Mais pourquoi le jeu vidéo japonais "Persona 5" séduit-il autant les Occidentaux ?

Sur le papier, on ne peut pas dire que Persona 5 ait le profil pour battre des records de vente. Car si le sixième volet de cette saga – débutée au Japon en 1996 et dispo en France depuis 2008 – était attendu par les fans depuis huit ans, ce jeu vidéo classé dans la catégorie des J-RPG (jeux de rôle japonais) souffre a priori de suffisamment de handicaps pour dissuader un large public.

Malgré cela, quelques jours après sa sortie en Europe et en Amérique du Nord le 4 avril, son éditeur, Atlus, a annoncé que le jeu avait été distribué à 1,5 million d’exemplaires (dont 550 000 exemplaires au Japon, où le jeu est sorti en septembre dernier). Parallèlement, sur l'agrégateur de critiques Metacritics, le jeu obtient la note de 93/100, le hissant directement à la première place des jeux sur PS4 cette année.

Comment expliquer un tel engouement pour un jeu d’un genre un peu révolu, non disponible en français et qui bénéficie d’une histoire hyper complexe et d’un gameplay hybride mixant combats au tour par tour et aventure interactive simulant une vie sociale ? Pop Up' a cherché à comprendre les raisons d'un tel engouement.

Parce que c’est une saga du quotidien qui s’adresse à tous

Dérivés d’une vieille saga (Shin Megami Tensei, également chez Atlus), les jeux de la série Persona reposent tous sur la même trame narrative. Le joueur y incarne un adolescent japonais qui, pour une raison qui varie à chaque nouvel opus, va devoir s’intégrer dans un nouveau lycée.

Se déroulant sur une année scolaire (qui débute en avril au Japon), le jeu va consister, pour près de la moitié du temps, à occuper le quotidien de cet adolescent. Dans Persona 5, notre héros (que vous nommerez à votre guise) débarque à Tokyo, précédé par une drôle de réputation. Alors que vous tentiez de sauver une jeune femme agressée, vous vous êtes retrouvé accusé à tort de ce crime. Désormais, vous allez devoir mener une vie d’étudiant modèle tandis que tout votre entourage s'attend à vous voir échouer.

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Après un prologue interminable (une dizaine d’heures), Persona 5 vous offre la possibilité de constituer votre emploi du temps. Il s'agira bien sûr de vous rendre au lycée chaque matin pour étudier. Mais vous devrez également vous faire de nouveaux amis, occuper votre temps libre et gagner un peu de sous en décrochant un job.

Evidemment, toute cette routine a un but. Car si vous étudiez, vous augmenterez votre jauge de connaissance. Aller au cinéma voir un film épique augmentera votre jauge de courage tandis qu'aller au sauna vous fera gagner des points de charisme, etc. Bref, plus vous occuperez intelligemment votre quotidien, plus votre personnage deviendra fort et sera armé pour affronter les monstres qu’il rencontrera dans le Metaverse, un univers parallèle tordu auquel vous avez accès via une application installée à votre insu sur votre téléphone.

Pour le joueur, c'est à la fois amusant de se replonger avec plus ou moins de nostalgie dans un quotidien connu et suffisamment intelligent et riche pour ne pas avoir l'impression que Persona 5 cherche à nous occuper entre deux missions.

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Parce que le jeu nous transforme en justicier contemporain

Persona 5 ne saurait se limiter à un jeu de simulation déguisé en visual novel. Car l’autre caractéristique des sagas Persona est que vous menez une double vie. Le jour, vous vous efforcez d’être un lycéen modèle mais, après les cours, vous prenez la tête d’une bande d’adolescents baptisés Voleurs Fantômes. Ensemble, votre mission est de démasquer des adultes corrompus dans le Metaverse, un univers parallèle dans lequel notre masque (le fameux Persona) tombe et révèle notre vrai visage.

A l’inverse des super-héros qui enfilent un masque pour préserver leur identité, dans Persona, votre personnage se défait de son masque d'adolescent en marge pour combattre les déviants. Bienvenue dans un jeu qui fait de la métaphore l'élément principal du game design.

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Harcèlement moral et sexuel, détournement d’argent ou esclavage moderne sont les problèmes auxquels sont confrontés nos justiciers modernes dans le Metaverse. Chaque mois, cet univers vous ouvrira les portes d'un "Palais" abritant un de ces esprits pervertis que vous allez devoir soigner. Sorte de labyrinthe aux formes diverses (un château, une pyramide, un casino, etc.) censé représenter le côté sombre de l’adulte, le Palais devra être infiltré afin de vaincre le Persona pour qu’il confesse ses crimes dans la vraie vie.

Mais attention, vous n’aurez qu’un nombre limité de jours pour accomplir votre mission. A vous de vous organiser pour faire évoluer votre personnage IRL afin de le préparer au mieux aux épreuves qui vous attendent dans le Metaverse. Si vous échouez, vous serez exécuté et vous perdrez une semaine d’infiltration. C'est extrêmement violent, mais c'est pour la bonne cause que vous devrez peut-être affronter une nouvelle fois un monstre en forme de pénis gluant.

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Parce que c’est la meilleure façon de comprendre le Japon et ses paradoxes

D’abord parce que Tokyo y est fidèlement représenté. Entre les couloirs du métro où l’on se perd lors de nos premiers voyages, décontenancés par la signalétique en idéogrammes comme si nous y étions vraiment, le quartier où l’on réside, dans le grenier d’un café aménagé par nos soins au fur et à mesure de l’aventure, jusqu’à l'arrondissement commerçant de Shibuya, tout est fait pour nous immerger dans cette vie de lycéen tokyoïte.

Ensuite parce que si le style graphique de Persona 5 s’inspire des comics américains, le jeu est surtout conçu comme un (très) long animé japonais (comptez une centaine d’heures pour en venir à bout).

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D’autre part, parce que le sous-texte de Persona 5 est une critique à peine voilée de la société japonaise. Vous incarnez un lycéen en marge, traité comme un paria pour avoir tenté un soir de défendre une femme agressée. Incompris, vous vous liez avec le cancre du lycée, un adolescent encore plus ostracisé que vous. Avec votre bande de potes, vous représentez cette jeunesse nippone en perte de repères, prise en étau entre le conformisme des traditions à respecter et le désir de s’émanciper d’un système qui "valorise le collectif aux dépens de l'individu", comme le rappelait Libération à la suite d'un tragique fait divers dans un lycée d'Otsu en 2013. Certes, le suicide, la corruption ou le harcèlement ne sont pas des maux typiquement japonais. Mais beaucoup de missions que vous allez devoir mener sont effectivement inspirées de drames qui ont eu lieu au Japon ces dernières années.

Le bon côté du jeu, c’est que cette injustice dont est victime notre héros ainsi que la nécessité non discutable des “monstres” auxquels il s’attaque ne fera que renforcer votre désir d’en découdre. Jamais des combats remportés dans un jeu vidéo n’auront été aussi jouissifs que dans Persona 5.

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Avec sa recette hyper originale, Persona 5 est un jeu, certes, profondément japonais en apparence, mais totalement universel dans son propos. Très exigeant, il est également totalement immersif et il vous sera très difficile de lâcher la manette, même après plusieurs heures de jeu. D’ailleurs, au royaume des J-RPG, le site GamesRadar vient de lui décerner le titre de meilleur jeu de tous les temps. Mais il serait dommage de cantonner Persona 5 à un genre. C'est juste un excellent jeu vidéo qui vous rendra fort et fier pendant de longues heures (surtout si c’est votre tout premier J-RPG).

Persona 5 (Atlus / Deep Silver) est disponible sur PS3 et PS4. Comptez 45 à 70 euros selon la plateforme.

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  • bomberzx

    Déçu que le je ne soit pas sur d'autres plateformes, il le méritait vraiment.

  • Florian Lison

    Oui, alors tous les Persona ne reposent pas sur le même trame hein ? Les épisode 3 et 4 se ressemblent beaucoup certes et le 5 est leur digne successeur en améliorant gameplay et atmosphère, mais les 2 premiers épisodes ont rien avoir. Déjà le personnage principal est déjà dans le lycée depuis longtemps, et l'histoire se déroule sur une période bien plus courte avec une atmosphère généralement plus sombre... Après c'est juste un manque dommage de connaissances sur le sujet, le reste de l'article étant très bien.