Pourquoi Hollande conserve Ayrault

François Hollande –ce qui est un signe- n'a pas pris à la légère ce que le tout-Paris disait depuis quelque temps de l'hôte de Matignon : "Il est en sursis. Un remaniement se prépare…". Le président de la République a jugé utile de dire explicitement qu'il était satisfait de son Premier ministre, et qu'il entendait donc bien attaquer avec lui une année 2013 qui s'annonce, sur tous les plans, très difficile. Et peut-être même une "annus horibilis" (année horrible en latin), comme avait dit en 1992 la reine Elisabeth II alors qu'à Londres tout semblait, à l'époque, tanguer.

Les quatre clés de Hollande

Il y a quatre raisons -dun poids inégal- à la confirmation de Jean-Marc Ayrault à Matignon.

1. Il n'est en poste que depuis sept mois. Si François Hollande l'avait désavoué, il se serait lui-même désavoué. Une fois élu, n'avait-il pas choisi délibérément un lieutenant inexpérimenté mais fidèle, solide et moyennement charismatique, un homme d'appareil sur qui il puisse s'appuyer sans qu'il lui fasse de l'ombre ?

2. Ensuite, après un démarrage laborieux et passé le temps du bizutage, l'ex-maire de Nantes a fini par trouver ses marques. Certes, il lui arrive encore de trébucher (en utilisant, par exemple, le mot -inapproprié dans sa bouche- de "minable" pour condamner l'exil fiscal de Depardieu) mais, globalement, le Premier ministre en a fini, estime-t-on, avec son rodage. Arnaud Montebourg a d'ailleurs appris à ses dépens ce que valaient ses colères.

3. Le chef de l'Etat, même s'il vient de se déclarer persuadé qu'un début de croissance reviendrait courant 2013, sait en outre que 2013 sera une année terrible : économiquement, socialement, psychologiquement. Un chômage à la hausse, une fiscalité qui s'emballe, des doutes dans les têtes et, tout le laisse craindre, un début de récession : oui, dans les six mois, ça va tanguer. Donc, à l'Elysée, on se prépare à tous les scenarios et, pour l'heure, on préfère serrer les dents.

4. Si François Hollande devait changer de Premier ministre, encore faudrait-il qu'un nom s'impose : Aubry, l'exilée de Lille ? Valls, que la droite adore ? Sapin, qui aurait du éviter de parler de "naufrage" à propos de Depardieu ? Montebourg, qui sait qu'il a du talent ? Plus important : au-delà des hommes, quelle ligne politique choisira le consensuel Hollande si la mer se creuse ? Un coup de barre à gauche (où les critiques le visant, du PC l à Europe-Ecologie, se multiplient) ou bien un coup de barre du côté du centre ?

Ayrault doit devenir un "bouclier"

Bref, aux yeux de l'Elysée, malgré l'impressionnante et troublante abstention du "peuple de gauche" lors des trois élections législatives partielles de dimanche- Ayrault est en progrès, et n'est pas totalement "usé". Le temps n'est pas venu d'un arbitrage fondamental, qui s'imposera peut-être, entre sociaux-libéraux et… sociaux-marxistes. Il y a d'autant moins d'urgence l'année 2013 s'annonce terriblement houleuse, donc imprévisible. A cela s'ajoute -le chef de l'Etat en est conscient- que celui que les Français attendent en quelque sorte au tournant, c'est lui, Hollande, et pas Ayrault.

Le temps presse

Alors, à la façon de Mitterrand jadis, le président de la République s'efforce aujourd'hui de gagner du temps. Ou, si l'on, préfère, de "donner du temps au temps". Pour cela, en homme de synthèse, il ménage les uns et les autres. Mais, désormais, le temps presse. Jamais sous la Vème République (si l'on met de côté la fin de la guerre d'Algérie) un tandem Président-Premier ministre n'avait eu à affronter une pareille situation de crise. Ayrault est donc, aujourd'hui, confirmé à son poste. Encore faut-il qu'il soit en mesure demain de jouer le rôle que prévoient pour lui les institutions et qu'attend le Président : celui de "bouclier".

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