En 2017, Fillon serait le "pire candidat" de la droite... pour Marine Le Pen

François Fillon (à gauche) et Marine Le Pen @AFP

Tant que la ligne d'arrivée n'est pas franchie, la course n'est pas finie. Truisme ! Avec la foi chevillée au corps, Alain Juppé s'est lancé dans la dernière ligne droite derrière François Fillon. La foi et un énorme handicap. L'ancien premier ministre de Jacques Chirac (1995-1997) a plus de 15 points de retard sur l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012) avant le second tour de la primaire de la droite, le 27 novembre : 28,5% des voix contre 44,1%, au premier tour.

Le retard du maire de Bordeaux sur le député de Paris semble difficile à combler. Voire impossible, mathématiquement. Fillon peut compter - probablement très largement - sur le report des suffrages qui se sont portés sur Sarkozy (20,7%), éliminé le 20 novembre, qui a appelé à voter pour lui. Et sur ceux, difficilement amassés, par Le Maire (2,4%) qui a opportunément opté pour le vainqueur du premier tour. Comme Poisson (1,5%). De son côté, Juppé est soutenu par "NKM" (2,6%) et par Copé (0,3%).

Les plateaux de la balance, on le voit, ne sont pas vraiment à l'équilibre. Et comme les sarkozystes ont répété, en boucle, tout au long de la campagne, que Juppé est un "candidat de gauche", ce que ne démentirait sûrement pas en ce moment une partie des électeurs fillonistes, on peut donc en conclure logiquement que la charge, en suffrages, est plus lourde sur le plateau de droite. Sauf événement aussi imprévu qu'improbable, la pesée semble objectivement assez mal engagée pour l'apôtre bordelais de "l'identité heureuse".

La thèse du vote tactique ne tient pas la route

Mais Brexit au Royaume-Uni et élection de Trump aux Etats-Unis aidant, il ne faut jamais rien écarter totalement. Même l'imprévu ou l'improbable. On dit juste ça pour tenter de s'en convaincre. Seule une extraordinaire et phénoménale sur-mobilisation électorale pourrait sortir Juppé de l'ornière. Car on voit mal la foule qui a poireauté des heures devant des bureaux de vote pour déposer un bulletin Fillon dans l'urne se raviser en une semaine pour refaire l'opération au profit de Juppé. Et inverser ainsi le résultat... possible, pour ne pas dire probable.

La thèse du vote tactique, selon laquelle ils auraient été nombreux à voter Fillon pour être sûr de "sortir" Sarkozy, croyant Juppé assuré de la première place, ne tient pas vraiment la route. Il suffit pour s'en convaincre de constater l'homogénéité nationale du vote massif en faveur de l'ancien élu sarthois. En face, Juppé n'est en tête que dans la région Aquitaine et alentours. Sarkozy... en Corse ! C'est bien d'un vote d'adhésion du peuple de droite qu'a bénéficié l'ancien "collaborateur" du précédent chef de l'Etat, contrairement à ce qu'avance le n°2 du Front national, Florian Philippot.

Donc, hors une incroyable mobilisation d'une partie des électorats de gauche et d'extrême droite au second tour, l'affaire paraît entendue. Pour les strates calculatrices de ces électorats, il s'agirait alors de participer à une nouvelle élimination, après celle de Sarkozy. Mais les motivations de ces deux groupes sont contraires. Pour les "stratèges" de gauche, il faudrait conserver, en l'absence de représentant de leur sensibilité au second tour de 2017, le candidat de droite dont ils pensent qu'il ferait le moins de dégâts sociaux. Pour ceux du Front national, il serait plutôt question d'écarter le candidat le plus dangereux pour Marine Le Pen.

Un candidat compatible pour l'électorat déçu

A l'évidence, l'embarras est visible, sinon palpable, chez les dirigeants du parti d'extrême droite depuis le soir du 20 novembre. L'état-major mariniste espérait tellement voir Juppé ou Sarkozy en tête - des adversaires rêvés - qu'il a été désarçonné par la fulgurante percée du troisième homme, le pire pour la fille du co-fondateur du FN. Car Fillon est justement le candidat qu'attend, depuis quelque temps, une partie de la droite qui glisse ou a déjà glissé à l'extrême droite : ultra-libéral sur le plan économique, ultra-conservateur dans le domaine sociétal, "Poutino-compatible" en matière internationale et moins "sulfureux" que les Le Pen pour l'électorat catholique traditionaliste partisan de la "Manif pour tous".

Car Fillon est le candidat idéal pour la majorité silencieuse du peuple de droite - le vote du premier tour l'atteste - et le candidat compatible pour l'électorat déçu qui a trouvé refuge dans les bras de Marine Le Pen. Réputé, à juste titre, honnête, il n'a pas de casseroles accrochées à ses basques. Il promet, à demi-mot, "du sang et des larmes" à une France qui est devenue majoritairement de droite. Il va répétant que son programme est "difficile"... pour ne pas dire que c'est une purge. Juppé lui répond que ce projet est "brutal" et "irréaliste". Et il pense sûrement, démagogique.

Entre un candidat PS et un candidat FN, Fillon avait conseillé, aux municipales de septembre 2013, de voter pour "le moins sectaire". Ce qui n'était pas à proprement parler un "dérapage" ressemblait plutôt, et étrangement, à un brevet d'honorabilité décerné à l'extrême droite. Un diplôme qui ne pouvait pas décevoir les électeurs de ce bord de l'échiquier. C'est justement ce qui pourrait être de nature à contrarier la patronne du Front national : assistera-t-elle, impuissante, à une fuite incontrôlée d'une frange de son électorat si le Sarthois gagne la primaire ? Fillon serait bien alors le pire candidat de la droite... pour Marine Le Pen, en 2017.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

A lire aussi

  • Aucun article
  • Slimane Medani

    L'écart de FF sur AJ est pour moi artificielle. Une grande partie de cet écart est à mettre sur le compte des votes provenant de la gauche. Pourquoi ? L'ouverture du vote à la gauche a donnée l'occasion de renforcer de barrage anti-Sarkozy. Pour cela il faut faire en sorte que AJ et FF soient au 2ème tour. Donc, dans une logique de simple d'un votant "socialiste", favoriser FF puisque les sondages donnaient une "avance" à AJ. Du coup un vote en dehors de la droite, massif en faveur de FF.
    Je ne suis pas sur que cette logique se reproduise au 2ème tour. Ça serait peut être même le contraire. Car faire Barrage à FF au 2ème tour signifierait faire barrage à l'équipe Sarkozy. De plus AJ proche de Chirac et FF proche de NS donne un chois assez facile aux électeurS, surtout de gauche.

    • remijio

      Si vous voyez les choses par ce petit bout de la lorgnette, c'est que vous n'avez pas analysé suffisamment la structuration du vote, la dynamique et surtout que vous raisonnez à l'envers. Les votes d'adhésion ça existe, en 1995 j'avais vécu cela aussi avec la "remontada" vs Balladur. Pour le reste, AJ proche de Chirac ? Pour l'itinéraire oui, mais ça s'arrête là, pas sur l'analyse profil et convictions. Juppé, c'est l'anti-Chirac,
      c'est d'ailleurs pour cela qu'ils se complétaient si bien, un homme
      cassant, sûr de lui et sa suprématie intellectuelle ("Amstrad"), droit dans ses
      bottes comme il se définit lui-même. Chirac, tout l'inverse, un instinctif, un
      homme profondément attachant et humaniste, bien que zigzaguant, et plus radical (au
      sens politique) qu'autre chose. Quand à François Fillon, que j'ai la
      chance de connaitre, un type profondément humain, digne, droit, qui a un sang froid extraordinaire et une capacité de croire en lui et en son pays énorme, le
      comparer à Thatcher n'a d'ailleurs aucun sens, ce n'est ni l'époque ni le lieu, je
      le comparerais plutôt à Schroeder pour l'agenda qu'il propose et à Rajoy
      pour l'opiniâtreté, dans tous les cas un homme d'état qui ne se
      prostitue pas entre les deux tours pour avoir le job, qui tient le cap,
      qui ne saupoudre pas à tout va en une semaine pour s'acheter les votes
      catégoriels (si possible de gauche ...) et qui ne tient pas des propos
      d'une mauvaise foi sans nom pour son adversaire. Vous parlez de NS, lui au moins est parti la tête haute, avec élégance, et même si je ne suis par sarkozyste je respecte cet homme, son parcours et ce qu'il a donné à ce pays. La France se cherche depuis longtemps un
      grand bonhomme, ne le laisser pas filer, c'est
      maintenant ou jamais, et c'est avec François Fillon, sinon un jour on se réveillera un lendemain de
      deuxième tour de présidentielle avec une très grosse gueule de bois et vos calculs de comptoir auront petite mine aussi ...

  • remijio

    Tout est dit : vous voulez faire d'une pierre deux coups, vous débarrasser de la "gauche" et endiguer durablement le FN, un seul vote : François FILLON. Le bonus exquis, la vraie Réforme, un véritable changement de paradigme, car nous avons tout tenté pour changer ce pays, sauf ce qui marche vraiment ...

    • chrisstian

      hélas on a déjà eu le bonus exquis entre 2007 et 2012 ainsi que son véritable paradigme, et force est de constater que ça n'a pas vraiment bien marché, au vue de la situation ça a même été un désastre pour le peuple et la nation, c'est pourquoi des millions de gens n'en veulent plus ...mais il a beaucoup de chance car au second tour les millions qui n'en veulent plus se tourneront obligatoirement vers lui quand même car il faut faire barrage à l'autre, bref la médiocrité la paupérisation et le matraquage fiscal ont encore de belles années devant eux....

      • Sam Silk

        Vrai

    • clarky537

      ce qui marcherai c'est de quitter cette Europe avec le FN

  • Mr Zon

    Ce n'est pas un problème, chez ces gens là de droite les opinions n'ont plus cours quand il s'agit de prendre le pouvoir, ce qui explique les bas chiffres de Juppé et de Kosciusko-Morizet. Ainsi l'opinion politique est une chose de gauche, et miser sur une image, une chose elle plus grave est-elle plus on s'éloigne vers son extrême...
    Ils auraient pu nous faire un match Sarkozy-Fillon-Le-Pen à l'heure actuelle d'aujourd'hui ils l'auraient fournis, mais Sarko est ce qu'il est, il reste donc Fillon et nous ne pensons pas alors déjà en effet comme il le faudrait.
    Ha si seulement Sarkozy n'avait-il pas été sur le sellette..

  • Maxime

    C'est vrai dans un sens car n'ayant pas le choix ce serait Fillion qui passe, horreur ce n'est pas mieux que Marine.

  • Jean Bonkar

    La grosse surprise éventuelle de la présidentielle en France , ne risque pas d'être dans la veine de celle de Trump ou du Brexit..... sinon , cela ne serait pas une surprise.....
    Marine Le pen éliminée au premier tour , avec Fillon c'est plus que probable , car Fillon réinvente le vote utile à gauche..... Qui a envie d'avoir un matche Fillon Le pen ??? pas même les centristes , que Fillon ne représente en rien !!
    Pour Fillon d'ailleurs , être opposé a Le pen au 2 ième tour et voir les centristes et les socialistes empoisonner sa victoire avec des appels a faire barrage contre Marine , ce n'est pas l'idéal , car a ce moment là , il sera considéré comme quelqu'un qui a été élu contre Marine Le pen et non pour son programme.
    L'adversaire rêvé pour Fillon au deuxième tour de la présidentielle en France , c'est bien un candidat socialiste encore mieux Hollande , car en cas de victoire , il pourra apparaitre comme chef incontestable de la droite toutes tendances , face a Le pen cela ne sera pas la même chose!

  • clarky537

    il n'y a pas grand chose comme fuite au contraire vous nous donnez des arguments contre le candidat des privilégiés

  • clarky537

    il fera plonger encore plus le pays ce qui donnera raison au FN