Areva: une usine livrée avec 32 ans de retard ?


Areva, le fleuron français du nucléaire connaît des ratés retentissants. Aux Etats-Unis, une usine d’Areva pourrait être livrée avec 32 ans de retards !

C'est au Sud-Est des Etats-Unis que se situe l’usine Areva. Il s'agit d'un chantier colossal de 1500 ouvriers pour une usine commandée par le gouvernement américain afin de transformer du plutonium militaire et en faire de l’électricité.

Associée à une entreprise américaine, Areva lance les travaux en 2007. Problème, selon un rapport du ministère de l'énergie américain, les erreurs s’enchaînent et les coûts explosent :

  • En 2007, la fin du chantier est annoncée pour 2016 pour un coût de 4,8 milliards.
  • Cinq ans plus tard, le projet est réévalué à 7,7 milliards et prévu pour une livraison en 2019.
  • Aujourd’hui, le coût est faramineux. 17 milliards d’euros. Livraison en 2048.  

Comment en est-on arrivé là ? A Washington, nous avons retrouvé l’une des rares personnes à avoir visité le site. C’était en mars dernier. Il a relevé des erreurs grossières : "Le problème avec ce projet c’est qu’il n’a pas été bien planifié. Ils ont livré des équipements mais ils n’avaient nul part où les stocker".

223 millions d'euros pour racheter du matériel mal stocké qui a rouillé

Des erreurs étonnantes sont décrites dans ce rapport du ministère de l’énergie américain. 

En voici quelques unes :

  • Pour du matériel mal stocké qui rouille et qu’il faut remplacer, le surcoût est de 223 millions d’euros.
  • Pour des équipements devenus obsolètes à cause des retards et qu’il faut changer, 470 millions d’euros supplémentaires.

Cette usine sera-t-elle finie un jour ? Rien n'est moins sûr. Entre le gouvernement américain et Areva, il y a comme un léger désaccord sur l’avancement du chantier. Dans ce rapport on lit que "66% des tuyaux ont été livrés". Mais pour le gouvernement américain, "seulement 1% a été installé, inspecté et contrôlé".

Résultat, pour l’administration américaine, moins d’un tiers de l’usine est terminée et sera livrée en 2048. Nous sommes allés poser la question à Areva. Son porte-parole conteste : "On ne cautionne pas naturellement le délai de 2048, on en est à 72% d’avancées, si le budget du département à l’énergie est conséquent, le projet va continuer d’avancer et sera fini d’ici une dizaine d’années."

Une dizaine d’années, c’est déjà ce que promettait Areva lors du lancement des travaux. Rendez-vous donc en 2027 pour une nouvelle estimation... si le projet n’est pas enterré d’ici là.

Publié par L’Œil du 20 heures / Catégories : Non classé

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  • Green

    Ce reportage est une carricature,!
    Le projet n’est pas une usine de retraitement, mais de fabrication de combustible MOX pour utiliser en réacteur commercial le Plutonium issu du démantèlement des armes. Les US ont à cet égard pris un engagement conjoint avec la Russie.

    Le financement est gelé depuis 2014 : c’est la cause du retard du projet. En 2015, la NRC a accepté que la mise en service puisse être repoussée jusqu’en 2025. Automatiquement, et le budget comprenant les intérêts intercalaires, le montant du projet augmente. Mais apparemment, la performance du Consortium n’est pas catastrophique ; en 2015 (alors que les activités étaient essentiellement suspendues), il a perçu la moitié du bonus max auquel il pouvait prétendre. De même en 2015, la NRC a indiqué que « In its most recent applicant performance review, the staff found that MOX Services overall MFFF construction activities were conducted in a manner that was consistent with the Commission’s rules and regulations and no areas were identified as meeting the definition of an area needing improvement in accordance NRC Inspection Manual 2630 ». En 2016,cependant des problèmes de qualité ont été trouvés sur des charpentes métalliques.

    Celà étant, CBI (ex Shaw Group) qui est le partenaire d’AREVA pour ce projet a été racheté par TOSHIBA (via Westinghouse) en 2015, et est la cause du « profit warning » récemment annoncé par TOSHIBA (quatre milliards de dollars à provisionner). Les détails des problèmes de CBI n’ont pas été rendus publics ; je présume qu’ils concernent le coût de construction des AP1000 américains (Vogtle et V.C Summer). Mais ils peuvent concerner des pertes sur l’usine MOX. Je serai cependant surpris que ça aille très loin car selon la méthode des projets publics américains de longue durée, le vendeur ne donne pas un engagement forfaitaire ; le projet est décidé par tranches annuelles en fonction des votes du Congrès. Le risque des vendeurs est donc limité.

    Le budget 2017 présenté par l’administration Obama a prévu l’abandon du projet, au profit d’un stockage du plutonium dans un site utilisé pour les déchets nucléaires militaires (WIPP).

    En conclusion, il faut attendre ce que décidera la nouvelle administration, mais je doute qu’elle réveille un grand projet public de cette nature, de surcroît réalisé par des groupes étrangers. Mais si elle peut mettre des responsabilités sur le dos de ces groupes et leur réclamer des compensations financières, elle ne manquera sans doute pas de le f

  • Zebra10

    Comme d'habitude des journalistes oubliés en recherche de scoop disent n'importe quoi et sont prêts à tout pour dénigrer ce qu'ils ne comprennent pas.

    Un point factuel:

    En 2000, les Etats-Unis et la Russie ont signé un accord de désarmement
    impliquant de réduire de 34 tonnes chacun leur stock de plutonium militaire.
    Après études et tests réalisés en France sur un échantillon, les Etats-Unis ont
    choisi de recycler le plutonium militaire sous forme de combustible MOX, ce qui
    présente 2 avantages : recycler la matière militaire pour produire de
    l’électricité ; rendre inutilisable cette matière pour des utilisations
    militaires.

    AREVA a été choisi afin d’apporter la technologie nécessaire à ce
    projet du fait de son savoir-faire dans le domaine via ses usines de la Hague
    et de Melox.

    La décision de concevoir et construire une usine a donc été prise par les
    autorités américaines en 2006 et confié à un consortium dans lequel AREVA est minoritaire (30%). Le gestionnaire du projet est le groupe américain CB&I
    (70% du consortium) qui est en charge des achats, du design et de la
    construction des bâtiments, AREVA apportant la technologie du procédé.

    Concernant le budget, le Ministère de l’énergie américain (DOE) a
    décidé depuis 4 ans d’allouer un budget annuel réduit, budget qui est donc
    chaque année remis à plat et discuté. Le consortium ne dispose donc pas d’un
    budget global et le cadencement du projet, et donc son avancée, sont fortement conditionnés par cette décision. En tant que partenaire minoritaire du
    consortium, nous appliquons les décisions du Ministère de l’énergie. Ce contrat
    fait l’objet d’un suivi précis au sein du groupe et les dépenses sont
    contrôlées. Les règles spécifiques du contrat sont telles que les dépenses
    engagées par AREVA comme par CB&I sont couvertes financièrement par le
    budget fédéral américain, ne générant donc pas de risque financier pour les
    entreprises supérieur au fonds de roulement initial, soit pour la quote part
    AREVA quelques millions d’euros.

    Néanmoins, début 2017, l’avancée du projet est de plus de 70% avec
    notamment l’ingénierie réalisée à 100%, plus de 90% pour la construction des
    bâtiments (93% du bétonnage réalisé). 72 des 73 cuves permettant l’entreposage de la matière sont désormais installées, et 212 des 325 boites à gants prévues ont été livrées et 150 déjà installées. Les opérations restant à mener consistent donc à terminer la construction et l’installation des équipements, à mettre en réseau l’ensemble du process industriel et à réaliser les tests. A noter que les systèmes des boites à gants procédé ont déjà été testés.

    Concernant le soutien des autorités américaines à ce projet, il est
    important de signaler que le Congrès a depuis 4 ans systématiquement validé le budget alloué par le Ministère de l’énergie au projet et donc apporte son
    soutien à sa poursuite. Fin 2016, les deux partis –démocrate et républicain-
    ont voté ce budget.

    Il est regrettable que le reportage de France 2 ait occulté tous ces éléments
    qui auraient permis une information plus conforme à la réalité du déroulé du
    projet. Il faut note que AREVA est minoritaire dans le projet et ce n'est donc pas "l'usine d'AREVA".