Le match France vs. Italie du 0 déchet

© Emily Estienne

Lorsque l’on parle de gestion exemplaire des déchets en Europe, on pense très vite aux Suisses ou aux Allemands, pour qui l’on imagine que “trier est une seconde nature” ou à la Suède, qui affiche des scores de valorisation impressionnants. La France, quant à elle, fait figure de mauvaise élève et l’on invoque encore souvent pour l’expliquer le caractère tranquille des latins. Pourtant, si un pays en Europe a réussi à s’approprier la démarche zéro déchet c’est bien l’Italie. Alors comment y parviennent-ils et pouvons-nous prendre exemple ? 

Le problème des déchets en Italie

En Italie, les problèmes liés à la mauvaise gestion des déchets ne sont plus un mystère. Les multiples crises des déchets, l'enfouissement illégal, le grave manque de structures dédiées au traitement des ordures ont maintes fois fait la une des journaux. Et alors que la gestion des déchets de San Francisco fait rêver toutes les villes du monde, l’Italie et la France semblent loin de ces considérations. Malgré tout, il y existe des systèmes de gestion exemplaires faisant de certaines collectivités italienne, un modèle pour des communes du monde entier.

Pionnière du zéro déchet en Europe

Tout commence en 1997, dans le petit village de Capannori en Toscane, lorsqu’un instituteur, Rossano Ercolini, prend connaissance du projet de construction d’un incinérateur. L’incinérateur est alors présenté comme l’alternative à la décharge. Inquiet des impacts sanitaires et environnementaux qu’une telle installation pourrait avoir sur les habitants et la ville, il décide de proposer une troisième voie : la démarche Zero Waste (zéro déchet, zéro gaspillage).
En 2007, Capannori devient la première ville européenne à adopter officiellement une démarche Zero Waste. Rapidement, les résultats sont visibles. Entre 2006 et 2011, les habitants ont réduit de 57% leur ordures ménagères résiduelles grâce à des solutions telles que le compostage ou le recyclage. Actuellement, ces alternatives concernent 82% des déchets produits par les habitants.

Capannori n’est pas l’unique modèle en Italie. Dans la province de Trévise, les 55 communes collectent séparément 85% des déchets. Avec des résultats déjà impressionnants, la ville veut aller encore plus loin en se fixant pour objectif de ne produire plus que 10 kg de déchets par an et par habitant d’ici 2022. Grâce à l’engagement de la ville dans la démarche Zero Waste, le nombre d’emplois dans le secteur a connu une augmentation contrairement à la forte baisse enregistrée dans le reste du pays.

Au nord du pays, Milan n’est pas seulement connue pour la mode italienne. La ville offre à ses 1,4 millions d’habitant l’un des systèmes de collecte sélective en porte-à-porte les plus aboutis au monde, qui inclue la collecte des biodéchets. Ce système permet de trier à la source 50 % des déchets. Mais la ville est ambitieuse et veut tendre vers un nouvel objectif de 65 % de déchets triés à la source.

La France ne pourrait-elle pas prendre exemple?

A Paris, les  2,25 millions d’habitants produisent chacun 359 kg d’ordures ménagères par an. Malgré un système de collecte sélective des recyclables en porte à porte, Paris est loin d’atteindre les niveaux milanais. Les performances de tri sont basses, et surtout : hormis pour les gros producteurs de biodéchets tels que les restaurants collectifs, la collecte séparée des déchets organiques n’est pas encore rendue obligatoire. Les biodéchets représentent ⅓ de nos poubelles et nous continuons de les envoyer en décharge ou en incinérateur. La ville de Lorient et une poignée d’autres collectivités pionnières ont mis en place collecte des biodéchets en porte-à-porte, mais elles restent l’exception en France.
Signe que les temps changent cependant : Paris a annoncé en septembre qu’elle allait expérimenter le ramassage des biodéchets dans deux de ses  arrondissements (le 2e et le 12e), dans l’idée de généraliser par la suite cette collecte.

Une France zéro déchet est-elle possible ?

Les différents exemples italiens nous montrent que face à des situations de crise, des citoyens, soutenus par leurs élus, ont été à l’initiative de progrès désormais salués dans toute l’Europe.
Les situations de crise existent aussi en France, de nombreux territoires sont en ce moment “à la croisée des chemins” : choisiront-ils de construire une usine de plus, ou de mettre en place une démarche ambitieuse en s’inspirant des exemples italiens ? Les citoyens ont leur mot à dire, ils peuvent contribuer à construire les solutions zéro déchet, ou les faire connaître à leurs élus. En Bretagne, à Plouharnel, un collectif de citoyens a réussi à convaincre les différents responsables politiques de se mettre autour de la table pour envisager un scénario Zéro déchet. La ville de Roubaix s’est quant à elle engagée depuis 2014 dans une démarche zéro déchet, zéro gaspillage. Une centaine de familles se sont portées volontaire pour réduire de 50 % leur production de déchets. Le début d’une nouvelle ère, en France aussi ?
Auteur : Isabella Di Blasio - Zero Waste France

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