Trois personnages épinglés par la bande dessinée "Le Château"

MATHIEU SAPIN / DARGAUD

La bande dessinée politique est à la mode depuis le succès de Quai d’Orsay (plus de 500 000 exemplaires écoulés et une adaptation au cinéma par Bertrand Tavernier). Après les rouages absurdes du ministère des Affaires étrangères révélés grâce aux confidences d’un ancien diplomate, voici venu Oui-Oui à l’Elysée. Le Château, sous-titré “Une année dans les coulisses de l’Elysée” est une plongée faussement naïve dans les petits secrets du palais présidentiel.

Invité à pénétrer entre juillet 2013 et juin 2014 dans l’antre de François Hollande (après lui avoir envoyé une demande par SMS), l’auteur-dessinateur Mathieu Sapin, qui avait déjà croqué notre président pendant la course à l'élection en 2012 (Campagne présidentielle, éditions Dargaud) joue désormais Candide au pays du pouvoir politique.

S'il explore dans un premier temps les recoins du "Château” (le surnom de l'Elysée), Mathieu Sapin s’attache surtout à décrire la foule qui gravite autour du président Hollande, qu’il ne croisera finalement que très peu. Non, les vrais héros de cette fresque contemporaine, ce sont tous ces personnages que Sapin côtoie des sous-sols à la cour d'honneur. Pop Up’ en a relevé trois principaux :

Le journaliste

Incontestablement, il est le principal protagoniste du “Château” dont l’auteur se moque avec plus ou moins de tendresse. Entre “les agenciers” (qui travaillent dans les agences de presse) qui passent leur vie sur place et les journalistes des chaînes d’information, l’auteur se délecte de ce qu’il observe. “Là, je meuble pour ne rien dire parce qu’on est en direct et qu’il ne se passe rien de spécial…” ironise Mathieu Sapin à travers une bulle.

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Mais ce sont surtout les déçus de l’ère Sarkozy que l’auteur épingle pendant 144 pages. “Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis nostalgique mais enfin bon…” confie une confrère, tandis qu’un autre déplore que Hollande “ne méprise pas assez les journalistes”, à la différence de Sarko qui les “détestait”.

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Aquilino Morelle

Avant d’être remplacé par Gaspard Gantzer (l’homme au "nom d’un méchant de James Bond) à la suite des révélations compromettantes du site Mediapart (qui le soupçonne de conflit d'intérêts et pointe du doigt quelques écarts), l’ancien conseiller politique et chef du service de communication est dépeint comme un adepte des “notes positives” qu'il propose de rédiger en permanence (pour les transmettre au président). Si le grand public s'en souvient aujourd'hui comme de l'homme qui faisait venir son cireur de chaussures au "Château", il a visiblement surtout marqué les esprits avec ses méthodes de travail façon "fiches Bristol".

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Claude Sérillon

Parmi les personnages du "Château" présentés en début d’ouvrage, Claude Sérillon est le seul à figurer en ombre chinoise. Et pour cause. S'il a arpenté les couloirs de l’Elysée (et ses sous-sols), Mathieu Sapin n’a jamais croisé le conseiller médias et communication de François Hollande. “L’homme de l’ombre, très discret” comme le décrit l’auteur est en fait l’homme invisible. A tel point qu’à un moment, on ne sait plus s’il fait encore partie du staff. “Il est encore là Sérillon ?”, demande étonné un journaliste lors de la visite de la reine d’Angleterre en juin 2014. Il présentera sa démission quelques semaines plus tard, mettant fin au running gag.

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Ces personnages ne sont qu'une partie de la galerie de portraits truculents que dévoile ce reportage embedded dans les coulisses de la communication présidentielle. L’auteur y lève aussi le voile sur les “sièges”, surnoms des gardes du corps du président, sur la fleuriste du palais ou encore son dojo (!). Sans révéler de vrais secrets, la bande dessinée de Mathieu Sapin apporte un regard décalé sur le caractère souvent absurde des coulisses du pouvoir.

 

Le Château, un an dans les coulisses de l’Elysée (Dargaud) de Mathieu Sapin, en librairie le 7 mai 2015.

 

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