Pourquoi il faut (re)lire “Akira”, 34 ans après sa sortie

Ironie du sort. Quelques jours à peine après sa réédition le 6 juin 2016, l’ultime édition du premier tome d’Akira - enfin disponible en noir et blanc et dans son sens de lecture original - était déjà épuisée. Alors que les kids biberonnés à Naruto et One Piece n’avaient même pas eu le temps d’apercevoir l’épais volume en vitrine de leur librairie favorite, les quelques chanceux qui avaient dégoté le précieux sésame se morfondaient déjà en attendant un tome 2 dont la sortie ne cessait d'être repoussée.

Après près d’un an de cafouillage, obligeant l’éditeur Glénat à s’expliquer sur les raisons d’un tel retard, la réédition d’Akira reprend enfin le 10 mai prochain avec la parution du deuxième tome (sur un total de six). On ne saurait trop vous conseiller de vous jeter dessus, on ne sait jamais. Car, bien que sorti il y a déjà trente-quatre ans au Japon (et vingt-six ans en France), Akira, l’œuvre du Japonais Katsuhiro Otomo, reste un monument de la bande dessinée (tous genres confondus) que l’on se doit de lire. La preuve, en quelques arguments.

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Parce qu’il nous a fait découvrir la culture manga

C’est en 1982 que les Japonais découvrent, dans la revue Weekly Young Magazine, les premiers épisodes d’Akira, un récit de science-fiction dans un Japon qui se relève durement après une troisième guerre mondiale. Ce qui n’était qu’une commande de l’éditeur Kodansha auprès d’un jeune dessinateur va devenir un chef-d’œuvre d’anticipation post-apocalyptique qui ouvrira bientôt l’Occident à la culture manga.

Quelques années plus tard, quelques Français découvrent Akira dans une première version colorisée et traduite en anglais. Olivier Richard, auteur de Manga, les 120 incontournables (éd. 12 bis, 2012) est de ceux-là. “Historiquement, c’est un des premiers mangas à avoir été traduit en anglais et publié aux Etats-Unis en 1988 chez Epic, une filiale de Marvel. A l’époque, les fans de science-fiction l’ont découvert comme ça, avant son arrivée en France.”

Il faudra attendre 1990 pour que l’éditeur Glénat le publie pour la première fois en France, d’abord en kiosques sous la forme de fascicules, puis un an plus tard en version cartonnée. Interrogé sur France Culture, l’écrivain et philosophe Tristan Garcia s’en souvient : Akira a été le premier manga qu’on lisait. Ça a été une révélation lors de la publication du premier tome, L’autoroute. On découvrait tout un monde qu’on avait vaguement deviné avec les animés diffusés dans les années 80.”
 
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Parce que c’est une œuvre visionnaire

Tandis que le Japon est en plein apogée culturel et économique, le jeune Katsuhiro Otomo imagine ce qui pourrait provoquer l’effondrement de son pays. Une vision pessimiste qu’il maintient toujours, à 62 ans passés. “J'ai écrit cette histoire il y a longtemps, mais, avec le recul, je peux la voir de manière plus objective. C'est une œuvre antisystème (...). Je ne sais pas d'ailleurs si je dois m'en réjouir. Ce qui s'est produit à Fukushima (...) m'a brutalement replongé dans l'univers d'Akira. Je savais déjà, à l'époque, que ce genre de catastrophe allait se produire. Lorsque l'économie prédomine autant dans une société, c'est inévitable. La vraie question n'est pas de savoir si cela se produira, mais plutôt quand”, expliquait-il récemment à Télérama.

Pour Olivier Richard, Akira est au manga ce que Neuromancien, le roman de William Gibson publié en 1984, est au roman de science-fiction. “Trente ans après, ces œuvres restent visionnaires, même si la thématique cyberpunk est maintenant la plus traitée de l’univers de la SF”, commente l’écrivain.

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Parce qu’il est graphiquement très accessible

“Quand Akira est arrivé en France, les fans de BD n’ont pas été trop dépaysés car on sent bien l’influence de Mœbius au niveau du trait. Cela a facilité le travail pour les lecteurs de retrouver le trait propre à la BD franco-belge. Avec Akira, on était très loin de Goldorak par exemple, qui était notre référence en matière de dessin animé japonais”, explique Olivier Richard.

Avec Jiro Taniguchi (Quartier lointain, Le sommet des dieux), qui nous a quittés en février dernier, Katsuhiro Otomo est l’un des mangakas les plus influencés par la bande dessinée franco-belge. Grand admirateur de Mœbius (Blueberry), Otomo revendique également une inspiration cinématographique que l’on retrouve dans le séquençage qui donne ce rythme si intense à Akira.

Un parallèle que fait également Olivier Richard, qui rappelle qu’en Occident, Akira a une place particulière. C’est un peu le 2001, l’Odyssée de l’espace du manga”. Comprenez un chef-d’œuvre intemporel et indémodable réalisé par un maître du genre qui n’a jamais fait mieux depuis.

Akira tome 2 de Katsuhiro Otomo, éd. Glénat Manga, 304 p., environ 15 euros.

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  • Anonyme666

    Merci Glénat pour Gunm aussi avec ce graphisme poussé, malheureusement l'anime n'était pas à la hauteur.