Quand les opposants à Emmanuel Macron retournent leur veste…


En politique, on change d’avis très vite, souvent en fonction de ses intérêts. Ceux qui critiquaient Emmanuel Macron hier, lui trouvent aujourd’hui beaucoup de qualités. Étonnant non ?

“Emmanuel Macron, c’est l’homme sans projet, parce que c’est l’homme sans conviction”,  tonnait Bruno le Maire, en février 2017. “La réalité c’est qu’Emmanuel Macron, c’est une coquille vide, ajoutait-il. Le lendemain même de l’élection, oubliée la “coquille vide” : “Oui, je pourrais travailler avec dans une majorité de gouvernement”.

Jean Pierre Raffarin a aussi a changé d’avis. Il y a deux mois, il n’était pas tendre avec Emmanuel Macron : “Il n’a pas la puissance, il n’a pas l’expérience, il n’a pas la préparation”.

En mai, changement d’analyse : “Ca va donner du souffle et de la fierté aux Français. Un jeune président peut nous redonner confiance”, affirmait l’ancien premier ministre dans le documentaire Ainsi soit Macron, de Pierre Hurel en mai 2017.

La droite n’avait pas le monopole des attaques contre Emmanuel Macron. A gauche aussi. Malek Boutih, député PS avait un avis tranché sur Emmanuel Macron, en octobre 2016 : “C’est vachement old school sa campagne. J’ai l’impression qu’il fait la tournée des supermarchés pour vendre des produits avec son micro-cravate, avec très peu d’idées. C'est quelqu'un à qui je confierai mon mon argent, mais pas mon pays”

Aujourd’hui, à lire ses déclarations dans la presse, Malek Boutih veut se représenter comme député. Devinez dans quel parti ? En Marche ! Raté, dans sa circonscription de l’Essonne, La République En Marche a investi un autre candidat.

François De Rugy, député écologiste, lui a intégré l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Pourtant sur son thème de prédilection, en janvier 2017, il avait beaucoup de reproches : “Je ne sais pas quel est son programme écologique. Quand il était ministre de l'économie, non seulement il n'allait pas dans le sens de l'écologie, mais il était plutôt sur l'ancien monde. Lui qui se veut moderne, c'était le nucléaire, c'était le diesel”. Pas rancunier Emmanuel Macron ! François De Rugy a reçu l’investiture République En Marche.

Et Edouard Phillipe, maire les républicains du Havre, son nom circule pour le poste de premier ministre. Que pensait-il d’Emmanuel Macron avant qu’il ne soit élu ? “Macron qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier”, disait Edouard Philippe en janvier 2017 dans une tribune à Libération.

La liste des revirements pourraient s’allonger dans les prochains jours. Avant les législatives, d’autres politiques auront peut-être intérêt à retourner leur veste.

Enquête : au cœur de la sélection des nouveaux députés En Marche !

Sur 16 000 candidats ils n’en retiendront que 577 hommes et femmes, qui se présentent aux légisitatives. La moitié n’a jamais fait de politique. Comment sont-ils sélectionnés, comment sont-ils coachés pour devenir députés ? Enquête au coeur de la machine électorale “République en Marche”.
Nous avons eu accès au quartier général d’Emmanuel Macron à Paris. On l’appelle “le bunker”. Au 5ème étage, depuis plusieurs mois, la commission nationale d’investiture (CNI) se réunit 2 fois par semaine à huis clos. En exclusivité, ils nous ont ouvert leur porte.

La commission nationale d’investiture

Autour de la table, 14 personnes. L’état major d’en marche. Parmi eux : Stéphane Séjourné conseiller politique d’Emmanuel Macron. Christine de Veyrac ancienne deputée européenne ou encore Cedric O l’adminsitrateur du mouvement. Le président Delevoye fait un point sur l’affaire sensible du jour : Manuel Valls demande l’investiture de la « REPUBLIQUE EN MARCHE »
Jean-Paul Delevoye explique que l’ancien premier ministre ne répond pas aux critères, qu’il n’est pas adhérent En Marche !
En secret la Commision rend ses derniers arbitrages. Chaque circonscription, chaque candidat est passé au crible. Sur la table, on peut voir les dossiers épais des candidats. Avec des renseignements précis sur leurs identités, leurs traits de personnalité, des extraits de casiers judiciaires, un compte-rendu de leurs réputations sur internet. Pour s’assurer qu’ils sont irréprochables. Pour choisir le bon candidat, le mouvement a collecté encore d’autres informations sur leurs réelles motivations.

Les questionnaires des candidats

Les premiers éléments sont recueillis dès leurs inscriptions par internet. Nous avons rencontré, Emmanuel Lannelongue qui veut se présenter dans l’Oise. Pour postuler, il a refait son CV et écrit une lettre de motivation. A 54 ans, ce père de famille, salarié chez PSA n’a aucune expérience en politique. Sur internet il a répondu à un questionnaire : A-t-il déjà été élu ? Combien de temps peut-il consacrer à la campagne ? Connait-il le processus électoral ? Et d’autres questions plus précises comme pour un recrutement en entreprise sur ses motivations : Quelles raisons l’amènent à déposer sa candidature ? Pourquoi pense-t-il être un bon candidat ? Et puis il y a un mois, Emmanuel a reçu un coup de fil d’En Marche comme un entretien d’embauche. Sur ses soutiens locaux. Ses forces, ses faiblesses, et sur l’argent qu’il pourrait avancer pour la campagne, avant de se faire rembourser.

L’appel aux élus de terrain

Pour mieux cerner ses candidats, partout en France le mouvement a fait appel aux élus de terrain comme des députés. Ils connaissent leurs circonscriptions. Ils ont évalué les postulants, écrit des notes envoyées à Paris. Sur l’une d’entre elles, consacrée au département de la Loire, on peut lire au sujet d’une candidate :“elle a subjugué par le sens du contact, de l’argumentation, sa capacité d’écoute, d’analyse…”
pour un autre, “il a toute la rondeur nécessaire et incarne assez bien le renouveau pour espérer gagner”. Certains candidats seraient eux à prohiber, jugés peu fiables politiquement. Pour l’un d’entre eux, il est écrit : il est “passé par toutes les nuances de “Verts”.” Nous avons joint l’auteur de cette note, le député PS de la Loire, soutien d’En Marche! nous explique que c’est normal de faire appel au terrain pour éclairer la vision parisienne. Grace à tous ces éléments, la commission départage les candidats. Elle en a déjà désigné 14. Et sur le terrain, elle les coache.

Les nouveaux candidats coachés par les députés

Parmi les candidats déjà désignés, Mounir Mahjoubi c’est la première fois qu’il se présente, à Paris dans le 19 ème arrondissement. Pour lui, la campagne a déjà commencé. Pour ses premiers pas de candidats, le mouvement l’accompagne :Tout est là sur leur site intranet : un guide sur des questions juridiques ou budgétaires. Et en bonus les conseils pratiques des plus anciens : comme François de Rugy député écologiste.
La commission d’investiture dévoilera bientôt la totalité des candidats qui seront désignés. C’est une autre marche qui commencera alors pour ces nouveaux visages.

Débat d’entre-deux tours : quand les candidats s’emmêlent les pinceaux !


Débat d’entre deux tour oblige, l’Oeil du 20h a sorti son détecteur de mensonges. Autant vous dire qu’on a bien fait, parce que les compteurs se sont affolés.

Hier soir, Emmanuel Macron est allé un peu vite sur les chiffres du chômage. Il a notamment affirmé que la France était le “seul pays à ne pas avoir endigué le chômage de masse”. Certains pays font bien pire que nous, comme l’Espagne ou la Grêce. Voilà une erreur pour le candidat d’En Marche ! ... La seule que nous avons relevé.

Les erreurs de Marine Le Pen...

Au chapitre de la lutte contre le terrorisme, Marine Le Pen juge le PNR inutile. Selon la candidate du Front National, ce fichier qui collecte l’identité des passagers qui prennent l’avion en Europe, ne sert à rien pour des terroristes “qui ne prennent pas l’avion”. Selon nos informations, Mohammed Abrini, l’un des logisticiens des attentats 13 novembre, a pourtant bien pris l’avion à trois reprises dans les mois qui ont précédé les attaques.

Sur la question du rétablissement de la retraite à 60 ans, la candidate du Front national semble souffrir d’amnésie. Lors du débat, Marine Le Pen a affirmé vouloir revenir sur l’âge de départ d’ici la fin de son quinquenant. Il y a un peu plus de trois semaines sur Internet, elle affirmait pourtant vouloir le faire dans les deux mois suivant son élection.

… s’accumulent pendant toute la soirée.

Sur l’Euro, la candidate du Front national est convaincue d’une chose. Son arrivée a pesé sur le pouvoir d’achat des Français. Ce n’est pas ce que montrent l’évolution des prix depuis les années 90. L’augmentation est constante. L’arrivée de l’Euro ne l’a pas aggravée.

Marine Le Pen a également affirmé que la récente réforme El Khomri empêchait désormais les chefs d’entreprises de lutter contre le communautarisme dans leurs usines. Là aussi, c’est faux. On a relu la loi et le chef d’entreprise peut imposer une neutralité à ses salariés et restreindre la manifestation de leurs convictions dans certaines conditions.

Terminons sur les impôts, plus précisement, le CICE. Concernant cet allègement de charges pour les entreprises, Marine Le Pen dénonce un système pour “les grands groupes”. Pourtant selon les chiffres du ministère de l’Economie, ce sont les petites et moyennes entreprises qui ont touché le plus de CICE, et pas les grands groupes.

Travailleurs détachés français en France, l'histoire d'un détournement !

Les travailleurs détachés : le sujet a fait réagir les candidats pendant la campagne. "Je ne veux pas de cette directive détachement parce qu’elle créé une priorité étrangère à l’emploi" a estimé Marine Le Pen durant le débat du premier tour. "On oublie de dire qu’il y a 300 000 français qui sont travailleurs détachés" a tenu à préciser Emmanuel Macron.

Des travailleurs français détachés en Allemagne, au Portugal il y en a mais il existe aussi des travailleurs détachés français... en France. L’Oeil du 20h vous explique comment ce système a été détourné.

Collée à la frontière française, au Luxembourg, la petite ville d’Esch-sur-Alzette. Connue pour ses 39 agences d’intérim. Ici, les offres d’emploi se lisent dans toutes les langues. Parmi ces agences, plusieurs sont spécialisées dans le détachement de travailleurs français en France. Nous les avons sollicité, aucune n’a voulu nous répondre. Nous nous sommes fait passer pour un intérimaire en recherche d’emploi. Une salariée nous explique.

Envoyé en France avec un contrat luxembourgeois 

"Vous allez avoir un contrat luxembourgeois, c’est une société luxembourgeoise qui va détacher du personnel pour travailler sur des chantiers en France. Vous serez sur le régime luxembourgeois, donc si vous êtes mariés vous ne payez pas d’impôt ou presque et vous serez plus avantagé au niveau salaire."

Voilà comment cela fonctionne. Un français vient au Luxembourg. Il est employé par une agence d’intérim. Au bout de 30 jours travaillés sur place, l’agence peut l’envoyer en France avec un contrat luxembourgeois. C’est tout à fait légal et très avantageux pour le salarié.

Les Français, 7e au palmarès des travailleurs détachés en France

Sur sa fiche de paie, le salarié est gagnant. En France, en intérim au salaire minimum, il toucherait 1 479 euros. Avec un contrat luxembourgeois, il gagne 1688 euros, soit 15% de plus. Et il perçoit également des allocations familiales versées par le Luxembourg plus généreuses.

Voilà pourquoi, au palmarès des travailleurs détachés en France, officiellement après les Portugais, au 7ème rang, il y a les 4 390 travailleurs français, plus nombreux que les Roumains.

Et pour les employeurs français, quels avantages ? A Metz, pour trouver de la main d’oeuvre qualifiée, le président de la fédération du bâtiment de la Moselle nous explique avoir déjà employé quelques français détachés et réalisé des économies : "Aujourd’hui les charges sociales salariales c’est 25%. Au Luxembourg c’est 12%. Quant aux charges patronales, c’est 50% en France, au Luxembourg c’est 20."

Vers une harmonisation fiscale en Europe ?

Le député de Gironde, Gilles Savary (PS) s’est saisi de cette question. Il a écrit trois rapports sur cette concurrence qu’il juge déloyale. Pour lui, un seul perdant, les Finances publiques.

"Aujourd’hui, tout le monde y gagne, le salarié, l'entreprise, l'agence d'intérim sauf l’Etat français. Il n'y a pas de prestation commerciale donc pas de TVA et surtout ils ne paient pas leur Sécurité sociale en France", analyse-t-il. Pour empêcher ce détournement, Gilles Savary estime que le plus simple serait qu'il y ait une harmonisation fiscale "mais comme à court terme c’est impensable il faut interdire le détachement d’intérim".

Marine Le Pen veut supprimer la directive sur les travailleurs détachés, Emmanuel Macron souhaite lui la conserver mais mieux l’encadrer.

Marine Le Pen affirme défendre le droit des femmes … vraiment ?


Depuis le début de la campagne, Marine le Pen semble avoir un nouveau combat… le droit des femmes ! “Est-ce que je suis pour qu'elles soient traitées de manière égale avec les hommes ? Oui, en tous domaines, en toutes circonstances, quel que soit le sujet”, disait Marine le Pen le 16 octobre 2016

Marine le Pen, féministe. Vraiment ?

Un des derniers tracts de Marine le Pen, nous aurions pu le trouver dans un kiosque à journaux à côté d’autres magazines féminins, tant elle y reprend tous les codes. 4 pages, et une cible : les femmes ! Dans ce prospectus, le mot le plus cité est : femme. Il revient 20 fois. Marine le Pen dit vouloir défendre les femmes françaises. Alors, comment Marine le Pen défend les femmes au parlement européen, où elle est élue ?

Depuis que la candidate à l’élection présidentielle est députée, l’union européenne a présenté 59 textes sur la cause des femmes. Par exemple, sur l’émancipation à l’ère du numérique pour plus d’égalité, notamment sur les salaires. Qu’a voté Marine le Pen ? Contre ! Pour l’égalité dans le monde scientifique, l’Europe propose que les femmes accèdent plus facilement aux postes à responsabilité. Marine le Pen a encore voté contre.

Combien de fois Marine le Pen a-t-elle voté en faveur de ces 59 textes ? Seulement 3 fois. Elle s’est prononcée contre 17 fois et s’est abstenue 7 fois. Et pour 32 de ces propositions, elle était absente.

Nous avons sollicité Marine le Pen. Elle a refusé de nous répondre, alors nous sommes allés la voir pendant un de ses déplacements : “Au parlement européen, l’intégralité des lois qui défendent les droits des femmes sont en réalité sont truffés de mesures pour aider les migrants et donc nous y sommes opposés”, se justifie Marine le Pen. Dans plusieurs textes, c’est vrai. Sur 59, 43 contiennent le mot migrante. Dans le texte pour l’éducation des jeunes filles, voici une des propositions : “Soutenir activement l’enseignement de la langue du pays d’accueil aux femmes migrantes”. Mais dans 14 textes, on a cherché et … rien sur les migrantes. Alors, nous sommes retourné voir la candidate mais nous n’aurons pas de réponse.

Marine le Pen, peut-être première femme présidente, qu’en pensent ceux qui défendent la cause féministe ?

L’association Les Glorieuses a comparé tous les prétendants à l’Elysée. Leurs votes, leurs décisions, leurs actions en faveur des femmes. Qui a le moins fait avancer le droit des femmes, voire fait reculer le droit des femmes ? “C’est clairement Marine le Pen. C’est vraiment paradoxal, parce que c’est une femme, une jeune femme. Ce qu’on voit, c’est qu’elle a voté presque systématiquement contre toutes les lois qui pouvaient faire avancer la condition des femmes en Europe”, se désole Rebecca Amsellem, présidente des Glorieuses. Dans le programme de Marine le Pen, sur 144 engagements, le droit des femmes tient en trois lignes. Quand Marine le Pen se présente en garante de leur droits, elle ferait peut-être mieux de s’abstenir.

Contradictions : Docteur Emmanuel et Mister Macron


L’Oeil du 20h s’est replongé dans les interviews, les écrits et les discours du candidat Macron. Sur certains sujets, il y a comme des contradictions, l’impression d’avoir à affaire à deux personnes. Le candidat d’En Marche ! est régulièrement revenu sur ses propos. Florilège.

D’abord Emmanuel Macron est-il socialiste ? Décembre 2014, devant un parterre de patrons, le ministre de l’Economie explique longuement pourquoi il est socialiste et qu’il l’assume. Deux ans plus tard, en visite au Puy du Fou en compagnie de Philippe de Villiers, tout a changé. “L’hônnêteté m’oblige a dire que je ne suis pas socialiste”, déclare-t-il devant les caméras. Contactée, l’équipe du candidat précise : Emmanuel Macron “vient intellectuellement de la gauche, mais n’est pas encarté au parti socialiste”.

Dépénalisation du cannabis ou pas ?

Sur le cannabis, la position du candidat est disons… un peu fumeuse. Fin 2016, dans son livre programme, Emmanuel Macron est clair : il souhaite que la consommation de cannabis fasse l’objet d’amendes et non plus d’une peine de prison. En droit, c’est ce qu’on appelle une dépénalisation.

Pourtant, quatre mois plus tard, interrogé par le Figaro, Emmanuel Macron dit l’inverse : ”Je ne crois pas à la dépénalisation des “petites doses” ni aux peines symboliques. Cela ne règle rien.”

Vérification faite : le candidat est bien pour une dépénalisation concernant les petites doses de cannabis. Son équipe plaide le malentendu à propos de sa récente interview.

Pas d’ordonnances… sauf pour le droit du travail

Comment gouverner ? Voilà une autre question qui taraude Emmanuel Macron. Fin 2016, voilà le candidat “crois pas une seule seconde (...) à la réforme par ordonnance”. Les ordonnances, ce sont ces textes écrits par le gouvernement, sans débat au Parlement. Désormais, Emmanuel Macron les trouve très utiles pour réformer le droit du travail.

Dernière contradiction : la question écologique. Dans son programme, le candidat veut sortir la France des énergies fossiles. Il y a un an, il n’était pas de cet avis. Favorable à l’exploration et à l’extraction devant des spécialistes des matières premières.

Alors qui croire ? Macron 2016 ou 2017 ? L’équipe d’En Marche précise : la seule énergie fossile à laquelle le candidat est opposé c’est le gaz de schiste.

Hauts fonctionnaires : certains refuseraient de servir un gouvernement Front national

Marine Le Pen peut-être à l’Elysée. Si la candidate est élue, certains hauts fonctionnaires ont tranché: ils quitteront leur poste. Combien sont-ils à ne pas vouloir servir un gouvernement Front national ?

Un diplomate l’a annoncé publiquement : Thierry Dana, 60 ans, ambassadeur de France au Japon. Au cœur de la campagne électorale, dans une tribune publiée dans Le Monde, il brise son devoir de réserve : « Madame Le Pen, je refuserai de servir la diplomatie du Front National », écrit-il. « La France est conquérante et vous voulez en faire un pré carré. La France est généreuse et vous voulez en faire une boutique repliée sur elle-même.» Un texte salué par l’ambassadeur de France aux Etats-Unis, Gérard Araud, dans un court tweet.

Nous avons contacté plusieurs diplomates, tous ont souhaité garder l’anonymat. Pour certains, le programme de Marine Le Pen heurterait leurs valeurs personnelles :
« si elle est élue, je démissionnerai. Le FN, ce n’est pas un parti républicain pour moi, c’est un parti d’extrême droite et je ne veux pas ça pour mon pays », explique l’un d’eux. Le discours anti-européen de Marine Le Pen est impossible à défendre pour cet autre ambassadeur : « je pense que ce ne sera pas possible d’expliquer aux gens qu’on voit toute la journée que tout ce qu’on a cherché à construire avec eux, on le jette aux orties. Un diplomate, c’est censé être flexible, mais là ce n’est plus de la flexibilité, ça devient de l’équilibrisme et je laisse ça à d’autres. »

D’autres diplomates nous l’affirment, l’élection de marine Le Pen ne serait pas incompatible avec l’exercice de leur mission.

Rester ou partir ?

« Que faire si elle est élue ? » Cette question se pose-t-elle dans d’autres administrations que la diplomatie ?
Nous avons discuté avec un haut fonctionnaire qui travaille avec plusieurs ministères. Lui aussi souhaite rester anonyme : « Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on reste, est-ce qu’on part ? Moi je ne travaillerais pas une seconde pour un régime d’extrême droite. Il y a une part significative de hauts fonctionnaires qui se mettront en retrait, qui ne se voient pas exercer des fonctions de responsabilité, du type préfets, ambassadeurs ou directeurs d’administrations centrales… et il y a une autre partie non négligeable qui, tout en étant franchement hostile au Front national, dit non, il faut rester pour assurer que la loi républicaine continue à être appliquée.»

Au cœur de la machine de l’Etat, les préfets sont chargés d’appliquer les décisions politiques. Nous en avons sollicités plusieurs. Aucun n’a souhaité s’exprimer publiquement, surtout en période électorale. Mais un proche collaborateur a accepté de se confier, lui est décidé : en cas d’élection de Marine Le Pen, il rejoindrait le secteur privé. Ses craintes? « Si on nous demande d'expulser n'importe qui ou si on nous demande de ne plus accepter les demandeurs d'asile… »

Si certains s’inquiètent, d’autres regrettent les prises de position publiques. Ce n’est pas le rôle d’un haut fonctionnaire, nous disent-ils. L’un d’entre eux, proche de la gauche, tient à rappeler certains principes : « on est dans une situation de démocratie dans laquelle un parti qui est autorisé, qui a déjà beaucoup d’élus dans des exécutifs régionaux et municipaux, se présente. Pour l’instant la démocratie française, elle fonctionne et rien ne dit qu’elle cesserait de fonctionner si Mme Le Pen était élue. »

Il y a quelques semaines, Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères a rappelé les diplomates à leur devoir de réserve et au principe de neutralité.

Les candidats… amis des animaux ! Vraiment ?

Avec la campagne présidentielle, les animaux ont de nouveaux amis…
Les candidats ! Ils n’ont jamais autant aimé les bêtes… Alors, amour véritable ou communication électorale ?

Les candidats débordent d’affection pour les animaux ! Presque tous ont leur petite photo : Benoit Hamon avec un mouton, Nicolas Dupont-Aignan avec un chien, Emmanuel Macron avec un cochon. Marine Le Pen, elle, se met en scène avec ses propres chats jusque dans son jardin. Comme elle, Nicolas Dupont Aignan a créé un comité des “amis des animaux” : « il a la médaille 30 millions d’amis je crois, ça lui tient à cœur, il a même un animal de compagnie » nous explique son porte-parole.

Des électeurs sensibles à la cause animale.

Autant de défenseurs de la cause animale dans une campagne présidentielle, du jamais vu !
Pourquoi un tel engouement ? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans ce récent sondage : les propositions des candidats en matière de protection animale pourraient-elles influencer votre vote ? 39 % des français répondent oui !

Alors dans leurs programmes, les candidats multiplient les propositions: Benoit Hamon voudrait diminuer les expérimentations sur les animaux. Marine Le Pen refuse les fermes usines. François Fillon veut renforcer les contrôles des abattoirs.

Des propositions et des contradictions

Des propositions et parfois quelques contradictions. Emmanuel Macron est reçu par une association qui défend l’environnement. Sur les élevages intensifs de poules ça donne ça :“moi je souhaite que ça soit interdit dans les grandes surfaces de vendre des oeufs issus des élevages en batterie”

Mais devant le premier syndicat agricole de France, petit changement de discours: “je n’ai jamais dit que je prendrais une loi et que je l’interdirais, j’ai dit qu’il fallait se fixer cet objectif”

Quant à Jean Luc Mélenchon qui multiplie les déclarations sur ces questions, il proclame: “on traite les animaux de façon ignoble au point d’oublier que c’est du sensible”. Pourtant dans un questionnaire envoyé par une association de protection des animaux, à la question, souhaite-t-il abolir les corridas et les combats de coqs ? La réponse est non. Le candidat renvoie la question aux collectivités locales.

Enfin Marine Le Pen. Au Parlement européen, au moment du vote de ce texte sur le bien-être animal, elle était ... absente. Contactée, son équipe de campagne estime que ce n’est pas à l’Union Européenne de traiter ce sujet.

Ami des animaux ou pas, en tout cas, le prochain locataire de l’Elysée a intérêt à aimer les chiens ! Depuis Valéry Giscard d’Estaing, tous les présidents en ont eu un.

Bilan du quinquennat, quand François Hollande embellit la réalité !


A l’Elysée, certains font leurs cartons, mais d’autres continuent à travailler : ils écrivent le bilan de François Hollande avec parfois une petite tendance, celle de repeindre la réalité et de la rendre un peu plus jolie qu’elle ne l’est. L’oeil du 20h a regardé sous le vernis.

Ce bilan, ce sont 70 pages de mesures et de décisions mises en ligne sur le site de l’Elysée. Bien sûr, il y a du vrai : l’instauration du mariage pour tous, la création de 60 000 postes dans l’Education nationale ou encore la mise en place de l’opération Sentinelle.

Impôts, une embellie en demi-teinte

Mais dans d’autres domaines, l’Elysée s’arrange un peu avec la réalité. Prenez les impôts. Dans le bilan, il est écrit qu'il y a eu une "baisse de l’impôt sur le revenu de 6 milliards d’euros depuis 2014". C’est vrai, mais ce qui n’est pas dit, c’est qu’entre 2013 et 2014, le même impôt sur le revenu a augmenté de 10,5 milliards d’euros.

Si l’on compte l’ensemble des impôts qui pèsent sur les ménages, la note est encore plus salée : plus 43,9 milliards d’euros courant sur le quinquennat.

500 000 nouveaux logements par an, une promesse non tenue

Pour l’immobilier, voici ce que l'on peut lire dans le bilan élogieux du quinquennat : "Forte reprise de la construction, plus de 450 000 logements autorisés sur 2016". Depuis 2015, la construction de logements a en effet fortement augmenté, mais ce que l’Elysée ne précise pas, c’est que depuis 2012, elle s’était effondrée. La promesse du candidat Hollande de construire 500 000 logements par an n’a d’ailleurs pas été tenue.

8000 nouvelles places de prison … mais en fait que 1451 !

Pour les prisons, même topo. Dans son bilan, la présidence se félicite. "Création de 8 000 nouvelles places de prison en 5 ans". Un beau résultat mais en réalité le nombre de places opérationnelles en prison n’a augmenté que de 1451 depuis 2012.

Comment expliquer cet écart ? C’est très simple, l’Elysée oublie que pendant qu’il a ouvert 8000 nouvelles places de prisons il en a fermé d’autres. Environ 4 000. Sans compter des prisons ou des cellules qui existent mais ne sont pas utilisées, parce qu’en travaux par exemple. Voilà pourquoi on arrive à seulement 1451 places de plus en 5 ans.

Bref, un bilan qui prouve qu’en politique comme dans la vie, on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Séduire les jeunes: le plan com' des candidats

En campagne, il faut savoir attirer les électeurs de tout age… sans oublier les 18-25 ans. Comment les candidats tentent-ils de les séduire ? Décryptage de la com’ pour les jeunes!

Parler aux jeunes électeurs, ça demande parfois quelques entorses au régime. Interviewé par Streetpress, Benoit Hamon accepte de manger un kebab-frites tout en répondant aux questions dont la question... "turfu"! "La quoi? ah futur!" Bonne réponse Benoit Hamon. Séduire un public jeune, c’est s’adapter à ses médias. Et à leurs codes! En répondant à des interviews en mode selfie par exemple, comme sur les sites Brut ou Konbini. Et les questions vont parfois au delà des sujets politiques: A Philippe Poutou: "as-tu déjà pécho sur Tinder (site de rencontre)?" "Non jamais! admet le candidat du NPA, gêné mais hilare. A Benoit Hamon: "que penses-tu de la séparation de Fréro Delavega?" "Ma fille est triste". A Emmanuel Macron: un simple "#porn"! Rires. "C'est la vie!"

Montrer qu’on maîtrise les codes, jusque dans les gestes! Vous connaissez le dab? Figure populaire dans le rap et le foot! Certains candidats oui! Dans l'émission "Candidats au tableau!", Fillon, Hamon et Macron ont "dabé" devant des écoliers.

Enfin pour capter les jeunes électeurs, les candidats ont aussi investi leurs terrains de jeux: YouTube notamment. Roi de la vidéo en ligne: Jean Luc Mélenchon! Ses vidéos ont été vues 22 millions de fois. Celles de François Asselineau: 11 millions 500 000 vues. Jean-Luc Mélenchon s’est même converti aux jeux vidéos! Avec Fiscal Kombat, le jeu qui met en scène le leader de la France Insoumise pour mettre KO ses ennemis politiques, leur prendre leur argent et le redistribuer! Un jeu qui renvoie au site du parti!

Si les candidats s’adaptent sur la forme, le fond, lui, résiste aux effets de mode.