Les candidats… amis des animaux ! Vraiment ?

Avec la campagne présidentielle, les animaux ont de nouveaux amis…
Les candidats ! Ils n’ont jamais autant aimé les bêtes… Alors, amour véritable ou communication électorale ?

Les candidats débordent d’affection pour les animaux ! Presque tous ont leur petite photo : Benoit Hamon avec un mouton, Nicolas Dupont-Aignan avec un chien, Emmanuel Macron avec un cochon. Marine Le Pen, elle, se met en scène avec ses propres chats jusque dans son jardin. Comme elle, Nicolas Dupont Aignan a créé un comité des “amis des animaux” : « il a la médaille 30 millions d’amis je crois, ça lui tient à cœur, il a même un animal de compagnie » nous explique son porte-parole.

Des électeurs sensibles à la cause animale.

Autant de défenseurs de la cause animale dans une campagne présidentielle, du jamais vu !
Pourquoi un tel engouement ? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans ce récent sondage : les propositions des candidats en matière de protection animale pourraient-elles influencer votre vote ? 39 % des français répondent oui !

Alors dans leurs programmes, les candidats multiplient les propositions: Benoit Hamon voudrait diminuer les expérimentations sur les animaux. Marine Le Pen refuse les fermes usines. François Fillon veut renforcer les contrôles des abattoirs.

Des propositions et des contradictions

Des propositions et parfois quelques contradictions. Emmanuel Macron est reçu par une association qui défend l’environnement. Sur les élevages intensifs de poules ça donne ça :“moi je souhaite que ça soit interdit dans les grandes surfaces de vendre des oeufs issus des élevages en batterie”

Mais devant le premier syndicat agricole de France, petit changement de discours: “je n’ai jamais dit que je prendrais une loi et que je l’interdirais, j’ai dit qu’il fallait se fixer cet objectif”

Quant à Jean Luc Mélenchon qui multiplie les déclarations sur ces questions, il proclame: “on traite les animaux de façon ignoble au point d’oublier que c’est du sensible”. Pourtant dans un questionnaire envoyé par une association de protection des animaux, à la question, souhaite-t-il abolir les corridas et les combats de coqs ? La réponse est non. Le candidat renvoie la question aux collectivités locales.

Enfin Marine Le Pen. Au Parlement européen, au moment du vote de ce texte sur le bien-être animal, elle était ... absente. Contactée, son équipe de campagne estime que ce n’est pas à l’Union Européenne de traiter ce sujet.

Ami des animaux ou pas, en tout cas, le prochain locataire de l’Elysée a intérêt à aimer les chiens ! Depuis Valéry Giscard d’Estaing, tous les présidents en ont eu un.

Bilan du quinquennat, quand François Hollande embellit la réalité !


A l’Elysée, certains font leurs cartons, mais d’autres continuent à travailler : ils écrivent le bilan de François Hollande avec parfois une petite tendance, celle de repeindre la réalité et de la rendre un peu plus jolie qu’elle ne l’est. L’oeil du 20h a regardé sous le vernis.

Ce bilan, ce sont 70 pages de mesures et de décisions mises en ligne sur le site de l’Elysée. Bien sûr, il y a du vrai : l’instauration du mariage pour tous, la création de 60 000 postes dans l’Education nationale ou encore la mise en place de l’opération Sentinelle.

Impôts, une embellie en demi-teinte

Mais dans d’autres domaines, l’Elysée s’arrange un peu avec la réalité. Prenez les impôts. Dans le bilan, il est écrit qu'il y a eu une "baisse de l’impôt sur le revenu de 6 milliards d’euros depuis 2014". C’est vrai, mais ce qui n’est pas dit, c’est qu’entre 2013 et 2014, le même impôt sur le revenu a augmenté de 10,5 milliards d’euros.

Si l’on compte l’ensemble des impôts qui pèsent sur les ménages, la note est encore plus salée : plus 43,9 milliards d’euros courant sur le quinquennat.

500 000 nouveaux logements par an, une promesse non tenue

Pour l’immobilier, voici ce que l'on peut lire dans le bilan élogieux du quinquennat : "Forte reprise de la construction, plus de 450 000 logements autorisés sur 2016". Depuis 2015, la construction de logements a en effet fortement augmenté, mais ce que l’Elysée ne précise pas, c’est que depuis 2012, elle s’était effondrée. La promesse du candidat Hollande de construire 500 000 logements par an n’a d’ailleurs pas été tenue.

8000 nouvelles places de prison … mais en fait que 1451 !

Pour les prisons, même topo. Dans son bilan, la présidence se félicite. "Création de 8 000 nouvelles places de prison en 5 ans". Un beau résultat mais en réalité le nombre de places opérationnelles en prison n’a augmenté que de 1451 depuis 2012.

Comment expliquer cet écart ? C’est très simple, l’Elysée oublie que pendant qu’il a ouvert 8000 nouvelles places de prisons il en a fermé d’autres. Environ 4 000. Sans compter des prisons ou des cellules qui existent mais ne sont pas utilisées, parce qu’en travaux par exemple. Voilà pourquoi on arrive à seulement 1451 places de plus en 5 ans.

Bref, un bilan qui prouve qu’en politique comme dans la vie, on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Séduire les jeunes: le plan com' des candidats

En campagne, il faut savoir attirer les électeurs de tout age… sans oublier les 18-25 ans. Comment les candidats tentent-ils de les séduire ? Décryptage de la com’ pour les jeunes!

Parler aux jeunes électeurs, ça demande parfois quelques entorses au régime. Interviewé par Streetpress, Benoit Hamon accepte de manger un kebab-frites tout en répondant aux questions dont la question... "turfu"! "La quoi? ah futur!" Bonne réponse Benoit Hamon. Séduire un public jeune, c’est s’adapter à ses médias. Et à leurs codes! En répondant à des interviews en mode selfie par exemple, comme sur les sites Brut ou Konbini. Et les questions vont parfois au delà des sujets politiques: A Philippe Poutou: "as-tu déjà pécho sur Tinder (site de rencontre)?" "Non jamais! admet le candidat du NPA, gêné mais hilare. A Benoit Hamon: "que penses-tu de la séparation de Fréro Delavega?" "Ma fille est triste". A Emmanuel Macron: un simple "#porn"! Rires. "C'est la vie!"

Montrer qu’on maîtrise les codes, jusque dans les gestes! Vous connaissez le dab? Figure populaire dans le rap et le foot! Certains candidats oui! Dans l'émission "Candidats au tableau!", Fillon, Hamon et Macron ont "dabé" devant des écoliers.

Enfin pour capter les jeunes électeurs, les candidats ont aussi investi leurs terrains de jeux: YouTube notamment. Roi de la vidéo en ligne: Jean Luc Mélenchon! Ses vidéos ont été vues 22 millions de fois. Celles de François Asselineau: 11 millions 500 000 vues. Jean-Luc Mélenchon s’est même converti aux jeux vidéos! Avec Fiscal Kombat, le jeu qui met en scène le leader de la France Insoumise pour mettre KO ses ennemis politiques, leur prendre leur argent et le redistribuer! Un jeu qui renvoie au site du parti!

Si les candidats s’adaptent sur la forme, le fond, lui, résiste aux effets de mode.

L'étonnante histoire d'un pont sans route

Quand on cherche son chemin près de Dieppe en Normandie on a parfois de drôles de surprises…
Un pont au milieu de nulle part…Inutilisable. Relié à aucune route…

Comment en est-on arrivés là ? L’Oeil du 20h vous raconte l’étonnante histoire du Viaduc de la Scie…Aujourd’hui pour aller à Dieppe, on passe par cette route la nationale 27 qui se transforme en départementale. Et elle est un peu….saturée de camions. Le viaduc, c’est le moyen de détourner tous ces véhicules.

Le village est écrasé par le trafic. Le maire de Saint Aubin sur Scie, l’attend avec impatience. "Il est évident qu’à l’ouverture du pont les 18 000 véhicules se présentant ici nous en aurons que 3000"

En 2012, les travaux commencent pour enjamber le petit cours d’eau de la Scie. En 2015, le viaduc est terminé. Mais depuis 2 ans, toujours pas de route pour relier le pont.
Il manque 7 petits kilomètres d’asphalte pour qu’il puisse enfin être utilisé. Pourquoi ce chantier à 77 millions d’euros a-t-il autant de retard ? Pour l’Etat qui construit le pont, c’est la faute à pas de chance.

Expropriations et fouilles archéologiques
Des fermiers expropriés ont contesté la décision devant le tribunal. “La route va couper totalement le champ et le priver de la plus grande partie de l’habitat pour les chevaux”. Un recours qui aurait provoqué deux ans de retard.

Autre difficulté invoquée par l’Etat: des fouilles archéologiques auraient ralenti le chantier. C’est vrai, certaines sont en cours… Une équipe recherche des vestiges gallo romains… Mais en aparté, le chef de chantier nous avoue: “l’archéologie ça ralentit la route ? On ne les a pas gênés spécialement. Il n’y pas de délai supplémentaire qui soit intervenu ici.”

Le financement ?
Y aurait-il une autre raison pour expliquer ces retards ? Selon Didier Lecanu, retraité de la direction de l’équipement, ce serait surtout un problème d’argent:
“La vraie explication, c’est qu’il n’y a pas d’enveloppe débloquée. Si il y avait vraiment une enveloppe budgétaire prévue, les engins seraient sur le chantier à terrasser. Il n’y a plus rien qui peut les arrêter”

L’Etat ne reconnait que 2 ans de retard.Mais au final, la route ne sera livrée qu’en 2020. Le pont sera resté 5 ans sans servir. Et la facture risque de s’alourdir : le bitume, aura sans doute besoin d’être refait…

(Images de drône réalisées par EYE TECH DRONES : https://www.eyetechdrones.com ) 

Le débat : qui dit vrai ? qui dit faux ?


Accusations en série, arguments tronqués. Hier, certains candidats n‘ont pas échappé aux approximations ! L’Oeil du 20h décrypte le vrai du faux.

Moment fort de la soirée, Philippe Poutou attaque Marine Le Pen sur son immunité parlementaire qui lui permet de ne pas se rendre aux convocations des juges. Elle tente de lui renvoyer la balle: "Monsieur Poutou doit être contre les salariés protégés c'est à dire les procédures particulières pour protéger les salariés parce qu'ils ont un mandat". Sauf que... vis à vis de la justice, un salarié avec un mandat syndical n’a pas immunité. En novembre dernier, dans l’affaire de la chemise arrachée du DRH d’Air France, un élu CGT a été condamné pour violence. En revanche, c’est vrai, dans une entreprise, un élu syndical est protégé : en cas de licenciement, un inspecteur du travail doit donner son accord.

Nicolas Dupont-Aignan aborde lui les hausses d’impôts! “Vous avez augmenté les impôts, 30 milliards pour M.Fillon, 60 pour M.Macron" affirme-t-il. "Non, pas moi" lui rétorque Emmanuel Macron. "Je n'étais pas ministre dans la période que vous indiquez". C’est vrai, Emmanuel Macron n’était pas ministre mais secrétaire général adjoint de l’Elysée, en charge des questions économiques. En 2015,sur le plateau de Des Paroles et Des Actes, il assumait le bilan : “en 2012, on augmente en effet les impôts de manière substantielle, et il ne faut pas se masquer derrière ses responsabilités, j'y ai tout à fait ma part…” Selon l’équipe du candidat : simple solidarité gouvernementale. Elle affirme qu’il n’était pas à l’origine de cette décision.

Et ce chiffre de 60 milliards donné par Nicolas Dupont Aignan est-il juste? Non selon l’Observatoires Français des Conjonctures économiques. Ce calcul serait biaisé. D'après l’OFCE, bilan du quinquennat Hollande : + 32 milliards d’euros d’impôts!

Au jeu des calculs, François Fillon nous a perdu sur les effectifs militaires! “Il y a exactement le même nombre de militaires aujourd’hui qu'en 2012", affirme-t-il. Faux! Depuis 2012, il y a 20 101 militaires de moins. Même si depuis les attentats les effectifs sont repartis à la hausse, ils n’ont pas retrouvé le niveau de 2012! L’équipe du candidat reconnait un peu trop d’indulgence envers le bilan de François Hollande...

François Asselineau, lui s’est corrigé lui-même. Hier il affirmait: “ Je voudrais signaler que M.Dupont-Aignan à 1,1 millions d'euros de dettes auprès des banques” Faux! Il présente aujourd’hui ses excuses à Nicolas Dupont-Aignan, précisant dans un communiqué : “Debout La France affiche un endettement de 1 336 648 €, mais dont seulement 1 446 € relève d'une dette auprès d'une banque”

Les candidats ont moins de trois semaines pour abattre leurs dernières cartes.

De la droite, de la gauche : les références des discours d’Emmanuel Macron

Pour ses discours, Emmanuel Macron mélange différents ingrédients. Ce week-end à Marseille, pendant le meeting d’Emmanuel Macron, on a eu une impression de déjà vu. Il a emprunté une tirade entière que François Hollande avait déclamé en 2012, lui aussi dans la cité phocéenne.

Hollande et Mitterrand en première ligne...

Mais dans les Bouches-du-Rhône, on a aussi reconnu la petite musique de François Mitterrand. A propos de la droite, Emmanuel Macron a parlé d’un “clan”. Le clan, c’est une formule lancée en 88 par François Mitterrand. Il désignait alors ses adversaires politiques.

Le François Mitterrand de 1988 a beaucoup inspiré les équipes d’En Marche. En meeting à Lyon en février dernier, Emmanuel Macron partageait le même pupitre que celui du président-candidat lors de sa deuxième campagne victorieuse.

Ce jour-là, En Marche présente également un clip de campagne très proche de celui de François Mitterand à l’époque.

… Mais aussi Charles de Gaulle

Certaines de ses réferences, le candidat d’En Marche les revendique. Sur Twitter, son porte-parole a partagé il y a quelques jours une interview du général de Gaulle. L’ancien président y évoque le fait que la France “n’est pas de gauche” ni “de droite”.

Lorsqu’il annonçait la création de son mouvement En Marche !, c’est de la même façon que Emmanuel Macron l’a fait. Alors tous ces clins d’oeils, à quoi ça sert ? Selon l’équipe de campagne : à présidentialiser le candidat.

Députés : des soupçons de conflits d’intérêts ?

A l’assemblée nationale, c’est légal, un député peut aussi exercer une autre activité en plus de son mandat.
Mais peut-on être payé par une entreprise privée, et voter les lois, sans risquer un conflit d’intérêt ?
Les députés doivent déclarer toutes leurs activités à la haute autorité pour la transparence de la vie publique. Certaines déclarations nous ont étonnées.

Michel Sordi est député. Il travaille également pour le cimentier EQIOM. En 2013, l’entreprise lui verse 7836 euros brut. En 2014, 40 157 euros !
Il réalise des missions pour la direction de la construction durable du cimentier.

Des amendements liés à la construction

Or pendant les débats de la loi sur la transition énergétique, Michel Sordi dépose des amendements notamment liés à la construction et l’isolation thermique.
N’y a t-il pas conflit d’intérêt ? Michel Sordi n’a pas répondu à nos sollicitations nombreuses.

Le vice-président veut interdire les cumuls d’activités

A l’assemblée nationale, le vice président voudrait interdire ces cumul d’activités qui nourrissent des soupçons.

Un autre cas nous intéresse, celui de Sophie Dion. Elle est député et avocate au cabinet Gide Loyrette où elle a touché en 2014 : 56 868 € net et en 2015 : 40 481 € net
Avec une spécialité : le droit du sport. Elle le précise elle-même sur son site internet « avocate spécialisée en droit du travail et droit du sport (…) j’ai dirigé l’équipe Droit du Sport »

Parmi ses clients, des clubs de football ou des athlètes. En 2015, la parlementaire multiplie les amendements sur la loi concernant les sportifs de haut niveau.
A l’époque, la député en charge de la loi ignorait toutes ces informations sur Sophie Dion.
Nous le lui apprenons. Elle estime qu’il faut aller vers plus d’indépendance.

La député nie tout conflit d’intérêt

Et qu’en pense Sophie Dion? Dans la réponse qu’elle nous a faite, elle ne mentionne pas l’équipe “droit du sport” qu’elle a dirigée au cabinet d’avocat.
Elle nie tout conflit d’intérêt.

On a aussi posé la question au déontologue de l’Assemblée, il nous a répondu “c’est confidentiel” Pour la transparence, on repassera !

Claudia Cardinale passée au bistouri numérique

Retoucher des photos, c’est un jeu d’enfant! Quelques clics et les silhouettes sont affinées, les visages transformés. Mais avait-on vraiment besoin d’utiliser ces logiciels pour Claudia Cardinale sur la dernière affiche du festival de Cannes ?

En 1959, la star italienne Claudia Cardinale, icone du cinéma, est photographiée dansant sur un toit à Rome. Le cliché est aujourd’hui repris sur l’affiche du festival de Cannes et au passage, l’actrice, 21 ans à l’époque, a été retouchée : des mèches de cheveux ont disparu, son bras est amaigri, sa taille amincie. Ses cuisses sont affinées et ses pieds, rétrécis. Claudia Cardinale est passée au bistouri numérique! Un scandale pour l’association Osez le féminisme, qui dénonce un culte de la minceur: « Cette femme, elle n’existe pas, elle est irréelle. Ça donne aux autres femmes des standards de beauté, des canons et des objectifs inatteignables et irréalisables “ explique Marie Allibert, porte-parole de l’association.

Alors pourquoi ces retouches? Au festival de Cannes pas de réponse. C’est Claudia Cardinale elle-même qui tente d’apaiser la polémique, via un communiqué : "Cette image a été retouchée pour accentuer cet effet de légèreté et me transpose dans un personnage rêvé (...). Féministe convaincue, je n'y vois aucune atteinte au corps de la femme.”

L’actrice italienne n’est pas vexée. Mais ce n’est pas le cas pour toutes. En 2004, Keira Knightley n’apprécie pas sa nouvelle poitrine, sur l’affiche du film le roi Arthur: « Ils retouchent toujours mes seins! (...) Et quand je les ai vus, je me suis dit (...) quitte à faire des seins imaginaires, qu’ils soient jolis au moins! » dit-elle.

Quand l’actrice américaine Kerry Washington se découvre, elle, en une d’un magazine, photo retouchée, voici sa réaction: “c’est étrange de regarder une photo de moi-même qui est différente de ce que je vois quand je me regarde dans un miroir. C’est un sentiment désagréable.”

En France, une loi devrait bientôt obliger à préciser dans les magazines si les photos des mannequins sont retouchées. La fin peut-être d’un monde imaginaire.

Corruption: l'affaire qui fait trembler les maires d’Île de France

 

C’est peut-être l’un des plus vastes réseaux de corruption  découvert par la police ces dernières années. Une demi-douzaine de maires sont soupçonnés d’avoir été corrompus par l’un des plus grands promoteurs immobiliers de la région, France Pierre. Pour construire plus facilement, son patron  leur aurait offert de nombreux avantages.

L’Oeil du 20h vous raconte ce qui pourrait être un système de corruption généralisé.

Au coeur de l’affaire, le PDG de France Pierre, Antonio de Sousa…  Son entreprise construit chaque année des dizaines de résidences comme celle-ci en banlieue parisienne.

Antonio de Sousa investit une partie de sa fortune dans sa passion, les chevaux de course. Aujourd’hui, Antonio de Souza est mis en examen pour corruption active, abus de biens sociaux et trafic d’influence.  Les enquêteurs ont interrogé plusieurs de ses sous-traitants. Ils ont révélé ce qu’ils nomment la “méthode de Sousa”... D’abord, travailler avec des architectes qui ont la faveur des maires.

“Quand je dis que ces architectes étaient proches des mairies, je veux dire qu’ils facilitaient à Antonio de Sousa l’acquisition de terrains au départ non constructibles qui, après, devenaient constructibles. Les mairies modifiaient les plans locaux d’urbanisme pour que France Pierre puissent y faire un programme.”  

Un terrain en Corse

Des plans locaux d’urbanisme modifiés, nous en avons trouvé à Ozoir la Ferrière, en Seine et Marne. France Pierre a construit ici plus de 500 logements en 10 ans … Sa prochaine construction sera sans doute là, sur ce terrain couvert de ronces. Un projet dénoncé par Dominique Lebreton, opposant au maire d’Ozoir. Pour lui, l’intérêt de la ville a été sacrifié.

“Le terrain que la commune aurait pu acheter pour 50 000 euros, c’est celui-là…”

Cette parcelle est située en plein centre-ville. En 2006, France Pierre l’achète  pour une bouchée de pain, 50 000 euros, car elle est inconstructible. Le maire ne préempte pas le terrain. 6 ans plus tard, il le rend constructible. Le prix au mètre carré explose.

“Le terrain constructible ici vaut 700 euros du m2, il y a 15000 m2, ça fait plus de 11 millions”

Selon Dominique Lebreton, un manque à gagner d’environ 11 millions d’euros pour la commune. Il affirme que l’entreprise France Pierre aurait été avantagée. Et ce à plusieurs reprises.

“J’ai très vite compris que le maire ne défendait pas les intérêts des ozoiriens. Dans quel intérêt est-ce qu’il a agi ? pour que ce promoteur puisse faire des affaires encore plus facilement”.

Ces avantages présumés auraient-ils fait l’objet de contreparties ? C’est ce que les juges soupçonnent. Ils ont mis Jean-François ONETO, le maire d’Ozoir-la-Ferrière, en examen pour corruption passive. Ils le suspectent d’avoir reçu, du promoteur immobilier, un virement de 500 000 euros pour s’acheter un terrain en Corse, dans le village réputé de Lumio. Une somme que le promoteur Antonio de Sousa aurait d’abord versé sur le compte d’un de ses sous-traitants. Ce dernier le révèle aux enquêteurs.

“De Sousa m’avait indiqué à l’époque que ce virement était destiné à monsieur le maire d’Ozoir, Jean-François Oneto, pour acheter une maison en Corse” 

Le virement le voici. 2 grosses sommes, versées par France Pierre, attérissent sur le compte bancaire du sous-traitant. Le même jour, 531 450 euros ressortent, à destination de la SCP Grasset, une étude notariale. Le but : l’achat d’un terrain en Corse par une société  immobilière détenue par Jean-François Oneto et sa femme. Devant les enquêteurs, le maire conteste. Il affirme que ces 500 000 euros étaient un prêt, dont le remboursement ne lui aurait pas été réclamé. Nous l’avons sollicité. Aucune réponse.

Quant au promoteur immobilier, la justice le soupçonne d’utiliser ces méthodes dans d’autres villes d’Ile de France.

Des travaux pour la maison du maire

A l’est de Paris, Saint Thibault des Vignes. Ici aussi France Pierre a construit. La justice suspecte le maire Sinclair Vouriot d’avoir touché des contreparties de la part du promoteur.  Nous avons rendez-vous avec un homme qui souhaite garder l’anonymat. Il est proche du maire de la ville. Voici ce qu’il affirme :

“Le maire est très angoissé. Il a reconnu qu’il avait mis le doigt dans le pot de confiture. Il le reconnaît en privé ? Oui, bien sûr.”

Sinclair Vouriot est soupçonné d’avoir agrandi sa maison sans payer les travaux. C’est un sous-traitant du promoteur qui l’explique aux enquêteurs.

“C’est monsieur de Sousa qui m’a demandé de faire ces travaux contre la promesse que j’allais avoir le gros œuvre du programme de Saint Thibault des Vignes. Je ne pense pas que le maire ait payé ces travaux.”

De ces travaux, il reste deux factures. L’une porte la mention  : “maison du maire de Saint Thibault des Vignes”. 34 000 euros, pour des aménagements intérieurs. La seconde, 96 000 euros, pour le gros oeuvre. Pour l’heure, les enquêteurs n’ont pas trouvé trace du paiement de ces travaux par le maire. Sinclair Vouriot n’est pas mis en examen. Son avocat affirme qu’il est innocent et qu’il fournira les pièces prouvant le règlement des travaux.

Cette affaire de corruption présumée n’en est sans doute qu’à ses débuts. Les enquêteurs s’intéressent aux 19 communes où le promoteur a construit. D’autres maires pourraient bientôt être mis en examen.

Quant à Antonio de Sousa, devant les juges, il conteste toutes les accusations et met en cause ses sous-traitants. Il n’a pas souhaité répondre à nos questions.

 

Les banques françaises continuent de faire de l'optimisation fiscale


Les banques françaises continuent de pratiquer l’optimisation fiscale en Europe. Un rapport de l'association Oxfam a estimé qu'en 2015, les vingt plus grandes banques européennes ont déclaré un euro sur quatre de leurs bénéfices dans des pays où la fiscalité est particulièrement avantageuse, soit 25 milliards d'euros au total.

Qu'en est-il des banques françaises ? Nous avons épluché les rapports financiers des quatre grandes banques françaises en 2016 : BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale, BPCE. 

Au Luxembourg, la banque populaire caisse d’épargne (BPCE) a réalisé 60 millions d’euros de bénéfices, autant qu’en Allemagne, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Roumanie réunis.

Si la BPCE a misé autant sur le Luxembourg, c’est peut-être parce que la banque n’y a payé que 10% d’impôts en 2016, trois fois moins qu’en France. Pascal Saint-Amans, expert des questions fiscales à l'OCDE explique que les banques vont au Luxembourg car il y a là-bas un marché mais aussi pour une question d'optimisation fiscale.

Contactée, la banque répond qu’elle respecte la réglementation en vigueur.

L'employé irlandais 24 fois plus productif que le français

Un peu plus loin que le Luxembourg, l’Irlande, le pays où les employés sont les plus productifs. Avec seulement 42 salariés, la Société générale a fait l’année dernière 31 millions d’euros de bénéfices avant impôt. Son employé irlandais lui a donc rapporté 738 095 euros, 24 fois plus que son salarié français qui ne lui rapporte que 31 160 euros.

L’une des raisons : la société générale n’a payé que 13% d’impôts en Irlande. Contactée, la banque conteste cette comparaison et précise qu’elle n’a pas les mêmes activités là-bas qu’en France.  

Mais il y a encore mieux, zéro euro d’impôt. Aux îles Caïmans par exemple, on trouve le Crédit Agricole et la BPCE. En 2016, celle-ci a fait 3 millions d’euros de bénéfices, sans aucun employé et sans impôt. Pour le sénateur Eric Bocquet, spécialiste des questions fiscales, "ce sont des coquilles vides, sans activité réelle".

Les deux banques affirment payer des impôts pour leur filiales aux Caïmans aux Etats-Unis. Un montage fiscal plutôt complexe.