Interview de Sarkozy : les clés du mystère

La vraie-fausse interview de Nicolas Sarkozy à l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles » continue de faire des vagues, mais cette fois à l’intérieur de l’équipe Sarkozy. La question n’est pas de savoir si les propos rapportés sont exacts ou non, mais si le magazine avait bien un « feu vert » pour les rapporter, et de cette façon là, c’est-à-dire en style direct. 

Buisson  tire les ficelles

Estomaqués par cette rupture brutale avec la stratégie suivie depuis sa défaire par l’ex-président, de nombreux ténors sarkozystes assurent que le magazine n’avait aucun « feu vert ».  Et ils mettent en cause, dans cette affaire, Patrick Buisson, l’influent conseiller (droitier) de Sarkozy, qui a travaillé autrefois à Valeurs Actuelles. Sèche réplique d’Yves de Kerdrel, directeur de la rédaction du magazine : « Je n’ai aucun contact avec Patrick Buisson qui a quitté notre journal il y a plus de vingt ans ». Et d’assurer que Nicolas Sarkozy, parfaitement informé, lui aurait dit que ses propos étaient correctement retranscrits, même s’ils l’ont été de mémoire puisque l’entretien initial n’a pas été enregistré.     

« Tu en fais ce que tu veux »

Ce qui est sûr : au mois de décembre, Valeurs Actuelles a bien rencontré l’ex-président. Un dialogue direct, pas « diplomatique » pour deux sous, à priori informel. « Tu  en fais ce que tu veux », aurait dit Sarkozy à Yves de Kerdrel. Ce qui est évident, c’est que Valeurs Actuelles a tiré le parti maximum –et peut-être le profit maximum- de cette rencontre-là. Avec des citations non relues et passablement carrées : sur le Mali (où la France, faute d’un gouvernement légitime sur place, n’aurait pas du intervenir), le mariage pour tous (« Ils vont bientôt s’y mettre à quatre ») ou le monde politique (dont l’ex-président ne veut entendre parler le moins possible). Du pur Sarkozy au naturel, dans sa version droitière. Logique, compte tenu ce jour-là de ses interlocuteurs (proches de la droite de l’UMP) et du probable parrain, à distance, de l’opération. Patrick Buisson évidemment.

Un vocabulaire populiste

Qu’est-ce qui fait donc problème ? D’abord, le fait que Sarkozy, consentant ou débordé,  ait soudain rompu avec la ligne stratégique (payante)  qu’il suivait jusque-là : hauteur, recul, distance. Ensuite, le fait que cette rupture soit imputable à la minorité hyper-droitière de son équipe, dont le chef est Patrick Buisson, historien reconnu, intellectuel intéressant et, hier, stratège controversé du virage « à droite toute » du candidat Sarkozy.  Enfin, le vocabulaire populiste prêté à Sarkozy n’est pas « innocent » : pour être en 2017 « par devoir » le candidat de la droite et pour casser l’ascension de Marine Le Pen, une partie de son entourage l’incite à tourner le dos aux « élites », à changer de registre, à aller –comme aime à dire Buisson- au « peuple ».

Un cadeau à Hollande ?

Bref, le dossier de Valeurs Actuelles va obliger Nicolas Sarkozy à préciser vite les choses, et d’abord pour ses amis : quelle stratégie entend-il exactement suivre demain ?   Buisson et ses amis de « Valeurs Actuelles » n’ont pas seulement, en effet, poussé Sarkozy à sortir du silence et à afficher sa détermination, ils l’invitent à pousser jusqu’au bout la logique de son virage à droite de la campagne présidentielle. Or beaucoup chez les sarkozystes pensent que ce serait là, objectivement,  le meilleur cadeau qui pourrait être fait à François Hollande. Néo-populiste ou au-dessus de la mêlée (façon Vème République), deux stratégies : entre elles, l’ex et peut-être futur candidat va devoir choisir.

Publié par ddemontvalon / Catégories : Actu

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