Se souvenir du poète palestinien Mahmoud Darwich, mort un 9 août

"Pour décrire les fleurs d'amandier, l'encyclopédie des fleurs et le dictionnaire ne me sont d'aucune aide" Mahmoud Darwich -Traduction d'Elias Sanbar (AFP Photo / Biosphoto / Michel Gunther)

Ce 9 août marque le sixième anniversaire de la mort du poète Mahmoud Darwich (1941-2008), voix majeure de la littérature palestinienne.

Pour qui ne connaît pas ses poèmes, l'Anthologie (1992-2005) de textes présentés et sélectionnés par Farouk Mardam-Bey (et traduits de l'arabe par Elias Sanbar) constitue une excellente porte d'entrée.

Le "poète des vaincus"

Poète né en 1941 en Galilée, alors sous mandat britannique, Mahmoud Darwich vivra longtemps en exil. Et notamment au Liban, où sa famille s'est enfuie lors de la destruction de sa maison de Birwa,  près de Saint-Jean d'Acre, après la création de l'Etat d'Israël, en 1948.

Il revient en 1995 en Palestine, après les accords d'Oslo (qu'il avait dénoncés). Et s'établit à Ramallah, en Cisjordanie occupée, sur cette terre quittée et retrouvée dont il a inlassablement décrit les couleurs, les saisons, les arbres et les fleurs.

Mahmoud Darwich (DR / Actes Sud)

Mahmoud Darwich (DR / Actes Sud)

L'écrivain se définissait, rappelle Le Monde Diplomatique, "comme le poète des vaincus — comme un « poète troyen", c’est-à-dire comme "l’un de ceux à qui on a enlevé jusqu’ au droit de transmettre leur propre défaite". Pour autant, "il refusait d'être réduit au rôle de porte-parole d'une cause".

"Rien ne l'exaspérait, renchérit Pierre Assouline sur son blog (Pour saluer Mahmoud Darwich)  comme d'être réduit et enfermé dans l'appellation de "poète officiel de son peuple" ou de "poète de la résistance". Son oeuvre va bien au-delà, "irradiée par la présence charnelle de cette terre, par son souvenir, par l'absence et par l'exil".

"Vous, qui vous tenez sur les seuils,
Sortez de nos matins"

Cette poésie du quotidien ("Mais je connaissais l'odeur du tabac autour de la cape de mon grand-père/Et le parfum éternel du café dès ma naissance") est hantée, insiste Farouk Mardam-Bey, par "la question lancinante de l'identité".

D'où l'inlassable convocation, dans ses vers, "des parents les plus proches" ou "des lieux les plus familiers". D'autant plus obsédants que son enfance, précise Farouk Mardam-Bey, est marquée par un premier départ au Liban, "puis par la douloureuse découverte, après un retour clandestin, de la disparition pure et simple du village natal". Choc qui sera aussi une inépuisable source d'inspiration.

Des trois cents pages de cette Anthologie (bilingue), citons juste, écrit en 2002 après l'offensive de l'armée israélienne en Cisjordanie, cet extrait d'Etat de siège :

Vous, qui vous tenez sur les seuils, entrez
Et prenez avec nous le café arabe.
Vous pourriez vous sentir des humains, comme nous.
Vous, qui vous tenez sur les seuils,
Sortez de nos matins
Et nous serons rassurés d'être comme vous,
Des humains !

Après quatre semaines de bombardements israéliens à Gaza (qui ont fait plus de 1800 morts dont 373 enfants), comment n'être pas saisi, douze ans plus tard, par l'écho de ces quelques vers ?

Une résonnance d'autant plus forte qu'en Israël, si l'on en croit le journaliste Gidéon Lévy dans Le Monde, on ne peut désormais "exprimer aucune sympathie ou empathie pour les Palestiniens sans être menacé." Et qu'à Jérusalem, selon Rue 89, 'les enfants de colons peuvent (...) grandir sans jamais rencontrer les enfants arabes, qui jouent dans la rue quelques mètres plus bas". 

-> Anthologie, Mahmoud Darwich (1992-2005, édition bilingue. Poèmes traduits de l'arabe, Palestine, par Elias Sanbar, choisis et présentés par Farouk Mardam-Bey, éditions Babel)

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