Les diverses oppositions à Macron lui ouvrent une "béance" politique

Emmanuel et Brigitte Macron à l'Elysée, le jour de l'investiture présidentielle, le 14 mai 2017 (Reuters)

C'est vraiment une drôle de situation. Un "moment étrange", comme dit Jean-Luc Mélenchon. Six mois après l'entrée d'Emmanuel Macron à l'Elysée, le pays est comme en suspension. Le président de la République n'a pas connu d'état de grâce et ses divers opposants - de la France insoumise au Front national, en passant par "Les Républicains" et le Parti socialiste -, ne parviennent pas à créer un état de siège politique. Lui n'a pas une popularité flambarde mais les autres ne sont pas beaucoup mieux lotis. Pour le moment !

Classé dans les enquêtes d'opinion comme premier opposant à la politique du chef de l'Etat, Mélenchon n'a pas réussi à enclencher le mouvement social qu'il appelait de ses voeux contre les ordonnances réformant le code du travail. Le chef de file des "insoumis" s'y est même mal pris, en voulant damer le pion aux syndicats. Etait-ce une tentative de revanche sur son élimination au premier tour de la présidentielle ? Toujours est-il que l'opération n'a pas décollé. Pour le moment !

Devant ses troupes enthousiastes, le 23 septembre sur la place de la République, à Paris, Mélenchon rêvait ainsi de "déferler à un million sur les champs-Elysées". Las. Pas de million et pas de "Champs" contre Macron. "Pour l'instant, c'est lui qui a le point", reconnaissait le patron des 17 députés insoumis, un mois plus tard, en marge d'un déplacement en Grèce... Tout un symbole. "Il ne faut pas chercher à le cacher, parce que si on raconte des histoires on n'est pas crédible", concédait-il avec fatalisme.

La France insoumise tiraillée par l'extrême gauche

A cette absence de résultats probants sur le terrain de la contestation sociale, La France insoumise ajoute maintenant des accrocs internes d'ordre politique. Ce ne sont plus les "frasques" médiatiques de l'avocate Raquel Garrido - la compagne du député Alexis Corbière (FI, Seine-Saint-Denis) pourrait annoncer son retrait de la vie politique - qui indisposent une partie des sympathisants de ce mouvement mais la multiplications des déclarations polémiques et hétérodoxes de la députée Danièle Obono (FI, Paris).

La dernière prise de position en date concerne sa proximité avec la porte-parole du Parti des indigènes de la République (PIR), Houria Bouteldja, qu'elle considère comme sa "camarade" de combat anti-raciste. Il se trouve que la "camarade" en question a une conception un peu particulière de l'anti-racisme qui confine à... l'antisémitisme et au communautariste. Ce que l'ex-politologue indépendant, Thomas Guénolé, qui revendique publiquement désormais son adhésion à La France insoumise en qualité de chroniqueur médiatique, avait clairement démontré à la télévision, en mars 2016.

Successivement, Corbière et Mélenchon se sont démarqués avec force du PIR, ce qui était une façon élégante de désavouer Obono. Issue de l'extrême gauche trotskiste, comme quelques autres de ses collègues de l'Assemblée nationale dont Mélenchon - elle vient d'un courant minoritaire du NPA, ex-Ligue communiste révolutionnaire (LCR) alors que le chef de file de la FI a milité au sein de l'Organisation communiste internationaliste (OCI, lambertiste) dans les années 1960-1970 sous le pseudonyme de "Santerre") -, elle met régulièrement en évidence les racines idéologiques d'une partie de "la gauche de la gauche" dont se réclame le mouvement insoumis.

"Les Républicains" aimantés par l'extrême droite

A l'exact opposé de cette tentation d'extrême gauche, il existe une tentation d'extrême droite dans une partie de la droite parlementaire. Déjà, le fiasco de la campagne présidentielle de François Fillon et les coups de boutoirs du macronisme "de gauche et de droite" ont lézardé "Les Républicains" alors que ce parti était privé de véritable chef depuis la défaite de Nicolas Sarkozy face à François Hollande, en 2012. La poursuite du recul enregistré aux législatives - il est toutefois moins tragique que la débacle du PS -, l'entrée au gouvernement de certains de ses membres et la constitution d'un groupe dissident de droite "macro-compatible" au palais Bourbon ont concrétisé cette félure.

Le résultat de la compétition engagée pour la présidence du parti, qui met aux prises une candidate - Florence Portelli (filloniste) - et deux candidats - Laurent Wauquiez (néo-sarkozyste) et Maël de Calan (juppéiste) -, va sans doute apporter un élément supplémentaire au processus de décomposition-recomposition en cours de réalisation. En l'état, Wauquiez est "super-favori des sympathisants LR", selon un sondage Odoxa  de la mi-octobre, avec un score de 78%... contre 44% pour les Français. Mais ce sont les premiers qui se prononceront le 10 décembre et, si nécessaire, le 17 décembre.

Or, les opposants à Wauquiez assurent que le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a une fâcheuse tendance à tenir un discours qui singe dangereusement celui du Front national. Entre ceux qui ont déjà quitté le parti pour cette raison, les responsables en vue - Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand - qui se sont mis en marge de cette élection à la présidence et ceux qui pourraient rompre après le résultat du scrutin, beaucoup s'accordent à dire que Wauquiez "n'a aucune conviction" et qu'il "suit simplement le sens du vent". Et le vent, pour le moment, souffle de la droite vers l'extrême droite.

La volonté macroniste de construire une force centrale

Si Macron bénéficie d'une popularité extrêmement variable d'un institut à l'autre - 38% pour Elable et 52% pour l'Ifop, en novembre - et d'un attentisme bienveillant de l'opinion - 1 Français sur 2 estime qu'il est "encore trop tôt" pour se prononcer sur son action (Elabe) -, il n'en demeure pas moins, dans la même enquête, que 37% la jugent "décevante". Si ses opposants - principalement la FI et LR - peuvent s'en satisfaire force est de constater qu'ils n'en tirent aucun bénéfice, en terme de popularité ou d'adhésion. Et aucun d'eux - le PS et le FN moins encore - ne constitue une alternative crédible pour les Français.

Ceux-ci estiment, toujours selon Elabe, que Macron "fait de la politique autrement" (53% contre 46%), qu'il a du mal à "dépasser les clivages politiques" (49% contre 50%) et qu'il ne parvient pas encore à "transformer le pays" (43% contre 56%). Tous ces taux symbolisent l'attentisme de l'opinion qui est loin de prouver 'l'illégitimité" supposée du chef de l'Etat, un thème servi à intervalles réguliers par différentes personnalités de La France insoumise. Ces pourcentages mettent en évidence, au contraire, la potentialité du macronisme à atteindre les objectifs qu'il s'est fixés.

Parmi ces objectifs, le moindre n'est pas la constitution d'une force politique centrale, différente du centrisme au sens où on l'entend depuis les débuts de la Ve République, c'est-à-dire souvent force supplétive de la droite. A cette aune, l'effet centrifuge qui se manifeste à gauche dans  La France insoumise et à droite chez "Les Républicains" crée un boulevard ou une "béance" politique, celle précisément que Macron cherche à ouvrir, avec persévérance, depuis sa déclaration de candidature présidentielle, le 16 novembre 2016. Il y a pratiquement un an, jour pour jour. Jusqu'ici l'opération se déroule plutôt comme il l'avait imaginée.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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  • khufac

    La béance va tourner court. Dans les sympathies à l'égard de Macron, on est passé d'un électorat plutôt de centre-gauche lors du cycle électoral, à des sondés de droite. Tout le monde identifie sans problème la politique gouvernementale clairement de droite. On devine que Macron a un plan : d'abord, les mesures impopulaires de droite, puis, au fil du temps, quelques mesures-gadgets de gauche (ce qui explique que Hulot ne part pas : Macron a dû lui promettre quelques douceurs pour la deuxième partie de son mandat, ce qui renforce l'idée que Hulot se fait manipuler - volontairement ?). Mais il n'est pas dit que l'électorat reste aussi naïf et amnésique qu'il a pu être les dernières décennies. Quoi qu'il en dise, l'étiquette de "président des riches" va coller à sa peau, s'insinuer peu à peu dans le derme tel un tatouage indélébile.

    • Claudius

      Doux rêveur va !
      Si les gens ne sont pas dans la rue c'est qu'il savent bien que ça va dans le bons sens.
      Un sondage sur Mélenchon et ses équipes seraient le bienvenu, car eux, ils ont bien berné leurs électeurs.

  • Faire Face

    Très bon résumé de la situation politique actuelle...

  • louphoque

    La naissance d'un premier consul peut-être?

  • André Lardet

    Tout à fait d'accord avec votre analyse, je pense qu'il faut laisser du temps pour juger de l'efficacité du gouvernement Macron car rien ne peut vraiment changer en 6 mois. Maintenant il doit continuer a développer son programme tel qu'il l'a annoncé durant la campagne même si certaines mesures ne me conviennent pas, c'est à ce prix qu'il redonnera du crédit a la politique. et si vous voulez mon avis pour le moment je suis plutôt satisfait.

  • Tous Ensemble

    Si mister biffaud est le rédacteur de cet article, il aurait pu signer en bas de page (j'aime macron) vu comment tout est fait pour l'idolâtrer.
    Attesté par une belle photo bien orientée.

    J'attire juste son attention sur l'usage d'un des mots qu'il a employé et qui est assez révélateur : "la béance politique" soit pour traduire une très grande ouverture politique et dans un style plus figuré, cela signifie ce qui est prêt à nous engloutir.

    Traduction : la politique de macron va bien nous engloutir. Comme on l'a toujours dit. Merci de l'avoir confirmer

    Et juste pour revenir sur le contenu de la dissertation, sans arguments, sans contre-arguments, sans contexte et sans rappeler les faits, juste des piques aligner les uns derrière les autres sans donner la possibilité aux personnes concernées de povoir y répondre et s'exprimer = grosse propagande. Monsieur nous fait un article fourre tout, comme c'est coutume ces derniers temps chez les médias à la solde du pouvoir, et qui relève un serieux manque de professionnalisme, je dirais même d'impartialité.

    C'est même à se poser la question que gagne là dedans les medias à lustrer autant les bottes de macron ?

    On aurait presque pu voir, en plissant les yeux, comme une volonté nette du rédacteur de vouloir associer l'extrême-droite à la gauche-extrême, un nouveau UMPS ? Il faut dire que les nouveaux fans macronites sont intimement liés aux méthodes de l'extrême-droite, et ne lésinent pas à mettre la faute sur les autres, tout en proposant du vide.

    Si ca continue, le macronisme en plus d'être un capitalisme pour les riches au pouvoir et un symptôme psychiatrique pour nommer l'aveuglement, va devenir en plus une nouvelle religion.

  • Tous Ensemble

    Je signale en passant à monsieur le prêcheur macroniste, qu'actuellement les LR ne sont pas une force d'opposition car actuellement danc un gros déchirement interne.

    Et que, de surcroît, pour être une force d'opposition, encore faut-il s'opposer :
    - plusieurs élus LR approuvent les idées macrons ou vont dans leur sens
    - et que pour s'opposer, il faille donc proposer autre chose

    On est à des années lumières d'une réelle opposition, l'article est donc volontairement tourné pour faire croire à des choses qui n'existent pas.

    D'où pourquoi on dit que macron est de droite.
    Et va plus loin que la droite, d'ailleurs rare son les articles parlant de membres anciennement Fn ayant rejoins macron.

    A force de cacher la vérité aux citoyens, voire même détourner la réalité, vous allez vous retrouver avec une foule pas content sous vos fenêtres. D'où pourquoi les médias sont de moins en moins suivis car trop orientés et orientables.

  • tom

    Du moment que les gauchistes disparaissent le reste est foutaise

    • Célestin Nls

      Non seulement la gauche ne va pas disparaitre, mais vous êtes en train de lui laisser un boulevard tellement Macron est à droite et massacre les classes moyennes et populaires. Assumez le désastre de vos votes pour une fois. Et n'oubliez jamais que vous ne pesez qu'à peine 20% de l'électorat, votes utiles et anti Fillon compris. On en reparle sérieusement en 2022 cher ami.

      • tom

        La classe ouvrière n'est plus avec la gauche

      • Claudius

        La preuve que la gauche revient en force, le PS a 25 Secrétaires généraux.
        Une armée mexicaine formée de ceux qui n'ont pas eu de lot de consolation après la déroute.

  • Engelsspririt

    il semble aujourd'hui évident que Macron penche à droite et que probablement les Constructifs, le Modem et les EM pourraient constituer sans trop de difficultés les bases d'un nouveau parti qui aurait une autre figure que la coquille vide LREM

  • geraldine

    c'est surtout les médias qui ne cessent de congratuler Macron et qui ne donne plus la parole à l'opposition , quand l'opposition parle , elle subit des agressions de la part de ces médias que je ne regarde plus . Il suffit de lire cet article .... mais ce système Macron médias est dangereux pour notre démocratie

  • VinceToto

    C'est encore plus facile de faire une omelette quand les œufs viennent se casser tous seuls dans la poêle. Ceci étant dit, je ne pense pas qu'elle soit bonne cette omelette, plutôt indigeste et rance.
    Le système politique français est en bout de course.

  • http://www.perdu.com/ Gree

    euh... ne pensez-vous pas que la photo en illustration est complètement à côté de la plaque ??? c'est complètement incongrue

    • Gilbert

      Ça m'a fait le même effet ! .....
      ".... incongrue " ? stupide .....
      Faudrait demander à Rostand et Cyrano, une adaptation de leur tirade ! ....

  • Jacob Delafontaine

    L'actu : M. Olivier Biffaud, journaleux, aimerait bien avoir une place au gouvernement.

  • Gilbert

    Bonne analyse, bien argumentée.