Un Le Pen en moins = une le Pen en plus ?

Jean-Marie Le Pen entouré de ses trois filles (Le Pen, éditions Objectif France, 2001).

Depuis quelques jours, on parle pas mal de Philippe Olivier qui sera donc candidat FN aux législatives dans une circonscription du Pas-de-Calais, après un passage par le parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France. Philippe Olivier n’est pas n’importe qui, comme le rappelle L’Opinion. On peut rajouter qu'il a été, des années durant, la plume du FN de Jean-Marie Le Pen et qu’il a bien failli être secrétaire général en 1995. Il fait parti des « traîtres » suspendus en décembre 1998 avec Bruno Mégret, Jean-Yves Le Gallou, Franck Timmermans et Serge Martinez.

Philippe Olivier n’est pas seul dans cette histoire. Plusieurs personnes de son entourage s’inscrivent dans son itinéraire politique, à commencer par son frère jumeau, Jacques. Lui intègre le parti en 1979. Il le quitte vingt ans plus tard. C’est un homme de terrain, un militant politique, responsable du FN de l’Essonne et à la tête de l’Atelier de Propagande pendant les années Mégret. Dans l’histoire du Front national, les « frères Olivier » figurent parmi ces hommes de l’ombre, les bâtisseurs du parti. Ils ont été des piliers de l’équipe mégrétiste, au centre de la « dédiabolisation » et de la professionnalisation du Front national. Ils parlent des années 1990 comme d'une « grande aventure humaine ». Ils sont là, aussi, dans les années 2010. Ils observent, avec intérêt, la stratégie de Marine Le Pen qui, pensent-ils, doit se présenter sous une « étiquette aseptisée ». Ce sont eux les concepteurs de la vague bleue marine et du RBM.

Il y a aussi - évidemment - Marie-Caroline Le Pen, l'épouse de Philippe Olivier. C’est elle qui avait les qualités requises pour succéder à son père. Une ascension stoppée net, fin 1998, alors qu’elle soutient activement Bruno Mégret. Depuis quelques jours, elle semble revenir dans l'histoire du FN. Retour sur les années en politique de la fille aînée de Jean-Marie Le Pen.

Elle naît à Neuilly le 23 janvier 1960. Son parrain se nomme Jean-Louis Tixier-Vignancour. Homme politique d'extrême droite et avocat, il a défendu, entre autres, Louis-Ferdinand Céline et le général Salan. Jean-Marie Le Pen est son directeur de campagne pour la présidentielle de 1965.

Baptême de Marie-Caroline Le Pen... entourée notamment de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Louis Tixier-Vignancour (L'Album Le Pen, Intervalles, 1984).

Baptême de Marie-Caroline Le Pen... entourée notamment de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Louis Tixier-Vignancour (L'Album Le Pen, Intervalles, 1984).

Son « premier souvenir de discrimination » remonte à 1971, peu avant l’apparition du Front national. Marie-Caroline Le Pen est âgée de onze ans, scolarisée à Camille Sée, dans le quinzième arrondissement. Une surveillante, lors de l’appel, lui dit : « C’est donc vous la fille du si tristement célèbre Le Pen ». Elle considère cette remarque comme une « attaque » personnelle et certainement un déclic. À ce moment-là, explique-t-elle, elle dit prendre conscience que ses sœurs et elles sont « traitées différemment des autres élèves ». Marie-Caroline Le Pen poursuit : « Cela dit, notre père n’a jamais voulu céder en nous changeant d’école. Il estimait que c’était une bonne école de la vie. Ce fut dur, mais il est vrai que l’apprentissage de l’adversité nous a servi par la suite. (…) Si je me suis engagée en politique aux côtés de mon père, c’est d’abord suite aux attaques dont ma famille a été la victime. C’est en tout cas de cette manière que j’ai pris conscience de la politique et que par la suite j’ai choisi mon camp et que je n’en ai plus changé ».

Marie-Caroline Le Pen intègre le Front national de la Jeunesse en 1975. Mais elle est déjà active en politique. Elle a œuvré, un an avant, pour la première campagne présidentielle de son père. Celui-ci avait mis en place des comités de soutien unitaires, indépendants du FN, dont la tâche principale était d’obtenir les cent signatures nécessaires pour le dépôt de candidature. Christian Baeckeroot, assisté de son épouse et de la fille aînée de Jean-Marie Le Pen, y parvient après avoir envoyé un courrier aux maires qui avaient participé à des campagnes contre l’avortement. Elle est également avec son père, dans le Morbihan, en décembre 1983 dans le cadre d'une législative partielle. C’est elle qui contacte, par téléphone, une bonne part des habitants des 39 villages du secteur. Le président du FN obtient 12,02 % des voix à Auray.

Deux ans plus tard, elle s’investit pour les cantonales à Neuilly-sur-Seine où elle s’oppose au maire RPR d’alors, Nicolas Sarkozy. Elle est âgée de 25 ans. En 1986, elle siège au conseil régional d’Île-de-France à la commission culture. Six ans plus tard, elle est élue conseillère régionale d’Île-de-France FN, dans les Hauts-de-Seine. Marie-Caroline Le Pen poursuit son ascension au sein du FN. Elle intègre le Comité central en mars 1997. Trois mois plus tard, elle se lance dans une nouvelle campagne pour les législatives. Elle se présente dans la huitième circonscription des Yvelines et arrive en tête au premier tour. Ce n’est pas la première fois qu’elle accède au second tour dans ce type d’élection. Par contre, c’est la première fois que Jean-Marie Le Pen  vient à ses côtés pour la soutenir. Le 30 mai 1997, il se rend donc à Mantes-la-Jolie. Accueilli par des anti-lepénistes, il empoigne violemment la candidate socialiste Annette Peulvast-Bergeal et adresse à un manifestant ces quelques mots : « J’vais t’faire courir, tu vas voir, rouquin, pédé... ». Les caméras diffusent en continu ces deux séquences montrant un septuagénaire ayant des difficultés à se contrôler. Lui s’enorgueillit d’une prestation qui traduirait sa virilité. Marie-Caroline Le Pen sait, elle, que son père vient de la disqualifier pour la suite. Son résultat du second tour est inférieur au précédent.

Quelques mois avant la scission, elle est réélue conseillère régionale d’Île-de-France et siège avec Jean-Yves Le Gallou. Elle s’engage alors pour Bruno Mégret. Son positionnement la coupe, non seulement, du monde politique mais aussi de son père. Celui-ci considère l’acte de sa fille comme une trahison irréversible. Peu de temps après, lors du journal télévisé de 20 heures, le président du FN dit à propos de sa fille mariée à un « chef de la sédition » : « J’ai l’habitude des trahisons familiales. C’est un peu la loi naturelle qui porte les filles plutôt vers leur mari ou leur amant que vers leur père ».

Marie-Caroline Le Pen ne faisait pas que de la politique, au sens stricte du terme. Elle s’occupait également de National Vidéo à la Serp. Peu avant la scission, elle avait eu cette idée : introduire le concept mobilier et décoration dans la marque FN ! Réfléchissant au concept de l’agencement intérieur chez le militant, elle avait modifié l’aménagement de la Serp. Elle pensait à « quelque chose de simple tout en étant assez original » : s’attaquer aux « trucs design », rapporte Frank Marest : « Nous voulions que les personnes se disent : tiens, ils ont du goût ces gens-là. Nous étions à un autre stade, sur autre chose. Il existait une demande qu’il suffisait de capitaliser, le marché étant totalement libre dans ce domaine », poursuit le graphiste de l’Atelier de propagande.

Si les trois filles Le Pen justifient leur engagement en réaction à la difficulté de porter - et d'assumer -  leur nom, chacune a participé à l’histoire du Front national à sa façon. Yann, bien qu’elle soit en fonction au FN depuis la fin des années 1980, reste discrète. Elle demeure avec Marine Le Pen dans le giron paternel au moment de la scission mégrétiste. Quant à Marie-Caroline Le Pen, elle entre après la scission dans une longue parenthèse. On l'aperçoit au Zénith, le 26 décembre 2008. Elle assiste au spectacle de Dieudonné M’Bala M’Bala lors duquel il fait monter sur scène le négationniste Robert Faurisson. Jean-Marie Le Pen, Dominique Joly (conseiller régional FN) ou, encore, Frédéric Chatillon sont également présents. En janvier 2015, elle réapparaît avec quelques tweets qui prennent la défense de son père et critiquent, notamment, Florian Philippot.

D'un côté, la présidente du FN rompt avec l'histoire paternelle. De l'autre, elle affiche une fratrie unie et réintègre dans son parti un homme, non seulement, banni par son père mais, aussi, très proche de Marion Maréchal Le Pen.... et critique à l'égard de la ligne Philippot. En même temps, Philippe Olivier tout comme sa femme sont des valeurs sûres pour le FN. Marie-Caroline Le Pen, peut-elle et désire-t-elle reprendre une carrière politique laissée en suspend pendant plus de deux décennies ?

« Avec mes soeurs » : cette photo - publiée sur son compte twitter le 29 août dernier - n'est pas que symbolique. Elle est éminemment politique.

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Les commentaires sont allés bon train : Yann et Marie-Caroline Le Pen vont-elles être nommées ministre d'un éventuel gouvernement Le Pen ? ou, encore celui-ci, posté rapidement après la publication : « Faites tout pour gagner 2017 et n'oubliez pas votre père. Il est comme il est mais nous l'aimons bien ». 

 

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