PS ou En marche ? Quand les candidats socialistes aux législatives brouillent les pistes…

Sur leurs tracts, pour les législatives, certains candidats investis par le Parti socialiste ont brouillé les pistes. Le logo PS a parfois disparu, certains s’affichent même avec Emmanuel Macron… au point d’installer une certaine confusion...

Des candidats investis par le PS, qui se revendiquent majorité présidentielle, il y en plusieurs. Comme Anthony Pitalier, en Vendée : sur son affiche officielle, le poing et la rose ont même disparu.
Dans la Drôme, Pierre Jouvet se montre aux côtés d’Emmanuel Macron. C’est aussi le cas dans la première circonscription du Maine et Loire. Parmi les 16 candidats, Luc Belot et Mathieu Orphelin s’affichent tous les deux sur leurs tracts avec Emmanuel Macron!

Luc Belot, lui, est investi par le PS. Mais ce n’est pas du tout ce qui est écrit sur sa voiture. Sur son tract, une grande photo du président Macron, et en tout petit, le logo du PS: "Aujourd’hui, pour les électeurs, la question qu’ils se posent ce n’est pas de savoir si je suis socialiste, ils le savent tous. La question qui se pose aujourd’hui, c’est dans ou en dehors de la majorité présidentielle ? Je serai vigilant, exigeant, mais dans la majorité d’Emmanuel Macron" , explique le député PS sortant.

Mais dans cette circonscription, le candidat officiel de la République en marche, c’est Mathieu Orphelin, l’ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Et le tract de son concurrent PS l’agace ! "Je pense qu’il fait ça pour profiter de la dynamique En marche. Mais les électeurs ne seront pas dupes", analyse-t-il.

A droite, la concurrente LR-UDI se frotte les mains d’une telle confusion: “aujourd’hui, la gauche part en ordre très dispersée, et la droite au contraire part très unie » Cela fera-t-il ses affaires ? « clairement » répond Caroline Fel.

D'anciennes ministres couleurs En marche

Certains candidats investis par le PS vont même jusqu’à emprunter le graphisme de la République en marche. Même d’anciennes ministres. Sur le tract de Myriam El Khomri : du blanc et du bleu clair! ça ne vous rappelle rien? Ce sont bien les couleurs de la République en marche! Dans l’entourage de la candidate, on ne s’en cache pas: “le visuel, les couleurs, c’est absolument assumé, ce n’est pas un graphiste qui a eu une lubie soudaine. On veut dire aux électeurs d’Emmanuel Macron que s’ils veulent voter en cohérence avec la présidentielle, ils peuvent voter pour Myriam El Khomri !” explique-t-on.

En Indre-et-Loire, le nom de Marisol Touraine s’affiche aussi en bleu. Et le logo du PS est absent. Alors comment le parti gère-t-il ces candidats aux doubles casquettes? Rue de Solférino, on nous dit avoir mis les points sur les “i” hier soir: " Nous avons demandé à ce qu’ils retirent les éléments de majorité présidentielle, voilà la demande qui a été faite", précise Rachid Temal, le secrétaire national en charge de la coordination du PS.

L’information n’est peut-être pas encore arrivée aux bonnes oreilles. Dans l’entourage de Myriam El Khomri, on nous dit ne pas avoir reçu cette demande.

Députés : des indemnités chômage avantageuses !

A quelques semaines des élections législatives, certains députés ne reviendront plus à l’Assemblée nationale. Après la séquence un peu nostalgique des adieux au palais Bourbon, il est l’heure pour eux de chercher du travail. Pour les députés issus du secteur privé, pas de panique, ils bénéficient d’une indemnité chômage très confortable !
Il s’agit du FAMDDRE : “Le fonds d'assurance mutuelle, différentielle et dégressive de retour à l'emploi”. Comparée aux allocations chômages dans le privé, elle est très avantageuse !

D’abord sur le montant :
Les 6 premiers mois, l’ancien député touche 100 % de son salaire, 5599 euros brut. A salaire égal, un salarié du privé, lui, ne touche que 66 % de son revenu : 4100 euros.

Deuxième avantage : la durée
L’indemnité du député-chômeur est dégressive mais elle dure 3 ans. Dans le privé, elle est fixe, mais le plus souvent elle ne dure que deux ans.

Troisième avantage : la cotisation salariale sur la feuille de paie. Elle est moins lourde chez les députés. 28 euros cotisé par mois, contre 173 euros dans le privé.

Ces avantages sont prévus par une loi. Philippe Gosselin en a été le rapporteur. Il les trouve indispensable pour attirer les salariés du privé sur les bancs de l’assemblée.

Combien de députés en ont bénéficiés ?
En 2007, 30 députés ont touché cette indemnité chômage. En 2012, ils étaient 44.

Parmi eux, un ancien parlementaire qui préfère rester anonyme nous confirme qu’il a touché cette allocation pendant 1 ans ½. Il n’y trouve rien à redire. Sauf peut-être à souligner le manque d’accompagnement et de suivi quand il cherchait du travail. Personne ne contrôlait non plus sa recherche effective d’un emploi. Vous l’avez compris, cela n’a rien à voir avec les salariés du privé qui eux rendent des comptes à Pole emploi !

Un régime jugé trop avantageux par certains parlementaires comme Charles de Courson qui souhaite sa disparition, mais ils ne sont pas nombreux dans ce cas.
Les indemnités chômage des parlementaires seront-elles supprimées par la loi sur la moralisation de la vie publique ? Pour l’instant personne n’en a parlé!

Les nouveaux ministres Le Maire et Darmanin: volte-face sur l'économie

En campagne, ils ont défendu leurs propres mesures économiques ou celles de leur champion. Désormais, à leur poste au gouvernement, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, venus des rangs des Républicains, devront parfois faire l’inverse de ce qu’ils proposaient.

Candidat à la primaire de la droite, Bruno Le Maire avait tout un programme : un contrat présidentiel de mille pages! Sur la CSG, la contribution sociale généralisée, voici ce qu’il prévoyait: « je propose la baisse de la CSG car c’est rendre de l’argent aux Français ». Mais le nouveau ministre de l’économie pourrait finalement faire tout le contraire car Emmanuel Macron a fait un autre calcul: « j’enlève un peu plus de 3,1 points de cotisations. Et de l’autre côté, j’augmente la CSG de 1,7 points» déclarait-il en décembre dernier.

Quant à l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune, Bruno Le Maire proposait de le supprimer : “Moi j’ai proposé la suppression de l’ISF pour récompenser le risque” précisait-il. Emmanuel Macron, lui, veut le garder mais le modifier: « je transforme l’ISF en impôt sur la rente immobilière » proposait l’ancien candidat En Marche au micro de France inter!

Comme Bruno Le Maire, Gérald Darmanin a jadis défendu la mesure phare de François Fillon : supprimer 500 000 postes de fonctionnaires! « Il y aura des postes de fonctionnaires en moins et c’est nécessaire. Aujourd’hui si on supprimait ces 500 000 postes on serait à peu près à ce qu’on était sous Alain Juppé quand il était Premier Ministre » expliquait l’ex-secrétaire général adjoint du parti Les républicains. Mais à son poste, le fraîchement nommé ministre de l’action et des comptes publics devra freiner des quatre fers : Emmanuel macron veut 120 000 postes en moins sur 5 ans, 4 fois moins !

Au rayon des points communs entre le président et ses deux ministres: le renforcement de la lutte contre la fraude sociale ou encore la baisse de l’impôt sur les sociétés. La feuille de route s’annonce sinueuse.

Edouard Philippe, mauvais élève à l'Assemblée ?

Edouard Philippe nouveau premier ministre… mais quel a été son travail, comme député ? A l’assemblée nationale l’Oeil du 20h a cherché les traces de son activité ...

Le travail d’un député, c’est d’abord d’être présent à l’assemblée nationale. C’est aussi d’écrire des lois, des rapports…Sur ces critères, le site nos députés.fr a évalué l’activité de tous les parlementaires.

Pour Edouard Philippe, voici le résultat. En 5 ans:il n’a été à l’origine d’aucune proposition de loi… Pas le temps pour des rapports non plus. Il n’en a rédigé aucun, ce qui le classe parmi les 150 députés qui ont le moins produit à l’assemblée…

Concernant les amendements, voici les 6 qu’il a proposé: contre certaines dispositions de la loi sur le mariage pour tous. Ou pour maintenir le cumul des mandats, c’est vrai que lui-même il en avait trois, de mandats.
Sur l’ensemble des députés, il fait partie des 90 qui ont proposé le moins d’amendements.


27% de taux de présence

“La parole est à monsieur Edouard Philippe, monsieur le premier ministre !”: Dans l’hémicycle on n’a pas beaucoup entendu Edouard Philippe. Seulement 8 questions orales en cinq ans, soit moins de 2 questions par an. Ce qui le classe dans la deuxième moitié des parlementaires. Celle la moins active.

Et sa présence en commission ? C’est là que s’effectue le travail législatif. Nous avons cherché, épluché, compté, vérifié… Verdict: sur 414 commissions, 27 % de présence.
Nous avons appelé ses anciens collègues: "il ne m'a pas laissé un souvenir marquant" raconte Jean-Pierre Decool.

Pour le président de la commission, il y aurait une raison à ces absences: sa situation de cumul avec son mandat de maire du Havre.
Dans l’entourage du premier ministre, on conteste ce manque d’assiduité. Et on précise que le travail ne s’évalue pas que par sa quantité mais aussi par sa qualité…

Quand les opposants à Emmanuel Macron retournent leur veste…


En politique, on change d’avis très vite, souvent en fonction de ses intérêts. Ceux qui critiquaient Emmanuel Macron hier, lui trouvent aujourd’hui beaucoup de qualités. Étonnant non ?

“Emmanuel Macron, c’est l’homme sans projet, parce que c’est l’homme sans conviction”,  tonnait Bruno le Maire, en février 2017. “La réalité c’est qu’Emmanuel Macron, c’est une coquille vide, ajoutait-il. Le lendemain même de l’élection, oubliée la “coquille vide” : “Oui, je pourrais travailler avec dans une majorité de gouvernement”.

Jean Pierre Raffarin a aussi a changé d’avis. Il y a deux mois, il n’était pas tendre avec Emmanuel Macron : “Il n’a pas la puissance, il n’a pas l’expérience, il n’a pas la préparation”.

En mai, changement d’analyse : “Ca va donner du souffle et de la fierté aux Français. Un jeune président peut nous redonner confiance”, affirmait l’ancien premier ministre dans le documentaire Ainsi soit Macron, de Pierre Hurel en mai 2017.

La droite n’avait pas le monopole des attaques contre Emmanuel Macron. A gauche aussi. Malek Boutih, député PS avait un avis tranché sur Emmanuel Macron, en octobre 2016 : “C’est vachement old school sa campagne. J’ai l’impression qu’il fait la tournée des supermarchés pour vendre des produits avec son micro-cravate, avec très peu d’idées. C'est quelqu'un à qui je confierai mon mon argent, mais pas mon pays”

Aujourd’hui, à lire ses déclarations dans la presse, Malek Boutih veut se représenter comme député. Devinez dans quel parti ? En Marche ! Raté, dans sa circonscription de l’Essonne, La République En Marche a investi un autre candidat.

François De Rugy, député écologiste, lui a intégré l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Pourtant sur son thème de prédilection, en janvier 2017, il avait beaucoup de reproches : “Je ne sais pas quel est son programme écologique. Quand il était ministre de l'économie, non seulement il n'allait pas dans le sens de l'écologie, mais il était plutôt sur l'ancien monde. Lui qui se veut moderne, c'était le nucléaire, c'était le diesel”. Pas rancunier Emmanuel Macron ! François De Rugy a reçu l’investiture République En Marche.

Et Edouard Phillipe, maire les républicains du Havre, son nom circule pour le poste de premier ministre. Que pensait-il d’Emmanuel Macron avant qu’il ne soit élu ? “Macron qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier”, disait Edouard Philippe en janvier 2017 dans une tribune à Libération.

La liste des revirements pourraient s’allonger dans les prochains jours. Avant les législatives, d’autres politiques auront peut-être intérêt à retourner leur veste.

Enquête : au cœur de la sélection des nouveaux députés En Marche !

Sur 16 000 candidats ils n’en retiendront que 577 hommes et femmes, qui se présentent aux légisitatives. La moitié n’a jamais fait de politique. Comment sont-ils sélectionnés, comment sont-ils coachés pour devenir députés ? Enquête au coeur de la machine électorale “République en Marche”.
Nous avons eu accès au quartier général d’Emmanuel Macron à Paris. On l’appelle “le bunker”. Au 5ème étage, depuis plusieurs mois, la commission nationale d’investiture (CNI) se réunit 2 fois par semaine à huis clos. En exclusivité, ils nous ont ouvert leur porte.

La commission nationale d’investiture

Autour de la table, 14 personnes. L’état major d’en marche. Parmi eux : Stéphane Séjourné conseiller politique d’Emmanuel Macron. Christine de Veyrac ancienne deputée européenne ou encore Cedric O l’adminsitrateur du mouvement. Le président Delevoye fait un point sur l’affaire sensible du jour : Manuel Valls demande l’investiture de la « REPUBLIQUE EN MARCHE »
Jean-Paul Delevoye explique que l’ancien premier ministre ne répond pas aux critères, qu’il n’est pas adhérent En Marche !
En secret la Commision rend ses derniers arbitrages. Chaque circonscription, chaque candidat est passé au crible. Sur la table, on peut voir les dossiers épais des candidats. Avec des renseignements précis sur leurs identités, leurs traits de personnalité, des extraits de casiers judiciaires, un compte-rendu de leurs réputations sur internet. Pour s’assurer qu’ils sont irréprochables. Pour choisir le bon candidat, le mouvement a collecté encore d’autres informations sur leurs réelles motivations.

Les questionnaires des candidats

Les premiers éléments sont recueillis dès leurs inscriptions par internet. Nous avons rencontré, Emmanuel Lannelongue qui veut se présenter dans l’Oise. Pour postuler, il a refait son CV et écrit une lettre de motivation. A 54 ans, ce père de famille, salarié chez PSA n’a aucune expérience en politique. Sur internet il a répondu à un questionnaire : A-t-il déjà été élu ? Combien de temps peut-il consacrer à la campagne ? Connait-il le processus électoral ? Et d’autres questions plus précises comme pour un recrutement en entreprise sur ses motivations : Quelles raisons l’amènent à déposer sa candidature ? Pourquoi pense-t-il être un bon candidat ? Et puis il y a un mois, Emmanuel a reçu un coup de fil d’En Marche comme un entretien d’embauche. Sur ses soutiens locaux. Ses forces, ses faiblesses, et sur l’argent qu’il pourrait avancer pour la campagne, avant de se faire rembourser.

L’appel aux élus de terrain

Pour mieux cerner ses candidats, partout en France le mouvement a fait appel aux élus de terrain comme des députés. Ils connaissent leurs circonscriptions. Ils ont évalué les postulants, écrit des notes envoyées à Paris. Sur l’une d’entre elles, consacrée au département de la Loire, on peut lire au sujet d’une candidate :“elle a subjugué par le sens du contact, de l’argumentation, sa capacité d’écoute, d’analyse…”
pour un autre, “il a toute la rondeur nécessaire et incarne assez bien le renouveau pour espérer gagner”. Certains candidats seraient eux à prohiber, jugés peu fiables politiquement. Pour l’un d’entre eux, il est écrit : il est “passé par toutes les nuances de “Verts”.” Nous avons joint l’auteur de cette note, le député PS de la Loire, soutien d’En Marche! nous explique que c’est normal de faire appel au terrain pour éclairer la vision parisienne. Grace à tous ces éléments, la commission départage les candidats. Elle en a déjà désigné 14. Et sur le terrain, elle les coache.

Les nouveaux candidats coachés par les députés

Parmi les candidats déjà désignés, Mounir Mahjoubi c’est la première fois qu’il se présente, à Paris dans le 19 ème arrondissement. Pour lui, la campagne a déjà commencé. Pour ses premiers pas de candidats, le mouvement l’accompagne :Tout est là sur leur site intranet : un guide sur des questions juridiques ou budgétaires. Et en bonus les conseils pratiques des plus anciens : comme François de Rugy député écologiste.
La commission d’investiture dévoilera bientôt la totalité des candidats qui seront désignés. C’est une autre marche qui commencera alors pour ces nouveaux visages.

Débat d’entre-deux tours : quand les candidats s’emmêlent les pinceaux !


Débat d’entre deux tour oblige, l’Oeil du 20h a sorti son détecteur de mensonges. Autant vous dire qu’on a bien fait, parce que les compteurs se sont affolés.

Hier soir, Emmanuel Macron est allé un peu vite sur les chiffres du chômage. Il a notamment affirmé que la France était le “seul pays à ne pas avoir endigué le chômage de masse”. Certains pays font bien pire que nous, comme l’Espagne ou la Grêce. Voilà une erreur pour le candidat d’En Marche ! ... La seule que nous avons relevé.

Les erreurs de Marine Le Pen...

Au chapitre de la lutte contre le terrorisme, Marine Le Pen juge le PNR inutile. Selon la candidate du Front National, ce fichier qui collecte l’identité des passagers qui prennent l’avion en Europe, ne sert à rien pour des terroristes “qui ne prennent pas l’avion”. Selon nos informations, Mohammed Abrini, l’un des logisticiens des attentats 13 novembre, a pourtant bien pris l’avion à trois reprises dans les mois qui ont précédé les attaques.

Sur la question du rétablissement de la retraite à 60 ans, la candidate du Front national semble souffrir d’amnésie. Lors du débat, Marine Le Pen a affirmé vouloir revenir sur l’âge de départ d’ici la fin de son quinquenant. Il y a un peu plus de trois semaines sur Internet, elle affirmait pourtant vouloir le faire dans les deux mois suivant son élection.

… s’accumulent pendant toute la soirée.

Sur l’Euro, la candidate du Front national est convaincue d’une chose. Son arrivée a pesé sur le pouvoir d’achat des Français. Ce n’est pas ce que montrent l’évolution des prix depuis les années 90. L’augmentation est constante. L’arrivée de l’Euro ne l’a pas aggravée.

Marine Le Pen a également affirmé que la récente réforme El Khomri empêchait désormais les chefs d’entreprises de lutter contre le communautarisme dans leurs usines. Là aussi, c’est faux. On a relu la loi et le chef d’entreprise peut imposer une neutralité à ses salariés et restreindre la manifestation de leurs convictions dans certaines conditions.

Terminons sur les impôts, plus précisement, le CICE. Concernant cet allègement de charges pour les entreprises, Marine Le Pen dénonce un système pour “les grands groupes”. Pourtant selon les chiffres du ministère de l’Economie, ce sont les petites et moyennes entreprises qui ont touché le plus de CICE, et pas les grands groupes.

Travailleurs détachés français en France, l'histoire d'un détournement !

Les travailleurs détachés : le sujet a fait réagir les candidats pendant la campagne. "Je ne veux pas de cette directive détachement parce qu’elle créé une priorité étrangère à l’emploi" a estimé Marine Le Pen durant le débat du premier tour. "On oublie de dire qu’il y a 300 000 français qui sont travailleurs détachés" a tenu à préciser Emmanuel Macron.

Des travailleurs français détachés en Allemagne, au Portugal il y en a mais il existe aussi des travailleurs détachés français... en France. L’Oeil du 20h vous explique comment ce système a été détourné.

Collée à la frontière française, au Luxembourg, la petite ville d’Esch-sur-Alzette. Connue pour ses 39 agences d’intérim. Ici, les offres d’emploi se lisent dans toutes les langues. Parmi ces agences, plusieurs sont spécialisées dans le détachement de travailleurs français en France. Nous les avons sollicité, aucune n’a voulu nous répondre. Nous nous sommes fait passer pour un intérimaire en recherche d’emploi. Une salariée nous explique.

Envoyé en France avec un contrat luxembourgeois 

"Vous allez avoir un contrat luxembourgeois, c’est une société luxembourgeoise qui va détacher du personnel pour travailler sur des chantiers en France. Vous serez sur le régime luxembourgeois, donc si vous êtes mariés vous ne payez pas d’impôt ou presque et vous serez plus avantagé au niveau salaire."

Voilà comment cela fonctionne. Un français vient au Luxembourg. Il est employé par une agence d’intérim. Au bout de 30 jours travaillés sur place, l’agence peut l’envoyer en France avec un contrat luxembourgeois. C’est tout à fait légal et très avantageux pour le salarié.

Les Français, 7e au palmarès des travailleurs détachés en France

Sur sa fiche de paie, le salarié est gagnant. En France, en intérim au salaire minimum, il toucherait 1 479 euros. Avec un contrat luxembourgeois, il gagne 1688 euros, soit 15% de plus. Et il perçoit également des allocations familiales versées par le Luxembourg plus généreuses.

Voilà pourquoi, au palmarès des travailleurs détachés en France, officiellement après les Portugais, au 7ème rang, il y a les 4 390 travailleurs français, plus nombreux que les Roumains.

Et pour les employeurs français, quels avantages ? A Metz, pour trouver de la main d’oeuvre qualifiée, le président de la fédération du bâtiment de la Moselle nous explique avoir déjà employé quelques français détachés et réalisé des économies : "Aujourd’hui les charges sociales salariales c’est 25%. Au Luxembourg c’est 12%. Quant aux charges patronales, c’est 50% en France, au Luxembourg c’est 20."

Vers une harmonisation fiscale en Europe ?

Le député de Gironde, Gilles Savary (PS) s’est saisi de cette question. Il a écrit trois rapports sur cette concurrence qu’il juge déloyale. Pour lui, un seul perdant, les Finances publiques.

"Aujourd’hui, tout le monde y gagne, le salarié, l'entreprise, l'agence d'intérim sauf l’Etat français. Il n'y a pas de prestation commerciale donc pas de TVA et surtout ils ne paient pas leur Sécurité sociale en France", analyse-t-il. Pour empêcher ce détournement, Gilles Savary estime que le plus simple serait qu'il y ait une harmonisation fiscale "mais comme à court terme c’est impensable il faut interdire le détachement d’intérim".

Marine Le Pen veut supprimer la directive sur les travailleurs détachés, Emmanuel Macron souhaite lui la conserver mais mieux l’encadrer.

Marine Le Pen affirme défendre le droit des femmes … vraiment ?


Depuis le début de la campagne, Marine le Pen semble avoir un nouveau combat… le droit des femmes ! “Est-ce que je suis pour qu'elles soient traitées de manière égale avec les hommes ? Oui, en tous domaines, en toutes circonstances, quel que soit le sujet”, disait Marine le Pen le 16 octobre 2016

Marine le Pen, féministe. Vraiment ?

Un des derniers tracts de Marine le Pen, nous aurions pu le trouver dans un kiosque à journaux à côté d’autres magazines féminins, tant elle y reprend tous les codes. 4 pages, et une cible : les femmes ! Dans ce prospectus, le mot le plus cité est : femme. Il revient 20 fois. Marine le Pen dit vouloir défendre les femmes françaises. Alors, comment Marine le Pen défend les femmes au parlement européen, où elle est élue ?

Depuis que la candidate à l’élection présidentielle est députée, l’union européenne a présenté 59 textes sur la cause des femmes. Par exemple, sur l’émancipation à l’ère du numérique pour plus d’égalité, notamment sur les salaires. Qu’a voté Marine le Pen ? Contre ! Pour l’égalité dans le monde scientifique, l’Europe propose que les femmes accèdent plus facilement aux postes à responsabilité. Marine le Pen a encore voté contre.

Combien de fois Marine le Pen a-t-elle voté en faveur de ces 59 textes ? Seulement 3 fois. Elle s’est prononcée contre 17 fois et s’est abstenue 7 fois. Et pour 32 de ces propositions, elle était absente.

Nous avons sollicité Marine le Pen. Elle a refusé de nous répondre, alors nous sommes allés la voir pendant un de ses déplacements : “Au parlement européen, l’intégralité des lois qui défendent les droits des femmes sont en réalité sont truffés de mesures pour aider les migrants et donc nous y sommes opposés”, se justifie Marine le Pen. Dans plusieurs textes, c’est vrai. Sur 59, 43 contiennent le mot migrante. Dans le texte pour l’éducation des jeunes filles, voici une des propositions : “Soutenir activement l’enseignement de la langue du pays d’accueil aux femmes migrantes”. Mais dans 14 textes, on a cherché et … rien sur les migrantes. Alors, nous sommes retourné voir la candidate mais nous n’aurons pas de réponse.

Marine le Pen, peut-être première femme présidente, qu’en pensent ceux qui défendent la cause féministe ?

L’association Les Glorieuses a comparé tous les prétendants à l’Elysée. Leurs votes, leurs décisions, leurs actions en faveur des femmes. Qui a le moins fait avancer le droit des femmes, voire fait reculer le droit des femmes ? “C’est clairement Marine le Pen. C’est vraiment paradoxal, parce que c’est une femme, une jeune femme. Ce qu’on voit, c’est qu’elle a voté presque systématiquement contre toutes les lois qui pouvaient faire avancer la condition des femmes en Europe”, se désole Rebecca Amsellem, présidente des Glorieuses. Dans le programme de Marine le Pen, sur 144 engagements, le droit des femmes tient en trois lignes. Quand Marine le Pen se présente en garante de leur droits, elle ferait peut-être mieux de s’abstenir.

Contradictions : Docteur Emmanuel et Mister Macron


L’Oeil du 20h s’est replongé dans les interviews, les écrits et les discours du candidat Macron. Sur certains sujets, il y a comme des contradictions, l’impression d’avoir à affaire à deux personnes. Le candidat d’En Marche ! est régulièrement revenu sur ses propos. Florilège.

D’abord Emmanuel Macron est-il socialiste ? Décembre 2014, devant un parterre de patrons, le ministre de l’Economie explique longuement pourquoi il est socialiste et qu’il l’assume. Deux ans plus tard, en visite au Puy du Fou en compagnie de Philippe de Villiers, tout a changé. “L’hônnêteté m’oblige a dire que je ne suis pas socialiste”, déclare-t-il devant les caméras. Contactée, l’équipe du candidat précise : Emmanuel Macron “vient intellectuellement de la gauche, mais n’est pas encarté au parti socialiste”.

Dépénalisation du cannabis ou pas ?

Sur le cannabis, la position du candidat est disons… un peu fumeuse. Fin 2016, dans son livre programme, Emmanuel Macron est clair : il souhaite que la consommation de cannabis fasse l’objet d’amendes et non plus d’une peine de prison. En droit, c’est ce qu’on appelle une dépénalisation.

Pourtant, quatre mois plus tard, interrogé par le Figaro, Emmanuel Macron dit l’inverse : ”Je ne crois pas à la dépénalisation des “petites doses” ni aux peines symboliques. Cela ne règle rien.”

Vérification faite : le candidat est bien pour une dépénalisation concernant les petites doses de cannabis. Son équipe plaide le malentendu à propos de sa récente interview.

Pas d’ordonnances… sauf pour le droit du travail

Comment gouverner ? Voilà une autre question qui taraude Emmanuel Macron. Fin 2016, voilà le candidat “crois pas une seule seconde (...) à la réforme par ordonnance”. Les ordonnances, ce sont ces textes écrits par le gouvernement, sans débat au Parlement. Désormais, Emmanuel Macron les trouve très utiles pour réformer le droit du travail.

Dernière contradiction : la question écologique. Dans son programme, le candidat veut sortir la France des énergies fossiles. Il y a un an, il n’était pas de cet avis. Favorable à l’exploration et à l’extraction devant des spécialistes des matières premières.

Alors qui croire ? Macron 2016 ou 2017 ? L’équipe d’En Marche précise : la seule énergie fossile à laquelle le candidat est opposé c’est le gaz de schiste.