient d’en atténuer les conséquences dramatiques sur l’emploi.
 
L’ Europe sociale passerait-elle donc par la mise en œuvre d’un salaire minimum européen ? Sujet à la mode en France, il apparaît pourtant, après analyse, très épineux sur le plan européen. Le salaire minimum en France est de 1321€, en Bulgarie il est de 120€[1]. Or, en Bulgarie, 1321€ c´est le salaire moyen d´un dirigeant d´une grande entreprise. Certes les coûts de la vie sont différents mais vivre en Bulgarie ne coûte certainement pas 10 fois moins cher qu´en France. Comment alors harmoniser un salaire minimum dans des économies aux niveaux si disparates ? Instaurer l´obligation d´un salaire minimum sans préciser le montant serait une avancée pour certains pays, mais cela ne résoudrait pas le problème des délocalisations. Un salaire minimum indexé sur le coût de la vie, serait une solution potentielle. Mais personne ne la propose sans doute effrayé d´ouvrir un tel débat qui aurait des conséquence juridiques importantes pour des pays réputés très sociaux comme la suède (qui n´a officiellement pas de salaire minimum).
 
Autre exemple révélateur : le temps de travail qui est l´un des rares sujets où l´unanimité n´est pas requise. Après 5 ans de négociations, le Parlement européen et le Conseil n´ont pas réussi à trouver d´accord au terme de la procédure législative en avril dernier qui proposait de limiter le temps de travail à 48h au maximum. Le Parlement s´est notamment (et justement) élevé contre certaines clauses négociées par le Royaume uni permettant de travailler jusqu´a 65 h par semaine. 48h ? Alors qu´en France c´est 35h ? Une avancée sociale ? Oui pour la plupart des pays européens. Et pourtant il n´y a pas eu d´accord, certains pays estimant que 48h était une limite encore trop forte ! Et dans d´autre pays comme la France, cette directive a été décriée comme une provocation sociale bien qu´elle ne remette pas en cause les 35h. Elle tentait juste de mettre en place des normes minimales à respecter c´est à dire ici une limite maximum à ne pas dépasser. L´échec est retentissant. L´Europe sociale a du mal à décoller. En effet, les questions sociales européennes sont encore trop souvent analysée et perçues sous le prisme national.
 
Mais que retenir de ces exemples ? Simplement une chose : étant données les disparités économiques et de culture sociale entre les Etats membres, n´est-il pas trop tôt pour parler d´harmonisation sociale ? En effet, le but d´une Europe sociale n´est pas d´harmoniser vers le bas, il ne s´agit pas de demander au français de renoncer à certains de leurs acquis sociaux mais bien d´inciter les autres pays à adopter des normes sociales minimales Par ailleurs, le problème central des délocalisation intra EU n´est-il pas seulement temporaire ? Le temps que les économies des nouveaux entrants rattrapent celles des plus anciens ne serait-il pas plus judicieux de les accompagner progressivement vers des normes sociales plus élevées. D´ailleurs, les premiers signes précurseurs d´un tel rapprochement apparaissent maintenant en Bulgarie ou en Roumanie autour de luttes sociales (chez Dacia par exemple, dans l’usine où est fabriquée la logan) .
Ce qui est sûr, c'est qu'il faut favoriser l´émergence d´un dialogue social à tous les échelons, national, transfrontalier mais aussi et surtout européen. Les « euros-manifestations » des salariés de Continental ont peut-être ouvert la voie. Elles soulignent en tout cas le caractère commun des questions économiques et suggèrent donc la nécessité d’une solution sociale européenne. Quand peut-on espérer voir apparaître un syndicalisme européen ? La confédération européenne des syndicats regroupe aujourd’hui 82 syndicats. C’est un début, mais bien souvent encore les actions de la CES ont moins de retombées médiatiques que celles des syndicats nationaux.

L´Europe économique à plus de 50 ans, l´Europe sociale moins de 10.  Mettons en place des normes minimales.  Même si elles sont en deçà des acquis sociaux français, elles permettraient de rapprocher progressivement les cultures sociales de chaque pays. Ce serait déjà une avancée sociale pour l´Europe.

 
 

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