Attentats de Paris : le marathon du deuil

Cher François Hollande, ce n'est pas demain qu'il faut le faire l'hommage national aux victimes des attentats de Paris et Saint-Denis, mais dans 6 mois... Loin de moi l'envie de polémiquer, je m'explique. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui connaissent quelqu'un ou connaissent quelqu'un qui connait quelqu'un qui est mort.

Avant ces terribles événements, j'ai moi-même retrouvé mon compagnon, pourtant en pleine santé, mort il y a quelques mois et, même si les circonstances ne sont pas les mêmes, je me suis un peu retrouvée en écoutant ces gens qui ont perdu un amoureux, une sœur, un fils ou tout simplement vu la mort, ou les deux. J'ai eu envie de partager mon "expérience" de cette aventure de tristesse, nostalgie, angoisse, déception...qu'est le deuil.

Comprendre le deuil...

Le deuil comporte 6 étapes qui se suivent ou se mêlent dans le temps, pour une durée totale d'environ 1 an pour un décès "attendu, dans l'ordre des choses" mais qui s'allonge évidemment en cas de mort violente chez une personne jeune :

1 : Le choc, la sidération : les gens interviewés sont en plein dedans. Ils ne réalisent pas. Les larmes ne viennent presque pas.

2 : Le déni : on ne peut/veut pas y croire. Trop brutal, le cerveau n'a pas assimilé.

3 : La colère, le marchandage : C'est injuste, pourquoi Lui, pourquoi Moi ? Personne ne me comprend.

4 : La tristesse : immense, intense, indescriptible. Pour l'être aimé parti trop vite, pour soi, son quotidien et tous ses projets envolés, pour ses parents, sa sœur si malheureuse sans Lui. La tristesse de cette insouciance évanouie. La disparition de l'envie d'avoir envie comme dirait ce bon vieux Johnny.

5 : La résignation, l'acceptation : Sauf que, comment accepter la perte de quelqu'un aimant la vie, parti trop jeune, contre son gré, avant ses grands-parents et l'alcoolo-tabagique en bas de chez moi (Hé oui, je n'ai pas que des pieuses pensées) ?

6 : La reconstruction : cette montagne devant nous qu'il faut gravir alors qu'on est hyper fatigué de ces longues nuits d'insomnie, des ces heures à pleurer qui vous lessivent, de ces longs moments à faire semblant que tout va bien pour ne pas perdre la face au boulot ou avec ceux qui souffrent avec vous.

Chacun est différent et vit son deuil à sa manière, mais pour autant il y'a de grandes lignes dans lesquelles on se retrouve tous, nous les endeuillés, notamment la SOLITUDE. Seul avec notre peine du matin au soir. Seul car l'être aimé occupait une grande partie de notre temps/esprit/projet de vie et que c'est fini.

Aujourd'hui les familles des victimes des attentats sont stupéfaites mais super entourées : par la France entière et j'espère leurs proches. Mais ce cocon va disparaître plus vite qu'ils ne le croient et surtout plus vite qu'ils n'auront guéri, ce d'autant qu'ils ne guériront jamais...

... et penser dans la durée

A l'image de tous les gens qui se sont généreusement précipités pour donner leur sang et à qui on a demander de revenir un peu plus tard, les proches des endeuillés doivent courir un marathon et non pas un sprint. Il faut aussi se réserver pour plus tard.

Quelques conseils pour les accompagner :

  • J'ai beaucoup pensé à toi ces derniers mois mais je ne t'ai pas écrit car j'étais mal à l'aise/j'avais peur de t'y faire repenser : Dépasser votre malaise qui est modéré comparé à la peine de l'autre et qui sera ravi de recevoir une petite attention. Les gens en deuil sont les mêmes qu'avant, sauf qu'ils sont tristes. Mais ce n'est pas contagieux, alors ne leur donnez pas l'impression d'être des pestiférés !
  • Je ne me sentais pas assez proche, je ne savais pas quoi dire... : C'est pas grave, toute bonne intention est la bienvenue.
  • Il aurait voulu que tu sois heureuse : C'est normal d'être triste et c'est surtout aussi culpabilisant de ne pas l'être.
  • Tu ne veux pas prendre des anti-dépresseurs ? : Le deuil n'est pas une dépression. Mêmes symptômes certes mais "justifiés" car perte d'un être cher.
  • Appelle-moi si ça va pas : Bon ben j'annonce ! : "Globalement, ça va pas, je suis au bout de ma vie, alors TOI appelle-moi." En plus quand on n'a pas le moral, c'est bien connu, on a du mal à prendre les devants.
  • Vois le bon coté des choses, relativise, positive ! : No comment.
  • Ce qui ne tue pas rend plus fort (et pourtant Dieu sait que je l'aimais bien cet adage) : Le décès de quelqu'un qu'on aimait rend, d'après moi et au moins dans un premier temps, plus fragile, plus aigri, plus pessimiste, plus désabusé, plus intolérant mais pas tellement plus fort...

Bref, dans cette période durant laquelle les proches des victimes survivent plus qu'ils ne vivent, je lance cet appel à la population française  : faites votre maximum, dès que vous le pouvez, maintenant mais surtout pendant les longs mois de peine qui se préparent pour les proches des victimes.

Publié par Souriez vous êtes soignés / Catégories : Non classé

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  • Lucas078

    Bouleversant et si juste! Face à la souffrance, celle de nos proches ou la notre, on se sent si démuni! Les mots anodins agacent, les phrases appelant à l'action sont vécues comme une violence, seule la présence attentive et sensible d'un autre peut apporter un mince réconfort.
    Merci pour votre témoignage et votre appel.