Royal au secours de Hollande ?

De plus en plus contesté par l’aile gauche de sa majorité, parfois critiqué au sein même du PS, François Hollande –aux prises avec une crise économique et sociale d’une gravité historique- adore, par tempérament, la synthèse. Mais, quand la tempête est là, est-il possible de plaire à tout le monde : un coup de pagaie à droite, un coup de pagaie à gauche ?

L’ex-communiste devenu centriste Maurice Leroy –qui fut ministre de Nicolas Sarkozy- croit, dit-il au scénario de la dissolution de l’Assemblée nationale. Et l’homme passe pour avoir, en politique, du "nez".

Perturbée, la "gauche de la gauche" –Jean-Luc Mélenchon, le communiste Pierre Laurent, une bonne partie des Verts, une fraction non négligeable du PS et… Arnaud Montebourg - se demande, elle, si le "social-libéral" François Hollande n’est pas en train de préparer les conditions d’une ouverture au centre en cas de "raclée" aux municipales.

Devant l’ampleur de la crise, la majorité ne s’attendait pas, en tout cas, à vivre ce qu’elle doit aujourd’hui endurer : la logique libérale de l’Europe, le gouffre des dettes, une récession qui pointe, la montée continue du chômage, des marges de manoeuvre extrêmement étroites, un électorat de plus en plus troublé. Du coup, tout le monde s’interroge : comment le président, excellent manœuvrier par mer calme, va-t-il cette fois s’en sortir ?

Première évidence : au jour d’aujourd’hui, Hollande n’en sait lui-même rien car personne –absolument personne- n’est en mesure d’imaginer ce que sera la situation en 2013. Donc, priorité, tant que c’est possible, à la poursuite du cabotage. Patienter pour voir.

Seconde évidence : sauf tsunami social (type Mai 68, toutes proportions gardées), l’idée d’une dissolution de l’Assemblée ressemble, en l’état, à une guignolade. A droite, certains l’évoquent pour… se donner le moral. A gauche, on rappelle par ce biais aux "esprits forts" qu’ils sont assis à l’Assemblée sur des sièges éjectables.

Reste le fait que Hollande, qui déteste pourtant choisir et a installé la synthèse au rang des Arts Premiers, va bel et bien être condamné à choisir si la mise en cause de sa politique par l’aile gauche de sa majorité prend encore plus d’ampleur. Certes, le président retardera au maximum l’échéance mais, s’il le faut, il donnera au bout du compte les signaux qui s’imposent : oui, il est européen (et pas souverainiste) ; oui, il est social-démocrate (et pas marxiste); non, tout n’est pas possible. Et qui m’aime me suive.

Et qui, alors, l’aiderait ? Daniel Cohn-Bendit (qui vient de prendre ses distances avec Europe-Ecologie-Les-Verts, ce conglomérat qui le désespère), François Bayrou (qui joue de la mandoline sous le balcon de l’Elysée, et refuse de se décourager) mais aussi –pourquoi pas ?- une certaine Ségolène Royal. Le dissident Falorni avait cru la "tuer" à La Rochelle. Enorme naïveté. Aujourd’hui, sa voix manque. Demain, elle peut compter. Et s’il faut faire appel à elle, Hollande ne fera plus de "chichis" car gouverner par temps de crise, quand le sol se dérobe, entre une opposition de gauche et la droite Copé, ce serait, pour lui, une expérience extraordinairement audacieuse, voire dangereuse. Il faudra donc un cap clair, mais aussi des ministres en phase, sans états d’âme, donc… décomplexés. Or c’est le "registre Ségolène".

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