Idée reçue n°3 : Bruxelles veut tuer le vin rosé français

En analysant de prés cette polémique, on y trouve en fait tous les ingrédients d´un drame de la communication annoncé : un véritable cocktail explosif mêlant une Commission européenne inconsciente, un ministère français incohérent, un emballement médiatique et des lobbys vinicoles influents.
 
A l´origine de cette affaire, il y a une volonté de la Commission d´actualiser les pratiques œnologiques autorisées en Europe. Au départ, simple suivi de la grande réforme du vin décidée en 2007, cette proposition deviendra le cauchemar de communication de la Commission. Parmi ces pratiques nouvellement autorisées, celle du coupage (mélange de vin blanc et de vin rouge) fait débat car initialement interdite en Europe (exceptée pour les productions de grande qualité comme « le champagne rosé »). Le but est de rendre compétitifs les producteurs européens dans le grand marché mondial ;  cette pratique, peu coûteuse, étant autorisée en Amérique en Afrique du Sud ou en Australie. La Commission ne fait donc en quelques sorts que répondre aux demandes des négociants vinicoles, en particulier français, ce qui est bien le paradoxe..
 
Le feuilleton débute au Conseil, au niveau du groupe d´experts des 27 en charge de la question. A ce stade, la France ne s´oppose pas au projet de règlement. Si elle l’avait fait, elle aurait enterré la polémique. Face à la pression médiatique qui monte alors, Michel Barnier décide alors de se saisir du dossier personnellement pour passer à la contre offensive. Trop tard, le mal est fait. Certes, un compromis est toutefois proposé : les producteurs de vin traditionnel pourraient mettre une étiquette différente permettant aux consommateurs de choisir. Cependant le caractère facultatif de ce compromis ne convient pas à la France qui souhaite de plus remettre en cause l´autorisation de la pratique du coupage. Le vote, initialement prévu le 27 avril est repoussé au 19 juin. Ceci permet à la France de continuer les discussions et le travail de persuasion à la recherche de soutiens au conseil. Cela permet surtout de laisser passer les élections européennes. D’autant que l’actuel ministre de l’agriculture est également tête de liste UMP en Ile de France.
 
A l´arrivée, cette polémique révèle deux choses :
 
1- Le manque criant d´analyse de la part de la Commission. Elle n´a pas su évaluer l´impact médiatique négatif qu´une telle proposition pourrait avoir dans des pays comme la France, en particulier en période électorale. Elle a sous-estimé l´ancrage de la tradition vinicole en France et son pouvoir de mobilisation de l´opinion publique. C´est à se demander s´il y a encore un capitaine dans le navire en terme de communication. A l´approche des élections, il ne pouvait pas y avoir plus mauvaise presse.
 
2- La France n’a pas été plus clairvoyante. Elle en a même semble-t-il perdu son latin. Pays vinicole, on aurait pu s´attendre à ce que ses représentants défendent les intérêts de ses viticulteurs, en particulier lors des réunions d´experts au niveau européen. Pourtant, il n´en n´a rien été, le ministère estimant sans doute que les arguments des négociants vinicoles étaient plus pertinents. Plus grave encore : une fois la polémique entamée, le ministère de l´agriculture a opté pour les bons vieux réflexes en se cachant derrière la soi-disant opacité du processus législatif européen. En clair : « ce n’est pas nous, c’est Bruxelles !!! ». Or les Etats membres ne découvrent jamais une directive ou un règlement en phase finale. En s´y prenant au bon moment, la France aurait pu jouer son rôle de « garde-fou ». Mais au lieu de ça, elle a laissé faire, trop contente de pouvoir se défausser de sa responsabilité sur l´Europe. L´Europe a une fois encore bon dos. Dommage : elle n’avait pas besoin de cette polémique.
 
 

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