Macron peut-il faire exploser le scénario déjà écrit pour 2017 ?

Emmanuel Macron, lors d'une réunion publique au Palais des congrès de Paris, le 4 octobre 2016. (SOPHIE DUPRESSOIR / HANS LUCAS / AFP)

Va-t-il commencer 2017 comme il a terminé 2016 ? Sur les chapeaux de roues ! Il intrigue, il inquiète, il affole... Mais il attire, il emballe, il galvanise. Inconnu du grand public il y a deux ans à peine, Emmanuel Macron peut-il réussir le hold-up politique du siècle, en se faufilant, à travers les gouttes, parmi les premiers rôles de la prochaine élection présidentielle ?

Les sondages sur les intentions de vote réalisés en fin d'année le donnaient en troisième ou en quatrième position, selon les cas de figure, derrière le duo Fillon-Le Pen. Mais ça, c'était avant... Avant que François Hollande annonce, le 1er décembre, sa décision de ne pas briguer un second mandat. Et avant que la primaire de gauche - primaire du PS, en réalité, comme celle de droite était celle du parti "Les Républicains" - ne fasse sortir un candidat de son chapeau.

Comme on l'a déjà expliqué ici, ce scrutin pré-présidentiel de la gauche, hors Jean-Luc Mélenchon, peut, potentiellement, se jouer très à gauche. En effet, Manuel Valls, qui est actuellement le favori des enquêtes d'opinion, est la cible principale de tous les opposants socialistes qui n'ont pas digéré l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter la loi Travail (loi El-Khomri) en force, sans vote. Les "frondeurs" avaient échoué dans leurs tentatives de dépôt d'une motion de censure. La vengeance est donc un plat qui va se manger froid.

Il engrange des soutiens à gauche et à droite

A cette aune, participation médiocre à craindre aidant, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon seront les mieux placés pour disputer la couronne à l'ancien premier ministre. D'autant que la base encore existante au PS - beaucoup de militants se sont mis en réserve de parti - est plus encline à emprunter la voie de la radicalité qu'à chercher le compromis social-démocrate. Une donnée qui risque de ne pas trop favoriser un autre candidat : Vincent Peillon.

Au final, si Valls l'emporte, cette partie radicale de l'électorat socialiste basculera dans le vote Mélenchon. A contrario, si Montebourg ou Hamon sort vainqueur, c'est un contingent social-démocrate de cet électorat qui se tournera vers... Macron. Déjà un conseiller du premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a décidé de franchir le pas : il appelle les candidats de la primaire à se rallier à l'ancien ministre de l'économie du gouvernement Valls. Il est vrai que cet ancien soutien de Ségolène Royal avait été éconduit dans l'obtention d'une circonscription aux législatives de 2017.

Mais ce ralliement - modeste - en rappelle un autre venant du côté opposé : celui de l'ancien président du comité de soutien à Alain Juppé dans le Rhône. Bernard Constantin, ce centriste lyonnais, - le maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb, est un ardent partisan de Macron - ne se voyait pas faire campagne pour François Fillon, vainqueur de la primaire de droite. De fait, dans le camp de l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy, on cache mal la crainte que suscite la candidature de l'ancien banquier entré en politique. Il peut en effet attirer à lui une frange de l'électorat centriste qui n'est pas fan de Fillon.

Créer une sorte de parti démocrate à la française

Ce dernier a pris la mesure du risque puisque, selon "Le canard enchaîné", il aurait proposé un "deal" à François Bayrou pour lui permettre de constituer au groupe à l'Assemblée nationale à l'occasion des prochaines législatives. L'octroi de ces circonscriptions se ferait en échange du soutien du patron du Modem qui, en prime, pourrait être encouragé à se présenter à la présidentielle, histoire de barrer un peu la route de l'Elysée à Macron. Une chose est sûre, en tout cas, la twittosphère filloniste mène une guerre de communication sans merci contre l'ancien locataire de Bercy. Comme s'il faisait peur !

Le paradoxe est que personne n'est vraiment en mesure de tracer avec précision les contours du projet politique global de Macron qui se définit lui-même comme "ni de droite ni de gauche". Au moment où les partis politiques n'ont pas une bonne cote dans l'opinion, c'est peut-être ce positionnement hors parti - ajouté à la jeunesse de l'intéressé (39 ans) - qui fait une partie de sa notoriété. Et qui lui donne une cote de popularité le plaçant en tête des personnalités politiques, selon un sondage Odoxa de la fin décembre.

La "bombe Macron" - l'expression est du président de cet institut, Gaël Sliman - fera-t-elle exploser en vol le scénario déjà écrit d'un affrontement Fillon-Le Pen au second tour en 2017 ? Une forte notoriété n'est pas un gage de réussite électorale : le crash de Juppé l'a brutalement rappelé récemment. Le défi qui est devant le "troisième homme des sondages" consiste justement à transformer sa popularité en intentions de vote. Pour y parvenir, il veut rassembler ceux qu'il appelle "les progressistes" dans une sorte de parti démocrate à la française... sur le modèle américain. Il est compréhensible que cette nouveauté inquiète ses adversaires. Tous ses adversaires.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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  • Aucun article
  • Ole Gunnar

    Et voilà la propagande du système continue pour son candidat. Il est 4e des sondages mais les articles pleuvent sur lui. Je sature de ce tapage médiatique pro-macron.

    • Matthus Gougeus

      Cramons Macron !

    • KNOCKAERT

      C'est quand ce n'est pas son poulain, on sature.... Il faut bien reconnaître que le monsieur fait de la politique autrement, ça a de quoi déstabiliser certains...

      • Martin

        Autrement pas si sur. il a bien résumer le but du mouvement en Marche lors de son meeting du 10 décembre en criant à la fin à plein poumon non pas ses souhaits pour la France ou le Français mais ses souhaits pour son mouvement et par là lui même: "GAGNER GAGNER " seul but de sa grande marche

  • zeppe

    S'il pouvait empêcher l'acces au pouvoir de l'ultra conservateur Fillon ou de l'extrême-droite nationaliste, ça serait déjà une très très bonne chose.

    • Ol3 P

      concernant Fillon il y a bien plus ultra conservateur ...
      ceci dit, lui au moins n'est pas englué dans le dogme de son parti comme l'est aujourd'hui tous les éléphants du PS.

      • zeppe

        Au delà c'est carrément une boîte de conserve rouillée.
        Plus sérieusement, FIllon est déjà bien trop trop ultra conservateur à un point inacceptable. S'il en existe de plus que lui, n'en parlons même pas !
        Je n'ai pas à comparer au PS.
        Le PS ne m'intéresse pas, mais si je n'ai le choix qu'entre le PS et un ultra conservateur, même s'il en existe de pires, mon choix est très clair, j'exclus le conservateur.

  • Ol3 P

    Je ne pense pas vis à vis du vainqueur, mais le FN ou le PS ont du mourron à se faire car je le vois bien en 3e place.

    • clarky537

      surtout le PS car le FN fera toujours barrage à ce banquier même en votant Fillon s'il le faut....nous avons puni Sarko en 2012 c'est pour cela que Hollande est passé,mais dorénavant notre mission c'est la fin définitive du PS et associés

  • Nabucco

    "Il est fou le vent du printemps
    Il est pareil à la jeunesse
    Il court et n'a jamais le temps
    Et jamais ne tient ses promessses..."

    Vieille chanson de Nana Mouskouri.

    Prophétique ?

  • Passievident

    Vous essayez de le lancer? Ce n'est qu'une outre vide....

  • Guillaume D

    Ex-expat français, je vois dans Macron un discours politique à la foi flou et précis. Flou quand on regarde au détail mais très définie sur sa philosophie, ré-équilibrer le contrat social autour de l'idée de liberté individuelle avec un filet de protection collectif. En fait c'est l'opposé des professionnels de la politique à la française. Ces pros nous soûlent de formules (élaborer avec des méthodologies douteuses) et avance leurs philosophies politique habillés pour plaire au-delà de leurs électorats traditionnelles. En bref ils sont des catins intellectuelles tellement travesties quelles se ressemblent toutes.

    • Ol3 P

      Oui et c'est ce qui est séduisant.
      Ceci dit, comme vous dite, il y a un flou et lorsqu'il y a un flou il y a un loup !

  • Xdreamy

    Il est certainement le candidat du moindre mal à gauche.....!

    • Nabucco

      Sauf qu'il n'est pas vraiment à gauche, ni à droite, il est ailleurs...
      Son programme est un joli patchwork coloré d'idées éparses qu'il est bien difficile pour le moment de rassembler pour en faire un tout cohérent.

  • khufac

    Macron fait penser à Clinton, Fillon à Romney, et Le Pen...à Trump
    Autant dire qu'il vaut mieux sortir de ce shéma, au plus vite, en choisissant Sanders au lieu de Clinton, Mélenchon au lieu de Macron

    • Nabucco

      Choisir Mélanchon...
      Vous ne vous êtes pas encore rendu compte que le communisme n'a jamais marché nulle part dans le monde depuis plus d'un siècle qu'il ressasse de vieilles recettes populistes ?
      Même les Chinois y ont renoncé sur le plan économique, ils n'en ont conservé que l'autoritarisme et l'absence totale de démocratie.
      Réveillez-vous !
      PS : Sanders est à peu près autant à gauche que Macron justement. Les USA ne sont pas la France.

      • Mehdi Clément Yellès Mahammedi

        Mélancon n'a pas un programme communiste, il est temps de se réveiller...

        Concernant l'expérience politique de l'URSS : très tôt (dès Staline) il n'a plus s'agit de Communisme, mais bien de Soviétisme...
        Sanders reste bien plus à gauche de Macron, tout du moins bien en-deça au niveau de la vision libéral... Dans l'absolu les macronistes sont des libertariens qui n'ont pas le courage d'aller au bout de leurs opinions.

      • zeppe

        Ne faites pas exprès, comme les gens qui ont peu de culture, de mettre dans le même sac la gauche démocrate et le totalitarisme stalinien.
        Ce qui n'a pas marché et auquel vous faites allusion c'est la dictature ( URSS , Corée du Nord...etc ) et c'est tant mieux, mais ça n'a rien à voir avec la gauche démocrate de Mélenchon.

        • Moyno

          Il faut toujours se méfier des gens et des régimes qui accolent " democrate" à leur nom ... on a eu beaucoup de républiques démocratiques ... et puis C'est le même Mélenchon qui au cours de son mémorable discours hagiographique pour la mort de Chavez, déclarait qu'il vomissait la démocratie ... faudrait savoir ... choisis ton camp, camarade.

          • zeppe

            Vous avez des preuves , des sources d'infos fiables , des liens qui permettent de vérifier ce que vous dites ?
            Non ? Bon ben alors ne dites pas n'importe quoi !
            Mélenchon est un démocrate jusqu'à preuve du contraire.

    • Ol3 P

      Mélanchon au lieu de Macron. Sincèrement vous devriez creuser un peu plus la faisabilité du programme de chacun des deux.
      Macron dépasse largement Mélanchon sur la faisabilité et n'est qu'un enfant de coeur comparé à Mélanchon côté populisme et démagogie.

  • Paul Boulvrais

    Une bombe ? Non, une baudruche !

    • KNOCKAERT

      Pourquoi il serait plus baudruche que FILLON qui était que seulement caporal chef de SARKOZY et que LE PEN avec son attachement aveugle à POUTINE parce qu'elle se reconnaît dans sa dictature....

  • Frédéric Yvan

    Résumons nous. Le Pen, Fillon, NDA, Macron, Bayrou tous de droite... (extreme droite, droite dure, droite molle...) du coup il y a comme une évidence qui se fait jour... il y a un seul candidat de gauche en 2017 et c'est Jean Luc Mélenchon ! Il va cartonner.

    • clarky537

      aucune chance,le FN est là

  • Olivier Grolleau

    Bonjour, le principe de ce forum semble être une succession de posts de gens convaincus. Plus l'élection présidentielle va s'approcher, plus nous risquons d'avoir affaire à des querelles entre supporters, vu le type de scrutin, uninominal majoritaire, que nous devons subir. En passant, une autre idée de ce que pourrait être le scrutin , la méthode de "jugement majoritaire" : https://www.youtube.com/watch?v=ZoGH7d51bvc

    Pour en revenir à Macron, un texte général qui aide à la réflexion et son résumé :
    http://www.revue-ballast.fr/refuser-clivage-gauche-droite/

    " En résumé, il faut prendre au sérieux l’offre d’Emmanuel Macron, ne pas
    se satisfaire d’un rejet instinctif basé sur le parcours
    du personnage ou la sociologie de ses militants ou soutiens, et
    l’analyser pour ce qu’elle est : ce n’est ni un populisme de droite, ni
    « le peuple contre la caste » de Podemos, mais la vieille rengaine d’une
    social-démocratie à bout de souffle qui consiste à éteindre le conflit
    de classe sous la gestion des experts d’un côté et des moralistes de
    l’autre. Appelons-la donc par son nom : l’extrême centre."

  • maurice.maurin

    Macron est un Sarkozy 2, il a les dents longues.

  • clarky537

    on dit que rien impossible mais lui président c'est impossible,les patriotes n'en veulent pas donc si par hasard il est au 2e nous voterons pour celui qui est en face (20 à 30%)un barrage quoi et votre poulain sera éliminé

  • zeppe

    Moi non plus, mais je pense qu'il est moins conservateur et reac que Fillon et, en tout cas, il n'est pas haineux et renfermé comme le FN.
    Disons que si c'est la seule solution actuelle pour éviter un second tour reacFillon/fachoLePen , je pense qu'on évite le pire.

  • Vidoz2

    Et plus particulièrement pour celle des petits poissons , car les " conservateurs " sont une des causes principale , de la pollution des eaux .