Dix comics à découvrir à l'occasion du Comic Con Paris 2016

Pour la deuxième année consécutive, le Comic Con Paris, version française de la plus grosse foire de la pop culture, s'installe vendredi 21 octobre dans la capitale, sous la Grande halle de La Villette (19e arrondissement). L'occasion pour le visiteur d'y exhiber (après la Japan Expo) son plus beau cosplay (dans un environnement ultra concurrentiel) et d'y croiser, entre deux conférences, quelques star(lette)s aperçues dans des séries télévisées (Mike "Luke Cage" Colter, Dominic Purcell et Eliza Dushku pour les plus connus de cette édition) et, évidemment, des auteurs de comics. L'excuse parfaite pour vous présenter ici nos coups de cœur comics de ces dernières semaines.

"Paper Girls, tome 1" de Brian K. Vaughan et Cliff Chiang

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Evidemment, après le succès de Y, le dernier homme et de Saga (dont le tome 6 vient sortir en France), tous les yeux étaient tournées vers le nouveau bébé de Brian K. Vaughan, Paper Girls, déjà récompensé cette année par l'Eisner Award de la "meilleure nouvelle série". Un récit construit autour de quatre adolescentes livreuses de journaux (paper girls en VO) qui sont témoins d'événements surnaturels. Un hommage appuyé à la culture SF des années 1980 qui utilise les mêmes recettes que Stranger Things, la série de Netflix qui a créée l'événement cet été, provoquant une vague de nostalgie chez les quadras (dont Vaughan fait désormais partie).

Machine à voyager dans le temps, ninjas et ptérodactyles cohabitent donc en toute évidence avec les talkies-walkies et les BMX. C'est complètement foutraque et ça va à cent à l'heure. Certes, les dialogues ne sont pas aussi drôles que dans Saga et la hype autour de ce titre a élevé considérablement notre niveau d'exigence, donc on ne fera pas la ola après la lecture de ce premier tome. On attendra patiemment la suite, prévue au printemps prochain, pour confirmer que Paper Girls est bien le titre intelligent et féministe qu'il mérite d'être. Notez que si les éditions Urban Comics seront, cette année encore, absentes du Comic Con, Brian K. Vaughan sera en tournée en France pour y dédicacer ses albums, dont The Escapists sorti en 2000 mais édité pour la première fois en France cet automne.

Paper Girls, tome 1 de Brian K. Vaughan et Cliff Chiang, coll. Urban Indies aux éd. Urban Comics, 160 p., environ 10 euros.

"Alex + Ada, tome 1" de Jonathan Luna et Sarah Vaughn

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Sept mois après sa rupture, Alex reste inconsolable. Et ce n'est pas Ada, l'androïde que lui a offert sa grand-mère, qui va changer les choses. Même si elle est plastiquement sublime, comment nouer une relation profonde avec un être dénué de tout libre-arbitre ? A moins qu'Ada ne cache une conscience susceptible d'être éveillée...

Evidemment, la singularité de ce comic book est à chercher ailleurs que dans son pitch, les relations entre les hommes et les machines étant l'un des thèmes les plus usités dans la science-fiction. La capacité de ces dernières à réagir comme les humains est d'ailleurs au cœur du récent film Ex Machina et de la nouvelle série Westworld, diffusée depuis le 3 octobre sur OCS City. Mais l'intérêt d'Alex + Ada est à chercher ailleurs et surtout dans sa capacité à susciter des émotions chez son lecteur. Une vraie gageure pour une série sur les robots...

Petit bijou sensible jusque dans sa forme, grâce au trait doux et régulier et à sa palette de couleurs tendres, ce premier tome d'Alex + Ada est une vraie réussite. On attend impatiemment les deux autres tomes de cette trilogie qui seront édités chez Delcourt l'an prochain.

Alex + Ada, tome 1 de Jonathan Luna et Sarah Vaughn, éd. Delcourt, 128 p., environ 15 euros.

"Starlight" de Mark Millar et Goran Parlov

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Mark Millar, le scénariste de comics préféré d'Hollywood (Kingsman : Services secrets, Captain America : Civil War ou encore Logan, le prochain volet de Wolverine) est de retour avec un one-shot, Starlight. L'histoire de Duke McQueen, un ancien pilote de l'US Air Force contraint à une retraite forcée après avoir raconté avoir rétabli la démocratie sur une planète extraterrestre. Car, s'il est un héros sur Tantale, sur Terre, beaucoup, dont ses propres enfants, le considèrent comme un affabulateur, voire un doux dingue. Jusqu'au jour où un gamin de Tantale vient le chercher pour lui demander de sauver à nouveau son peuple, en proie à un nouvel envahisseur. Vieux et endeuillé après la mort de son épouse (et seul soutien), c'est un McQueen n'ayant plus rien à perdre qui reprend les armes, quarante ans après ses premiers exploits.

Avec Starlight, Millar s'essaie au space opera pour mieux aborder les thèmes de la vieillesse et des différences entre générations qu'il a déjà brillamment évoqués dans Jupiter's Legacy. A 46 ans, l'Ecossais semble plus en forme que jamais, Paste magazine ayant d'ailleurs élu Starlight meilleur comic book de sa carrière. C'est rythmé, graphiquement très détaillé grâce aux traits simples et précis de Goran Parlov et on ne reste pas sur sa faim à l'issue du récit. Un album qui ne révolutionne pas la SF mais que l'on dévore avec grand plaisir.

Starlight de Mark Millar et Goran Parlov, éd. Panini Comics, 144 p., environ 18 euros.

"The Wicked + The Divine, tome 1" de Kieron Gillen et Jamie McKelvie

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"C’est un comic book pop, glam et trash qui tape très fort et qui parle de la célébrité, des fans, de l’art et de la mort", résume Kieron Gillen, le scénariste de The Wicked + The Divine. Mais ce que la modestie l'empêche de dire, c'est que sa dernière œuvre est également un petit bijou de modernité et d'intelligence. Masqué sous une épaisse couche de maquillage glam', WicDiv, comme l'ont surnommé ses fans, pourrait bien être le comic de notre génération.

Plongeant son intrigue dans un Londres multiculturel et queer, Gillen interroge son lecteur sur la célébrité, la religion, le pouvoir de la musique et la mort. L'histoire de douze divinités qui se réincarnent, tous les 90 ans environ, dans le corps de jeunes gens qu’ils transforment en d’immenses pop-stars, avant de disparaître deux ans plus tard, pour renaître le siècle suivant. C'est dense, malin et bourré de références pop. Cerise sur le cheesecake, Kieron Gillen, accompagné de Jamie McKelvie (dessin) et Matthew Wilson (couleurs) seront présents au Comic Con samedi 22 octobre. En attendant, les premières pages du tome 1 sont à feuilleter ici.

The Wicked + The Divine - Tome 1, Faust départ de Kieron Gillen, Jamie McKelvie et Matthew Wilson sera disponible à partir du 26 octobre (et en avant-première au Comic Con de Paris du 21 au 23 octobre), éd. Glénat Comics, 176 pages, environ 17 euros.

"Descender, tome 2 : Lune mécanique" de Jeff Lemire et Dustin Nguyen

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On a déjà dit ici tout le bien que l'on pensait de Jeff Lemire dont la série Sweet Tooth, actuellement éditée chez Urban Comics, nous bouleverse à chaque tome. Mais le Canadien a plus d'une corde à son arc de scénariste, comme le prouve son autre série de science-fiction en cours, Descender, dont le récit oppose de manière classique des humains à des robots. Il y a dix ans, l'univers a été attaqué par les Moissonneurs, des machines de la taille d'une planète, qui ont disparu après avoir décimé une partie de l'humanité. Cette attaque, aussi violente qu'inattendue, a engendré la crainte des humains vis-à-vis de toutes les intelligences artificielles. Désormais débarrassé de la plupart de ses robots domestiques, l'univers entame sa lente reconstruction. Mais TIM-21, un androïde à l'apparence enfantine qui a échappé à la purge, se réveille et c'est l'univers tout entier qui se met à sa poursuite. Car le petit robot est soupçonné de cacher dans ses circuits les raisons qui ont poussé les Moissonneurs à attaquer.

Pas de grosse surprise à la lecture de cette suite d'Etoiles de métal. Même si ce deuxième tome possède toujours une identité graphique forte grâce aux dessins à l'aquarelle et aux crayons de couleurs de Dustin Nguyen, il ne parvient jamais totalement à confirmer la première impression laissée par la découverte de la série débutée en début d'année chez Urban Comics. Cela reste très original dans le traitement (même si on sent que Nguyen a dû boucler ses planches très rapidement) mais on peine à être encore touché par ce bel objet. Espérons que Lemire arrive à lui insuffler l'émotion qu'il met dans d'autres ouvrages plus personnels, Sweet Tooth ou Winter Road, son dernier album dont on vous parle plus bas.

Descender, tome 2 : Lune mécanique de Jeff Lemire et Dustin Nguyen, coll. Urban Indies chez Urban Comics, 120 p., environ 14 euros.

"Je suis doctor Strange"

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Cette fois-ci, Panini a pris les devants. Après avoir été un poil à la bourre avec Daredevil et Deadpool, l'éditeur français de Marvel a décidé de consacrer sa rentrée au docteur Strange dont l'adaptation sur grand écran débarque le 26 octobre en France. Parmi les nombreux ouvrages proposés, Je suis doctor Strange, à conseiller aux newbies du maître des arts mystiques. Cette anthologie revient sur les origines du magicien avec des extraits des runs les plus mémorables qui lui ont été consacrés, depuis ceux de Stan Lee, qui a créé le personnage en 1963, jusqu'à la rencontre imaginaire entre son créateur et le magicien.

Neurochirurgien de formation, Stephen Strange est un homme égoïste et cupide qui perd l'usage de ses mains dans un accident de voiture. Cherchant à retrouver toutes ses facultés, il part dans l'Himalaya rencontrer l'Ancien, un guérisseur censé faire des miracles. Mais au lieu de guérir le docteur, l'Ancien le transforme en une sorte de mage doté d'impressionnants pouvoirs. Revêtu d'une cape de lévitation et doté de l'œil d'Agamotto, une relique aux nombreux pouvoirs dont la capacité de modifier la courbe du temps. De retour à New York, le doctor Strange décide de consacrer sa nouvelle vie à combattre les forces du mal.

Comme toutes les anthologies Marvel, Je suis doctor Strange est un ouvrage épais - qui vous coûtera à peine plus de 20 euros - mais indispensable pour découvrir l'univers méconnu (et un peu vieillot) du mage aux super pouvoirs. A lire absolument avant de découvrir dans les salles obscures la métamorphose opérée par Disney.

Marvel anthologie : Je suis doctor Strange, éd. Panini Comics, 320 p. environ 22 euros.

"Letter 44, tome 4" de Charles Soule et Alberto Jiménez Alburquerque

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Letter 44, c'est une lettre laissée par l'ancien président des Etats-Unis à son successeur et 44e du nom, Stephen Blades. Un courrier qui lui révèle la présence d'une construction extraterrestre entre Mars et Jupiter et avec laquelle on n'a jamais établi le moindre contact pour connaître son intention. Tandis que Blades s'interroge sur les mesures à prendre face à cette potentielle menace, l'équipage du Clarke, une navette envoyée dans l'espace il y a trois ans, arrive à destination de la station alien et rencontre ses habitants.

Déjà le quatrième tome pour cette excellente série d'anticipation publiée depuis un peu plus d'un an par Glénat Comics et sélectionné l'an passé à Angoulême. La série démarre lentement mais confirme au fil des albums tout le bien que l'on pense de cette saga, mi-science-fiction, mi-thriller politique, habilement rythmée comme une série télé grâce à ces nombreux cliffhangers. A l'occasion du Comic Con, le premier tome de Letter 44 (ainsi que d'autres titres parus chez Glénat Comics) sera proposé à la vente pour seulement 4,99 euros.

Et s'il vous fallait encore une bonne raison d'aller au Comic Con ce week-end, le dessinateur de Letter 44, Alberto Jiménez Alburquerque, y sera en dédicace pendant les trois jours.

Letter 44, tome 4 de Charles Soule et Alberto Jiménez Alburquerque sera disponible aux éd. Glénat Comics le 26 octobre, 160 p., environ 17 euros.

"Patience" de Daniel Clowes

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Avec Charles Burns et Chris Ware, Daniel Clowes est l'un des rares auteurs américains à avoir influencé la bande dessinée contemporaine. Cinq ans après Le rayon de la mort (édité en France aux éditions Cornélius), il revient enfin avec Patience, un album dans lequel Clowes s’essaye à la science-fiction en nous plongeant dans une enquête transtemporelle.

Quelques jours après avoir appris qu’il allait devenir père, Jack retrouve sa compagne, la fameuse Patience, morte dans leur appartement. Dix-sept ans et une enquête bâclée plus tard, Jack, inconsolable, se demande toujours ce qui est arrivé à la femme de sa vie. Désormais en 2029, il a l’opportunité de réaliser un voyage dans le temps. Jack décide alors de retourner dans le passé afin d’empêcher la mort de sa femme et de sauver son enfant. Mais comment enquêter sans jamais modifier le continuum espace-temps ?

A 55 ans et malgré de nombreux errements temporels, Clowes nous livre son album le plus linéaire, un thriller temporel prétexte à une plongée dans la vie de Patience dont le portrait se dessine au fil du récit narré en voix off par Jack. Un album au trait délicieusement vintage et tellement coloré qu’on en oublie presque qu’il nous parle d'un homme brisé, rongé par la rancœur et le ressentiment.

Patience de Daniel Clowes, éd. Cornélius, 184 p., environ 30 euros.

"Winter Road" de Jeff Lemire

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Avec Winter Road, Jeff Lemire nous emmène sur ses terres enneigées, à Pimitamon, Ontario, petite ville fictive soumise au très rude hiver canadien. L'histoire d'une ancienne star du hockey sur glace, Derek Ouelette, désormais partagé entre l'alcool et les bagarres, et sa sœur Beth, toxicomane, qui revient dans sa ville natale pour tenter d'échapper à la violence de son compagnon. Ensemble, ils partent s'isoler au cœur de la forêt pour tenter, chacun à sa manière, de se libérer de ses démons.

Avec Winter Road (Roughneck en VO), le Canadien surdoué nous prouve, une fois encore, qu'il est un talentueux storyteller (en plus d'être un dessinateur au style très singulier). Son histoire de rédemption, sombre et froide comme les journées d'hiver dans le nord de l'Ontario, ne vous laissera pas insensible. Et ne comptez pas sur le dessin aux nuances bleutées de Lemire pour vous réchauffer. Malgré tout, Winter Road est un album résolument optimiste, dont on sort plus grand et plus fort.

Winter Road de Jeff Lemire, éd. Futuropolis, 280 p., environ 28 euros.

"Lastman, tome 9" de Balak, Michaël Sanlaville et Bastien Vivès

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Je vous vois venir avec vos grands airs de puriste. Evidemment, Lastman, production BD franco-française, n'est pas un comic au sens où on l'entend communément. Et ce n'est pas non plus un manga, même s'il est marketé du label "manga à la française" de l'avis même d'un de ses auteurs, Bastien Vivès. Mais, à l'image du Comic Con, il est un tel concentré de pop culture dans ce qu'elle a de plus jouissive qu'il nous semblait impossible de ne pas mentionner la sortie, toujours très attendue, du neuvième tome de cette saga débutée en mars 2013.

Après un nouveau cycle débuté avec le tome 7 et qui avait pris le temps de s'installer (trop) doucement, les choses sérieuses reprennent pour Elorna, Adrian et Richard Aldana. Nos héros enfin réunis cherchent à retourner dans la Vallée des Rois où quelque chose de grave se prépare. Ce tome signe également le retour de l'intriguant Cristo Canyon dont on découvrira enfin le visage.

Lastman, tome 9 de Balak, Michaël Sanlaville et Bastien Vivès sera disponible aux éd. Casterman dès le 26 octobre, 216 p. environ 12 euros.

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