Mariage des homos : comment Frigide Barjot a remobilisé les partisans du oui

(THOMAS SAMSON / AFP)

Une manif pour se "rebooster", une "thérapie collective". Deux semaines après les opposants au projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homos, les partisans ont défilé dans les rues de Paris. Je n'ai pas senti un esprit de revanche par rapport à la démonstration de force orchéstrée par Frigide Barjot il y a 15 jours mais une volonté collective de se rassurer. Parmi les manifestants que j'ai interrogés, ils ont été très nombreux à évoquer la manifestation du 13 janvier comme un déclic, l’élément déclencheur de leur mobilisation. Voici ce qu'ils m'ont dit.

Céline et Frédéric sont venus avec leurs trois enfants. Ils se présentent comme des "hétéros solidaires". "Nous n'avons pas manifesté en décembre mais là nous sommes venus en réaction à la mobilisation du 13 janvier. C'est super grave que des gens défilent contre un droit, contre l'égalité. Nous avons été dégoûtés par le message de cette manifestation alors que la question ne devrait pas se poser. C'est une évidence d'être pour l'ouverture du mariage aux homos."

 

Ingrid et Didou manifestent pour la première fois de leurs vies. Ces deux mamans sont venus avec leurs filles, Mélissa et Marilou. Qu'est-ce qui les a poussées à descendre dans la rue ? "La manif d'il y a deux semaines", répondent-elles du tac-au-tac. "Cela nous a choqué que des gens défilent contre notre famille. Aujourd'hui, nos enfants sont sans protection, sans droit. Et eux veulent que ça dure, c'est insupportable." "Laissez-nous vivre légalement", ont-elles écrit sur l'une de leurs pancartes alors que la petite Marilou réclame le droit à l'adoption "pour Didou".

Alexandra et Estelle s'aiment et elles veulent "pouvoir avoir le choix de se marier ou non". Les deux jeunes femmes sont venues de Lille : "On faisait les manif chez nous mais la manifestation du 13 janvier nous a alerté". "La violence des propos de cetains manifestants a été dure à encaisser. Pour eux, c'est normal que nous soyons des sous-citoyennes et on devrait le rester. C'est choquant."

Isabelle est une maman hétéro, venue de Caen, avec sa fille Pauline, lesbienne. Elle marche aujourd'hui pour "défendre les droits de [sa] fille, ceux de ma famille et ceux de tous les homos". Elle aussi évoque la manifestation du 13 janvier qui a servi de "déclic". "J'ai été atterrée de voir autant de gens contre les droits de ma fille, contre les droits des homosexuels. Ça a été très violent à vivre pour Pauline, comme pour tous les homos je l'imagine." 

Patricia et sa fille marchent avec une pancarte "famille solidaire" accrochées sur le torse. Sur ces pancartes, elles ont imprimé une photo de leur famille : un papa, une maman et quatre enfants. "On défile aujourd'hui parce que notre famille est solidaire des homos", m'explique Patricia. "Je suis une farouche défenseur de ce mariage, on doit tous avoir les mêmes droits.Il fallait manifester aujourd'hui pour défendre les valeurs de tolérance et de respect. Elles ont été brandies par les manifestants le 13 janvier, souvent des catholiques qui prônent ces valeurs. Mais en manifestant contre les homos, ils ont bafoué ces valeurs."

Elsa est une jeune parisienne. Elle a été élevée par deux mères, comme ses frères et sœurs. Elle tenait à "mettre les points sur i". "Dans ce débat, beaucoup de gens parlent à notre place pour dire que des enfants d'homos ne seraient pas équilibrés, pas heureux, et c'est faux. Je peux témoigner : j'ai eu deux mamans et tout va bien. Sur sa pancarte, elle a écrit : "J'ai deux mères et tous mes repères".