Industrie du tabac : les cadeaux aux parlementaires

Pour défendre ses intérêts, l’industrie du tabac fait du lobbying au Parlement… Comment s’y prend-elle? Parfois à coup de cadeaux ! L’Œil du 20 Heures vous dévoile une stratégie jusque là restée très discrète...

C’est désormais une obligation légale : l’industrie du tabac doit déclarer sur le site du ministère de la santé toutes ses dépenses liées à des activités d’influence, en clair de lobbying. En 2016, 25 entreprises ont dépensés plus d’un million 200 000 euros. Prenons le fabricant de cigarettes, Philip Morris. Il s’est offert les services de 6 sociétés différentes. Budget total : plus de 411 000 euros

En quoi cela consiste ? Aucune multinationale n’a accepté de nous rencontrer mais un lobbyiste nous ouvre ses portes. Ancien assistant parlementaire, Fabrice Du Repaire, de l'AI2P, défend les intérêts de la fédération des fabricants de cigares. A l’Assemblée Nationale, on débat en ce moment de la loi de finance! Du Repaire s'apprête donc à envoyer aux députés une note très détaillée sur le marché du cigarillo. Son but: dénoncer une fiscalité trop élevée. «C'est un courrier d'information ! De toute façon l'information, c'est de l'influence et l'influence c'est de l'information...» Et comme chaque année, il va prendre rendez-vous avec les parlementaires.

Mais approcher les parlementaires, cela passe aussi par des cadeaux ! Le cigarettier Japan Tobacco International en a offert à une cinquantaine de députés et sénateurs. Denis Jacquat, ancien député LR de la Moselle et Jean-Pierre Door, député LR du Loiret, par exemple, ont reçu un cadeau de bonne année : une bouteille de champagne d'une valeur de 48 euros !

«J’ai dit “Bon qu’est ce que j’en fais ? je la jette, je la bois ?”, je l’ai filé à mon collaborateur.
— Vous ne vous êtes pas dit : “Ça vient de Japan Tobacco il faudrait que je la renvoie ?”
— Non du tout !»

D’autres ont reçu des invitations d'une valeur de 151 à 166 euros. Ils ont pu assister à une avant-première dans un très jolie salle de cinéma parisienne privatisée… Christophe-André Frassa, sénateur LR des Français de l'étranger et Patricia Schillinger, sénatrice LRM du Haut-Rhin, ont eux découvert gratuitement l’exposition Hergé au grand palais à Paris… Visite privée, cocktail et petits fours !

«Il n’y avait pas de discours, on nous a rien vendu ce soir-là, nous raconte la sénatrice. Il y avait d’autres personnes, il n’y avait pas que des parlementaires, il y avait des artistes...»

Ces cadeaux ont-ils influencé les parlementaires ? Parmi les plus gros bénéficiaires, deux députés Les Républicains : Jean-Fançois Mancel, ancien député de l'Oise qui a reçu pour 529 euros de cadeaux, et Marie-Christine Dalloz, députée LR du Jura, qui a elle reçu pour 379 euros. En 2015 et 2016, ils ont déposé plusieurs amendements contre le paquet neutre et contre la hausse du prix du tabac (ici, ,  ou encore , ou encore une proposition de loi). Seule Marie-Christine Dalloz a accepté de nous rencontrer :

«Ces cadeaux étaient un remerciement ? Un encouragement ?
— Non je suis très libre madame, l’industrie du tabac m’intéresse à un titre : depuis 2003, il y a 7 000 distributeurs, tabacs-presse, qui ont disparu dans le paysage français.»

Pas du lobbying selon ces parlementaires... Yves Martinet, président de la CNCT, une association anti-tabac qui a enquêté sur ces pratiques défend le contraire :

«L'objectif de ces cadeaux est très simple : il s'agit de créer du lien avec les décideurs pour que ceux-ci voient l'industrie du tabac comme une industrie standard, classique et oublie qu'il s'agit d'une industrie qui vend un produit qui est une drogue qui tue.»

De leur côté, tous les parlementaires ont-ils déclaré ces cadeaux ? Au dessus de 150 € c’est obligatoire. Le déontologue de l’Assemblée nationale ne nous a pas répondu. La transparence… en douceur...

Publié par L’Œil du 20 heures / Catégories : Non classé

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  • blablabla

    Les parlementaires ont le droit de recevoir des cadeaux? ça ne ressemble pas un peu à de la corruption ça?

    • katarmor

      La vraie corruption, c'est le pantouflage qui permet de donner des informations sensibles au secteur privé quand on sort du public ou d'être récompensé par un poste grassement rémunéré après avoir agi dans l'intérêt d'un lobby quand on était en poste dans le public.Ce système est très utilisé dans nos institutions et comme au niveau européen.
      Il n'y a que dans le privé, que l'on s'en protège par des clauses de non concurrence ou de confidentialité.
      Qui embauchera Jupiter dans 5 ans ?
      Les paris sont ouverts.

      • blablabla

        Les clauses de non concurrences sont limitées dans le temps et sont composées d'une contre partie financière. Quant à la clause de confidentialité, elle n'empêche pas grand chose. On ne peut juste pas écrire un article sur la vie de l'entreprise ou diffuser des documents, mais on peut toujours parler en off, ce n'est pas contrôlable. Les anciens salariés sont l'une des meilleures sources d'information sur une entreprise, confidentialité ou pas