Le BTP, secteur champion d’Europe de la production de déchets

Flickr - Déchet de BTP

Dans le monde des déchets, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) pèse lourd. Mais, même face à ce géant, des solutions zéro déchet, zéro gaspillage existent.

Le BTP, un poids lourd de la production de déchets

Les déchets du BTP  - appelés aussi déchets de chantier ou de démolition et de construction - sont des déchets issus des chantiers publics ou privés. Ces derniers peuvent être produits lors de démolitions ou de construction de bâtiments neufs.

De la rénovation d’une pièce d’une maison à la construction d’une nouvelle route, ce secteur recouvre des types de chantiers et de déchets très différents. En effet, cette appellation de “déchets du BTP” inclue des matières aussi diverses  que le ciment, le bois, les métaux, le verre, le plâtre, les solvants, les isolants, les plastiques etc.

Dans la balance de la production de déchets, le BTP pèse lourd. En 2012, ce secteur a généré 247 millions de tonnes de déchets en France [1] et au niveau de l’Union Européenne, il représente 33% de la production totale de déchets[2]. Même si ces chiffres ont légèrement diminué ces dernières années du fait du ralentissement économique, leur importance nous oblige à nous interroger sur les possibilités de réduction et de valorisation de ces déchets et ce d’autant plus qu’ils représentent des risques environnementaux et sanitaires.

Un adversaire redoutable pour l’environnement et la santé humaine

Bien que traditionnellement associé à la croissance économique, le secteur du BTP est aussi un fardeau pour l’environnement et la société du fait de la consommation de ressources naturelles qu’il implique et des déchets qu’il induit.
En effet, les matériaux de construction représentent la moitié des matières mobilisées pour la consommation française [3]. Quant aux déchets, ils sont dans leur immense majorité enfouis en décharge où ils peuvent entraîner des risques de pollutions pour les sols et les nappes phréatiques. Certains sont valorisés. Enfin, une petite proportion de ces déchets est brûlée contribuant ainsi, entre autres, à l’émission de CO2 et de dioxines. Le traitement de ces déchets entraîne donc des dommages pour l’environnement et la santé des habitants. Par ailleurs, si l’on appréhende le cycle de vie complet des matières devenues des déchets, ces derniers contribuent aux émissions de gaz à effet de serre et à la pollution générée par les secteurs de l’industrie et du transport[4].

Les statistiques de valorisation : un problème d’arbitrage ?

Face à ce constat, un objectif de 70 % de réemploi, recyclage ou autre valorisation matière a été fixé au niveau européen [5] et transposé dans le droit français [6].
Les autorités publiques et le secteur affichent des chiffres rassurants atteignant déjà 50 % [7]. Néanmoins, ces chiffres de « recyclage » masquent le faible développement d’une réelle valorisation matière car ils incluent l’utilisation de déchets du BTP dans la réalisation de chaussées ou de réaménagement de carrières. Ces opérations représentent des volumes importants (environ 50 % des déchets inertes) [8] et permettent de remplir les objectifs sans encourager les solutions qui préservent les propriétés des matériaux [9]. De plus, selon certaines associations, elles peuvent venir masquer une réalité toute autre : les déchets dits « inertes » de tous types (chargés de plomb, cadmium, zinc..) sont déversés dans des carrières sans être soumis aux mêmes contrôles que ceux appliqués dans les décharges.

Et si on relevait le défi ?

Face à ce défi, les solutions zéro déchet, zéro gaspillage doivent s’imposer.
En amont du chantier : la rénovation doit être préférée à la reconstruction. En menant une  réflexion en amont des chantiers, on peut anticiper le vieillissement de l’édifice en choisissant des techniques d’assemblage réversibles, des matériaux de qualité qui dureront dans le temps et qui pourront être réemployés, réutilisés ou recyclés. La production de déchets peut aussi être réduite via l’organisation même du chantier et le développement de synergies entre les chantiers. Les plateformes en ligne peuvent contribuer au développement de ces synergies [10].
Le réemploi, solution créatrice d’emplois qui consiste à utiliser à nouveau un matériau récupéré après une déconstruction minutieuse et avant que celui-ci ne devienne un déchet, doit être privilégié [11].
Pour les matériaux qui ne peuvent pas être réemployés ou réutilisés, le recyclage doit être envisagé de manière plus systématique. La marge d’amélioration est en effet considérable. A titre d’exemple, seuls 14 % des déchets de plâtre potentiellement recyclables à l’infini étaient recyclés en 2012 [12] et selon l’association PlasticEurope[13] seuls 20% des déchets plastiques du BTP sont recyclés en Europe.

Il n’y a pas de tactique unique pour gagner ce match mais dès aujourd’hui ces solutions connues peuvent être combinées. Pour ce faire, un changement de la manière de penser le BTP et une réelle volonté politique de faire  du BTP un secteur zéro déchet, zéro gaspillage sont nécessaires.

Auteur : Anna Laurent - Zero Waste France

Références
ADEME, Déchets chiffres clés 2015
WRAP, Reclaimed building products guide, mai 2008
Thornton Kay, Salvo Llp  Jonathan Essex, BioRegional, Pushing reuse : Towards a low‐carbon construction industry, 2007
Assises de l’économie circulaire,  Atelier 7 : Recyclage, réemploi et réutilisation des matériaux et des déchets du BTP, 16 juin 2015, Paris
Journée régionale « Le PREDEC : Vers une économie circulaire des matériaux/déchets du BTP », 25 juin 2015, Paris
www.developpement-durable.gouv.fr
www.opalis.be
www.ec.europa.eu/eurostat
www.ademe.fr

[1] ADEME, Déchets chiffres clés 2015
[2] Statistiques de 2012, source : Eurostat
[3] Soit 389 millions de tonnes de matières en 2012, source : ADEME, Déchets chiffres clés 2015
[4] En savoir plus sur l’impact climatique des déchets du BTP : https://www.zerowastefrance.org/fr/articles/193-dechets-du-btp-un-potentiel-de-reduction-des-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-sous-exploite
[5] Directive 2008/98/CE du 19 novembre 2008
[6] Loi de transition énergétique et pour la croissance verte du 17 août 2015.
[7] Source : www.developpement-durable.gouv.fr
[8] Source : www.ademe.fr
[9] Les matériaux dits inertes sont en effet mélangés et concassés pour réaliser ces opérations.
[10] Exemple : Soldating qui  met en relation des chantiers ayant des déblais et d’autres nécessitant des remblais
[11] Là aussi des plateformes peuvent permettre après diagnostic du chantier, de faire se rencontrer l’offre et la demande Exemple : Opalis.be
[12] Communiqué du Syndicat des industries du plâtre du 24 juin 2013 cité dans  http://www.journaldelenvironnement.net/article/le-recyclage-du-platre-une-filiere-a-construire,35260
[13] Citée dans http://www.actu-environnement.com/ae/news/plasticseurope-etude-valorisation-dechets-plastiques-btp-europe-15199.php4

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