Emmanuel Macron a-t-il utilisé les moyens de l’état pour financer sa campagne ?


C’est l’épilogue de l’élection présidentielle. Chaque candidat dépose ses comptes de campagne auprès d’une commission qui les examine. Une campagne qu’Emmanuel Macron a officiellement démarré le 16 novembre 2016.

En réalité, à cette époque, cela fait déjà huit mois qu’en secret Emmanuel Macron se prépare et collecte des fonds. A l'Assemblée nationale, certains députés s'insurgent, à l'instar de Georges Fenech (LR) : "Le ministre de l’Economie a parallèlement effectué une levée de fonds, ce conflit d’intérêts ne peut qu’interpeller la représentation nationale".

Comment cette collecte d’argent s’est-elle organisée ? Emmanuel Macron, alors ministre, a-t-il utilisé les moyens de l’Etat pour financer son mouvement En Marche ? Révélations sur une levée de fonds, hors norme.

"C'est son job de soutirer de la maille aux gens"

En avril 2016, Emmanuel Macron lance En Marche. Pour remplir les caisses, Emmanuel Macron s’entoure d’une équipe d’anciens financiers et cadres du CAC 40. Leur objectif : récolter 22 millions d’euros en un an.

Le mouvement En Marche identifie des profils particuliers chargés de les aider. Dans un échange que nous avons consulté, à propos du fundraising ces levées de fonds, un membre de l’équipe écrit : "Je vous fais suivre le profil de X. (...) Elle serait top pour donner un coup de main sur le fundraising (...) : elle est très maline, hyper sympa, c’est son job de soutirer de la maille aux gens qui ont de la thune..."

Leurs cibles : banquiers, entrepreneurs, cadres du CAC 40

Puis l’équipe d’Emmanuel Macron planifie des déplacements dans toute la France : Orléans le 8 mai, Toulouse le 19 mai, la Grande Motte le 26 mai, Chalon-sur-Saône le 30 mai, Rennes le 20 juin.

Dîners, cocktails, déjeuners, l’équipe d’En Marche a tout prévu pour chercher de l’argent où il y en a. Leurs cibles ? Banquiers, entrepreneurs, Cadres d’entreprises du CAC 40, avocats.

A Bordeaux, le 9 mai 2016, un coktail se tient sur une péniche. Pendant une heure et demie, Emmanuel Macron présente sa vision de la France. Face à lui, une cinquantaine de chefs d’entreprise de la région. Nous avons retrouvé l’un d’entre eux, séduit par la démarche du ministre : "Il a jamais été dit expressément qu’il recherchait des fonds mais quand vous réunissez 80 chefs d’entreprise et que vous dîtes que vous avez pas de réseau, pas de parti rien (…) j’ai fait un chèque parce que je soutenais ses idées".

Les 2/3 viendrait de riches donateurs

Dès les premiers mois, des donateurs, il y en a eu beaucoup. Nous en avons contacté plus de cinquante qui ont mis la main au portefeuille. Fin septembre 2016, en seulement six mois, En Marche a accumulé 1 500 000 euros. Selon nos informations les deux tiers de cette somme viendrait de riches donateurs qui ont déboursé plus de 500 euros.

Mais Emmanuel Macron, ministre à l’époque, avait-il le droit de récolter ces fonds ? L’article 52-8 du code électoral est très clair : "Les personnes morales (...) ne peuvent participer au financement de la campagne électorale d'un candidat, ni en lui consentant des dons sous quelque forme que ce soit..." 

"Qui a payé la voiture ? c'est nous."

Ces dons, ce sont par exemple les véhicules ou encore les chauffeurs mis à la disposition du ministre et utilisés lors de ses déplacements. A Londres, le 14 avril 2016, Emmanuel Macron rencontre des start-up du numérique. En marge de ce voyage, il déjeune avec une cinquantaine de riches expatriés et récolte des dons.

Lors de de son déplacement à Bordeaux, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, a-t-il utilisé les moyens de l’Etat, pour récolter des dons ? Un des chefs d’entreprise invité en est convaincu. Cela s’est fait au frais de l’Etat et donc du contribuable. "Il y avait une escorte de police pour l’amener, qui a payé l’escorte ? C’est nous. Qui a payé la voiture ? C’est nous."

Aucune trace de la rencontre dans l'agenda du ministre

Dans l’agenda du ministre de l’Economie, lors de ce déplacement officiel, aucune trace de la rencontre sur la péniche prévue à 19h. Le propriétaire du bateau nous le confirme. Des consignes ont été passées : "On nous a demandé de ne pas communiquer sur les réseaux sociaux, on nous l’a pas dit comme ça, mais on nous a dit que ce n’était pas un déplacement officiel donc il ne pouvait pas y avoir de communication".

Nous avons contacté l’équipe d’En Marche sur ces déplacements. Voici leur réponse : "Aucun moyen du ministère n’a été utilisé pour ces rencontres. Seuls les officiers de sécurité suivent le ministre dans l’ensemble de ses déplacements, y compris privés."

C’est maintenant à la commission nationale des comptes de campagne de se prononcer. A elle de valider, ou pas, les comptes d’En Marche. Elle rendra sa décision d’ici le 8 janvier.

Publié par L’Œil du 20 heures / Catégories : Non classé

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  • Aucun article lié
  • adoque

    Tous les éléments pour rédiger cet article étaient disponibles avant les élections...
    Mais n'ont pas été publiés par les media "mainstream".

    Il fallait aller les chercher soi-même et éventuellement les partager.

    Pour "réussir", certains ont compris qu'il faut mettre les bœufs devant la charrue 😉

    • Jako

      Ils vont nous faire le même coup qu'avec Chirac : Les comptes de campagnes ne sont théoriquement pas valides, mais on ne dira rien puisqu'il a été élu !

    • http://www.qwant.com Bison Futé «En Mush-En Mash !»

      "Il fallait aller les chercher soi-même et éventuellement les partager."

      Sauf que :
      Avant :

      *Fake News

      *Komplotist

      *Fassissississist'

      *hérétic'

      Après :

      ...

      ...

      ...

      Mission Accomplished

  • Tonino Pays de Gex

    La vérité finira bien par sortir.

  • tom

    Avec des gens honnêtes au pourvoir nous aurions moins besoin de prison

    • Georges Robreau

      Mais la prison, c'est pour les pauvres, autrement ils ne prévoiraient pas la construction de 15000 places supplémentaires, ils voteraient des lois de prescription !

  • Mist8k

    Il faut rappeler qu'un plafond doit être respecté pour le montant des donations.
    Il est plus que hasardeux de confondre la personne morale qui dirige une activité avec la personne physique qui elle a le droit de faire ce qu'elle veut de ses revenus, toujours dans le respect des limites légales.
    Enquête au titre racoleur qui brille par l'absence de preuves, il faudrait au moins un chèque, un virement d'un établissement hébergeant une société pour l'étayer.
    Il y a de l'humour quand même. Fenech qui se plaint quand on se souvient des pratiques passées de son Parti.
    A titre indicatif, tous les candidats à la primaire LR ont pratiqué cette démarche, je me souviens de reportage de tel candidat qui récoltait des chèques lors de déjeuners débats..

  • enfaitpourquoi

    Je crois avoir entendu dernièrement que le 1er ministre est allé soutenir la campagne d'un candidat EM quelque part... et cela ne semblait pas offusquer le journaliste qui annoncait cette nouvelle... et pourtant ces déplacements qui ont été courants sont aussi à proscrire que ceux du ministre Macron en 2016, car il s'agit bel et bien d'utlisation à des fins partisanes privées de fonds publics...

  • Hibou

    la fraude se situerait au niveau de la réception de dons alors que Macron était encore ministre c'est ça? Par quel artifice a-t-il contourné cela? en demandant aux gens de ne donner qu'à partir de sa déclaration de candidature? en se débrouillant pr que les dons aillent à quelqu'un d'autre ?

  • Jaime Lecochon

    C'est quand même curieux ...
    Cela fait longtemps que tout le monde sait qu'il a dépensé des dizaines de milliers d'euros pour inviter à diner ses futurs soutiens à la présidentielle quand il était ministre à Bercy .....
    Pourquoi avoir attendu qu'il soit élu,et donc "intouchable" pour commencer à s'en préoccuper ??????

  • poussinauplat

    Trop tard il est intouchable,pourtant le canard médiapart tous savaient mais les cibles étaient Fillon et Marine . Macron est un despote...

    • Mist8k

      Vous prenez votre calculette : le plafond de dons autorisés est de 7500E. Pour arriver à la somme évoquée, il suffit de 200 généreux donateurs.
      En fait, ils sont plus nombreux, ce qui signifie que beaucoup n'ont pas atteint le plafond.
      Article sans preuve, le compte et le titulaire sont nécessaires pour définir un éventuel abus. Bien distinguer la personne morale et physique.

  • Gégé Cagouille

    il y a des jours je m'demande ce que font les journalistes si prompt à sauter sur tout ce qui bouge , sarkozy quand il était candidat à sa réélection les moyens de l'état étaient à sa disposition que je sache , même s'il disait le contraire , en tant que président il devait faire son job plein et entier pour la nation , son temps de campagne était bien sur le temps de l'état ! ... dont acte !
    il est plus qu'évident que macron ministre ne pouvait occulter le candidat qui était en lui ! "ainsi va le monde "
    quand on cherche on trouve , à méditer : l'action publique doit elle être arrêtée à chaque grain de sable ?? - est ce qu'on peut changer les humains pour revenir à une virginité première ?? bien entendu c'est non !
    il faut détruire le mythe d'Adam et Éve et bruler l'arbre de la connaissance !! par ce que les humains ne seront que des humains !!

  • Sirius

    Un journaliste de l’œil du 20 H se pose la question suivante:.la personne physique E.M avait-elle le droit de récolter des fonds dès avril 2016 pour sa campagne alors que ce dernier était encore Ministre et qu'il a annoncé sa candidature à l’élection le 16 novembre 2016 ?

    Pour lui la réponse est non. Selon lui, EM aurait enfreint l'article 52-8 du code électoral qui précise: "Les personnes morales (...) ne peuvent participer au financement de la campagne électorale d'un candidat, ni en lui consentant des dons sous quelque forme que ce soit..."
    Pour appuyer son argumentation,ce journaliste aurait dû au minimum citer les noms des personnes morales qui auraient fait de tels "dons" notamment sous forme de prêt de véhicule ou mise à la disposition de chauffeurs et démontrer que dans tous les cas de figures EM en aurait été le seul bénéficiaire.
    Son argumentation publique aurait été alors plus convaincante.

    Il est curieux de constater également que ce journaliste qualifie de "riches donateurs" toux ceux qui ont versé au delà de la somme de 500 € alors que le plafond retenu en matière fiscale est de 7.500 €.

  • John Peter

    Bien sur tout cela été connu bien avant les élections .. mais encore une fois les médias là se sont tues ... quelle honte ... ce Macron et son Gouvernement de "bras cassés" se plaignent aujourd'hui que les caisses sont vides .. alors que ce sont les mêmes qui y ont contribués par leur mauvaise gestion et le détournement des fonds publics .. c'est in scandale d'Etat ...

    • Lisa

      Et oui je savais qu'il était un magouilleur pour lui et nous serrage de ceinture ........en enfer l'arnaqueur

      • thunderstorm

        Honnêtement, je ne savais pas que c'était un maguoilleur (comme François Fillon et d'autres d'ailleurs), mais serrage de ceinture, nous les français on va surement y avoir droit pendant cinq ans... Je ne sait pas si cette histoire va se finir comme celle de Donald Trump aux Etats-Unis mais en tout cas pense que ça va lui coller pendant son quinquenat et que sa popularité va bien baisser, ce qui serait bien fait pour lui !!!
        C'est dommage parce que ces premiers pas à l'élysée avaient plutôt bien commencé, mais en réalité ce sont tous les mêmes, ils ont tous leurs casseroles. C'est vraiment décevant pour un pour un parti qui se disait "clean" !!!

  • Lisa

    On doit travailler jusqu'à 67 ans selon certaines caisses de retraites, il ne faut pas oublié qu'ils ont fait des études de combien d'années? Il faut selon l'année de naissance minimum 40 ans de travail, donc pas étonnant qu'ils sont encore dans la place.

  • passing by
  • Sirius

    Même en voyant la vidéo, la thèse de ce journaliste n'est pas mieux fondée.

  • pytheas

    votre orthographe, votre niveau conceptuel laissent présager de votre niveau d'études