En 2019, ça va commémorer sec

Si le 75e anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 devrait être un des temps forts des commémorations, cérémonies et autres manifestations historiques prévues au cours de l’année qui s’ouvre, il est loin d’être le seul. Petite liste non exhaustive et très subjective de huit anniversaires marquants qui nous attendent en 2019.

1er janvier 1999 : les 20 ans de l’euro (mais pas dans vos poches)

  • Mais encore

Vous vous souvenez de votre premier 1er janvier d’il y a 18 ans ? Probablement pas et vous me répondrez à juste titre que c’est déjà pas mal si vous vous rappelez de votre réveillon d’hier.

Vous vous rappelez la première fois où vous vous êtes rendus à un distributeur pour retirer quelques-uns de ces billets neufs et craquants qui paraissaient étrangement faux, comme une monnaie de Monopoly ? C’était le 1er janvier 2001 et on vous souhaite un joyeux coup de vieux au passage, mais l’euro était en réalité utilisé depuis deux ans déjà sous sa forme scripturale, autrement dit dans les lignes de comptes des différentes banques. Si ça ne fait que 18 ans que vous vous baladez avec des euros dans vos poches, cela fait en revanche 20 ans tout juste aujourd’hui que les banques l’utilisent en lieu et place du défunt ECU.

  • Pourquoi c’est important

19 pays de la zone euro l’utilisent aujourd’hui, et encore : c’est sans compter Monaco, Andorre, le Vatican et Saint-Marin. 21,8 milliards de billets sont en circulation et l’euro est la deuxième monnaie du monde en termes d’échanges, derrière ce bon vieux Saint Dollar. L’ensemble représente 1 203 276 393 310 euros tout de même (c'est suant à dire à voix haute, hein ?), soit ce que les économistes qualifient de beau petit tas d’oseille. Accessoirement, l’euro a changé le quotidien de beaucoup de monde, à commencer par celui des voyageurs ou des touristes européens qui n’ont plus à se taper les fastidieuses opérations de change à chaque fois qu’ils se rendent en Italie, en Allemagne ou ailleurs.

20 mars 1869 : parution du premier épisode de Vingt mille lieues sous les mers

  • Mais encore

En 1865, Jules Verne a 37 ans et n’est déjà plus un inconnu depuis deux ans : en 1863, Cinq semaines en ballon a fait un tabac monstrueux . Des dizaines de milliers de lecteurs sont tombés dingues de ce romancier capable de mêler les sciences, le récit d’aventure et la littérature populaire. Il récidive un an plus tard avec Voyage au centre de la terre : nouveau succès. En 1865, Verne commence à travailler sur plusieurs projets mais il lui faut quatre ans pour mener à bien celui qui le tient le plus à cœur, un livre d’abord baptisé Voyage sous les eaux. Verne s’engueule régulièrement avec son éditeur, Pierre-Jules Hetzel, qui lui reproche une intrigue trop touffue et conteste certaines idées de Verne. Le 20 mars 1869 pourtant, le premier épisode paraît dans le Magasin d’éducation et de récréation, un périodique destiné à la jeunesse. Captivés, les jeunes lecteurs découvrent la première phrase du roman (« L’année 1866 fut marquée par un événement bizarre, un phénomène inexpliqué et inexplicable que personne n’a sans doute oublié »), un mystérieux sous-marin, le Nautilus, et un personnage sauvage, solitaire et misanthrope : le capitaine Nemo.

  • Pourquoi c’est important

Non seulement tous les sous-mariniers du monde connaissent le roman mais 150 ans après sa parution, Vingt mille lieues sous les mers est toujours le 5e livre le plus traduit au monde, en… 174 langues, à égalité avec Alice au Pays des Merveilles, devant Harry Potter, mais loin derrière le Petit Prince et surtout la Bible. Comme le cachalot [1] de Moby Dick, le livre s’est imposé comme l’un des romans les plus marquants de la littérature de l’imaginaire et Nemo lui-même est devenu un archétype. Le Monde de Nemo (2003) est une référence directe au personnage et on ne compte plus les adaptations successives, de la BD ou des comics (La Ligue des gentlemen extraordinaires, de Alan Moore et Kevin O’Neill) au cinéma. Non, surtout pas La Ligue des gentlemen extraordinaires. Ce film n’existe pas.

7 avril 1919 : naissance de la Fédération Française de Football

  • Mais encore

Avant de créer la Coupe du monde et de présider la FIFA, le regretté Jules Rimet ne s’était pas franchement tourné les pouces. En 1919, il pilote la transformation d’un obscur Comité français interfédéral en en FFFA : Fédération Française de Football Association, une association loi 1901 reconnu d’utilité publique en moins de 3 ans. Charge à elle d’organiser l’ensemble des compétitions nationales d’une part, de gérer les sélections nationales dans les compétitions internationales d’autre part.

  • Pourquoi c’est important

Parce qu’on est CHAMPIONS DU MOOOOOONDE, contrairement aux Belges. Non plus sérieusement : parce que jusque-là, c’était un merdier sans nom pour s’y retrouver dans un paysage footballistique éclaté entre plusieurs organisations davantage occupées à se tirer la bourre qu’à faire fonctionner un sport qui était – déjà – le plus populaire du pays.

2 mai 1519 : la mort de Léonard de Vinci

  • Mais encore

En 1519, Léonard de Vinci vit en France depuis trois ans, après y avoir été invité par François 1er. A 67 ans, il s’est installé dans le Val de Loire, au Clos Lucé. Le florentin, qui a passé les Alpes à dos de mulet trois ans plus tôt avec la Joconde dans ses bagages, a pour seule mission de faire ce qu’il sait faire : créer, inventer et peindre, le tout à deux pas du château d’Amboise, une proximité qui permet à François 1er de rendre fréquemment visite à celui qu’il considère comme un mentor. Cette retraite ne dure hélas pas longtemps ; au printemps 1519, malade et fatigué au terme d’une vie bien remplie, Léonard rédige son testament et meurt quelques semaines plus tard au Clos Lucé, mais sans doute pas dans les bras du roi, comme le prétend une légende toujours aussi répandue.

  • Pourquoi c’est important

Outre que Léonard reste probablement la figure la plus célèbre de la Renaissance, le 500e anniversaire de sa mort s’annonce comme un grand moment d’engueulade entre la France où il est mort et l’Italie où il est né. À l’automne prochain, le Louvre a évidemment prévu de marquer le coup en organisant une exposition exceptionnelle autour de ce génie touche-à-tout et le musée s’était arrangé avec les institutions italiennes pour obtenir le prêt de plusieurs œuvres. Problème : depuis l’arrivée des populistes au pouvoir, l’Italie a changé de ton et reproche aujourd’hui à la France de lui faucher en quelque sorte la mémoire de l’auteur de la Joconde (achetée et non pas volée par la France, rappelons-le à toutes fins utiles…).

6 juin 1944 : D-Day, Neptune et Overlord

  • Mais encore

Le 6 juin 1944, vers 3 heures 30 du matin, les Alliés déclenchaient la première phase de l’opération Overlord. Si ce premier temps de la bataille de Normandie, destiné à installer une première tête de pont sur les plages normandes, porte le nom d’opération Neptune, les Français s’en souviennent comme du Jour J, les Anglo-Saxons comme du D-Day et les Allemands comme une sacrée tatouille. En quelques heures, cette opération navale et aérienne d’une envergure jamais égalée permet à 150 000 hommes de prendre pied en France, que soit directement sur les plages ou derrière les lignes de défense allemandes, grâce à une série de parachutages dans tout le Calvados et le Cotentin. 4 400 mourront dans l’opération et 8 000 seront blessés, mais au soir du 6 juin, le général Eisenhower peut être satisfait : Neptune est une réussite (partielle, les Alliés échouent devant Caen) et Overlord peut continuer. Elle se soldera par la mort de 50 000 soldats allemands et permettra d’en capturer 200 000 autres.

  • Pourquoi c’est important

La réussite du débarquement était d’une importance majeure dans la poursuite du conflit. En tout, le D-Day crée les conditions qui permettent à 3 millions d’hommes de passer la Manche. Elle ouvre surtout un deuxième front à l’Ouest, compliquant sérieusement la tâche des armées allemandes déjà bien occupées à (tenter de) résister à la poussée soviétique à l’est. Le débarquement de Provence, en août, en rajoutera encore une couche. Cela dit, la bataille de Normandie n’est pas la plus importante de l’été 44 : c’est à l’est, en Biélorussie, que les armées soviétiques portent le coup le plus violent aux Allemands avec l’opération Bagration, qui se conclut par l’anéantissement de 30 divisions allemandes.

28 juin 1919 : le Traité de Versailles

  • Mais encore

Le 28 juin 1919 à Versailles, après six mois de tractations, l’Allemagne signe avec les Alliés le Traité de Versailles, au beau milieu de la galerie des Glaces. La date n’est pas choisie au hasard : la signature intervient cinq ans jour pour jour après l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand et de son épouse à Sarajevo, événement dont les conséquences avaient précipité l’Europe puis le monde dans la guerre. Le Traité, qui pose les bases de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU), arrête surtout un principe controversé dans son article 231 : « Les gouvernements alliés et associés déclarent et l'Allemagne reconnaît que l'Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre, qui leur a été imposée par l'agression de l'Allemagne et de ses alliés ». En une phrase, voilà l’Allemagne désignée comme la seule responsable du conflit, justifiant ainsi la lourde série de réparations qui lui sont imposées dans les articles suivants.

  • Pourquoi c’est important

Si le traité met un point final à la guerre, on a a posteriori accusé le fameux article 231 d’avoir largement contribué à entretenir le ressentiment allemand, favorisant ainsi les discours revanchards et guerriers du parti nazi dans les années 30, et in fine l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler. Même chose pour l’Italie, amère de tirer peu de bénéfices d’un accord dont on dit qu’il « mutile la victoire ».  S’il existe sans conteste un lien entre l’humiliation ressentie par une part des populations allemande et italienne et l’accueil réservé aux thèses d’Hitler ou de Mussolini, une forme de consensus se dégage aujourd’hui autour de l’idée que ce seul facteur ne suffit pas à lui seul à expliquer le nazisme. D’autres sont intervenus, à commencer par l’impact de la Grande Dépression.

21 juillet 1969 : un petit pas pour l’homme, un sacré bond pour le complotisme

  • Mais encore

Quelle est la citation la plus célèbre du 20e siècle ? Peut-être bien « That's one small step for [a] [2] man, one giant leap for mankind », la phrase prononcée par Neil Armstrong le 20 juillet 1969. À 3 heures 56 minutes et 20 secondes heure française, l’astronaute descend l’échelle extérieure du module lunaire Eagle et saute le dernier échelon qui le sépare du sol lunaire, 50 centimètres plus bas. L’homme vient pour la première fois de poser le pied ailleurs que sur la planète qui l'a vu apparaître, et c'est pas les bulots qui en feraient autant.

  • Pourquoi c’est important

Parce que ce 50e anniversaire pourrait être l’occasion de faire un peu de pédagogie autour d’une des théories du complot les plus répandues au monde. Dès 1974, l’idée que les occupants d’Apollo 11 n’ont jamais foulé le sol lunaire et que toute l’histoire est un complot des autorités américaines est lancée par Bill Kaysing, un ancien d’une société sous-traitante de la Nasa. En 1978, c’est un film, Capricorn One, qui joue avec cette idée – une fiction, mais qui popularise l’idée d’une arnaque gigantesque. On va faire court : si, les Américains se sont bien posés sur la Lune, on y a même joué au golf en 1971 et la liste des théories plus ou moins farfelues ne tient pas longtemps devant les explications des scientifiques.

15-18 août 1969 : Woodstock grave à jamais le rock’n’roll dans les mémoires

  • Mais encore

Un immense foutoir de gens plus ou moins tout nus venus écouter de la bonne guitare avec des rubans dans les cheveux. Si ça sonne un peu cliché, le fait est que le festival de Woodstock, organisé en août 1969 aux Etats-Unis ressemblait assez largement à la caricature de tout ce que le monde conservateur détestait dans une jeunesse des 60’s qui le lui rendait bien. 50 000 personnes attendues, dix fois plus au total, 32 groupes, 5 162 interventions médicales, 2 naissances, 4 fausses couches, un désastre financier total et surtout, surtout trois ou quatre jours marqués au fer rouge dans la mémoire de ceux qui y étaient, dans la pluie et dans la boue. Sur scène, toute la fine fleur du rock est là : Hendrix, Santana, Joe Cocker, les Who… Quelques absents aussi, à commencer par les Beatles ou les Doors. Et des interprétations de légende, comme la reprise par un Cocker habité de With a little help of my friends ou l’hymne américain, Star Splangled Banner, littéralement piratée par Hendrix.

  • Pourquoi c’est important

Parce que les années 60 agonisantes ont vu la naissance d’un des plus grands moments de la contre-culture américaine, hippie et rock’n’roll. Et parce qu’en pleine guerre du Viêt-Nam, son pacifisme revendiqué ne s’est jamais heurté avec autant de force à la génération des parents du public de Woodstock, celle avait combattu pendant la Seconde guerre mondiale ou en Corée. Deux mondes, deux générations, deux cultures. Deux visions de l’Amérique qui se condensent en ce lieu et à cette date, à Woodstock.

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[1] Non, ce n’est pas une baleine.

[2] Il existe un doute sur la phrase exacte. La phrase que tout le monde a retenue, « c’est un petit pas pour l’Homme mais un bond de géant pour l’humanité », n’est pas exactement celle qu’Armstrong dit avoir prononcé. L’astronaute affirme avoir dit « that’s one step for a man » (« c’est un petit pas pour un homme »). Pas si négligeable : dans la version d’Armstrong, il parle de lui ; dans la version retenue, de l’espèce humaine. Pour vous faire une idée : c’est à 2’22’’ : https://www.youtube.com/watch?v=csO9VTtrg5A.

Publié par jcpiot / Catégories : Actu

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