Pourquoi Céline Alvarez divise-t-elle tant les profs ?

@FranceTélévision

Impossible de la louper, en cette rentrée. Déjà très médiatisée ces derniers mois, l’ex-instit Céline Alvarez est omniprésente dans les médias, où elle promeut son bouquin « Les lois naturelles de l’enfant » (Les Arènes). Sur les réseaux sociaux, on parle aussi beaucoup de Céline Alvarez, notamment dans les milieux enseignants, où les pro-Alvarez, très enthousiastes, et les Alvarez-sceptiques, sourcils froncés, s’opposent dans des débats assez intenses.

La météore Alvarez

Pour ceux qui seraient passés à côté d’Alvarez, on renverra à cet article de Télérama paru il y a quelques mois et retraçant son « expérience » : trois années en maternelle en ZEP à Gennevilliers dans le cadre d’un projet validé par l’Education Nationale, où Alvarez garde la même classe dans le but de tester une méthode pédagogique fondée sur les principes de Maria Montessori enrichis des apports des neurosciences.  Le bilan présenté est impressionnant, l’évolution des enfants considérable. Alvarez démissionne pourtant dans la foulée en 2014, l’Education Nationale ne donne pas suite à son expérience, mais de toute façon Alvarez avait d’autres projets, d’autres ambitions : s’appuyer sur son expérience pour changer l’école, non plus de l’intérieur mais de l’extérieur.

Alvarez enchaîne les conférences : en mai 2015 elle intervient dans le cadre du colloque européen contre le décrochage ; en août elle expose sa méthode et propose un accompagnement théorique devant 200 enseignants venus de toute la France ; en décembre elle donne une conférence pour l’Education Nationale devant 500 enseignants parisiens ; en juillet 2016, ce sont trois journées de rencontres où elle partage les ressources didactiques utilisées à Gennevilliers avec 700 personnes venues du monde entier.

Enfin quelqu’un qui fait bouger les choses

Dans ces conférences, beaucoup d’enseignants, notamment de maternelle, qui sont séduits par le travail d’Alvarez et souhaitent s’inspirer de son expérience.

Pour de nombreux instits, Céline Alvarez est celle qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, celle qui a le courage de prendre la parole afin de faire changer les choses. Le constat que l’école ne fonctionne plus est largement partagé par ces enseignants qui jugent l’école figée, sclérosée, incapable de lutter contre les inégalités et d’offrir aux élèves les conditions d’un plein épanouissement. Ces instits sont sensibles au message de bienveillance et de respect des rythmes naturels de l’enfant, ils sont à la recherche de nouvelles voies et n’hésitent pas à remettre en cause le système éducatif, attirés par les pédagogies dites alternatives : Céline Alvarez est pour eux une figure de l’enseignante innovante inspirante, son refus de l’immobilisme et sa capacité à se donner les moyens de parvenir à ses fins, une source de motivation. « Ce serait chouette qu’enfin les collègues qui bossent bien sortent de l’ombre », peut-on lire.

Certains en feraient presque une passionaria : si elle a claqué les portes de l’Education Nationale, c’est parce qu’on ne lui donnait pas la possibilité de poursuivre, partir était la seule cohérence possible. D’une certaine façon, le fait qu’elle ait du démissionner est une preuve qu’elle est révolutionnaire : l’EN est une machine impossible à réformer, rigide, qui rejette les initiatives originales, où on n’aime pas les têtes qui dépassent, les donneurs de leçon.

Une assise théorique moderne

Au-delà de l’énergie du personnage Alvarez, bien des enseignants se reconnaissent dans le fondement théorique de sa démarche. Les pédagogies alternatives ont toujours retenu l’attention d’une partie des enseignants, particulièrement la méthode Freinet, et la poussée Montessori très sensible depuis plusieurs années séduit aussi à l’intérieur même de l’école publique, notamment en maternelle.

Nombreux sont également ceux à ne pas comprendre pourquoi les neurosciences, en plein essor depuis deux décennies et dont les travaux permettent de comprendre enfin comment fonctionne le cerveau, donc comment l’enfant apprend, ne sont pas présentes à l’école, ni dans la formation initiale, ni dans la formation continue. Dans la foulée d’un Stanislas Dehaene, auteur de « Les neurones de la lecture » et proche de Céline Alvarez, plein d’instits pensent que les sciences cognitives permettraient d’objectiver l’enseignement qui, comme le dit Alvarez, « est un art, mais surtout une science »

Les profs agacés ? Des jaloux.

Pour ces profs séduits par la méthode Alvarez, le scepticisme voire le rejet des autres enseignants est à mettre sur le compte de leur immobilisme. « Trop d'enseignants demeurent héritiers d'un système scolaire dont la première mission reste trop souvent de classer, sélectionner, dégager une élite » peut-on lire. Les enseignants qu’Alvarez énerve sont des jaloux, agacés qu’elle ait réussi là où les autres ont échoué et qui ne savent pas se remettre en cause. Cette méfiance envers Alvarez ne fait que renforcer l’adhésion de ses laudateurs, qui voient y la confirmation qu’elle appuie là où ça fait mal.

Ce qu’Alvarez fait n’a rien de révolutionnaire et discrédite les autres profs innovants

Parmi les Alvarez-sceptiques, beaucoup regrettent qu’elle soit présentée par les médias comme une enseignante révolutionnaire : bien d’autres enseignants en font autant tous les jours dans leur classe depuis des années sans tambour ni trompette et la plupart de ses propositions relèvent du simple bon sens. « Beaucoup d’enseignants cherchent à impliquer et motiver leurs élèves, développer les interactions entre les élèves, les projets, la construction des outils d’apprentissages... On n’a pas attendu Céline Alvarez », peut-on lire.

En enfonçant des portes ouvertes, Alvarez jette également le discrédit sur l’ensemble de l’école, y compris ceux qui font bouger les choses en silence : "L’enfant apprend en étant actif et pas passif, quand il est aimé et pas jugé" parait une lapalissade à bien des enseignants, mais en l’énonçant ainsi, Alvarez sous-entend que la norme à l’école, c’est la passivité de l’élève et le jugement de l’enseignant ; de même quand elle écrit sur son site « nous avons tout fait pour que les enfants puissent réellement être connectés, rire, échanger, s’exprimer, s’entraider, travailler et vivre ensemble », cela parait chose exceptionnelle, quand des milliers de profs peuvent en dirent autant. Et eux sont toujours dans leurs classes, à tenter de faire changer les choses au jour le jour, dans l’anonymat et loin de l’autopromotion.

Trois petits tours et puis s’en va

Certains enseignants reprochent également à Alvarez de n’avoir enseigné en tout et pour tout que trois années, dans un contexte unique et particulier puis d’avoir quitté le navire, pour ensuite prendre la parole en experte d’un système qu’elle n’a pour ainsi dire que peu fréquenté – d’où une présentation de l’école jugée caricaturale et manichéenne. Manque d’humilité, méconnaissance de la diversité des pratiques et des contextes : comment peut-on penser ainsi avoir fait le tour de la question éducative quand des années de pratiques sont indispensables pour comprendre les subtilités de ce métier ?

Alvarez n’est pas une véritable enseignante et n’a jamais voulu l’être, tout dans son projet était écrit à l’avance, l’école n’était qu’une courte étape, nécessaire : d’ailleurs elle ne s’en cache pas, énonce très clairement qu’elle n’a passé le concours de professeur des écoles que pour infiltrer le système ponctuellement et tester sa méthode.

Une expérience très particulière

On reproche aussi à Alvarez d’avoir bénéficié, lors de son expérience à Gennevilliers, de conditions tout à fait particulières : un emploi du temps en marge de l’école (pas de services pour Alvarez), une Atsem supplémentaire (« payée par l’association « Agir pour l’école », présidée par le directeur de l’Institut Montaigne, think tank clairement dédié à la défense du libéralisme », note Paul Devin dans un billet de blog très critique), élèves gardés dans une même classe trois années durant, mise à disposition d’un matériel spécifique coûteux. On comprend que l’école Jean-Lurçat n’ait « pas spécialement gardé bon souvenir des moyens privilégiés et du statut particulier dont a pu bénéficier Céline Alvarez pendant trois ans ».

« Imaginez demain en entreprise un collègue qui fait le même métier que vous arrive et demande un assistant, du matériel spécifique hors de prix, un aménagement du temps de travail qui ne concerne que lui… ». Ces conditions d’exercice et ce statut privilégiés ne sont pas reprochés à Alvarez par jalousie, mais pour insister sur le caractère très spécifique de son expérience et en nuancer la portée universaliste : de telles conditions ne pouvant être mises en place à l’échelle du pays (trop cher en moyens humains et matériels), l’expérience Alvarez ne peut valoir pour l’école dans son ensemble. Ce qui s’y épanouit en marge ne peut par définition se développer en son cœur. D’où le soupçon de servir la soupe à l’école privée, qui seule pourrait mettre en place la méthode Alvarez.

Autre reproche : si l’expérience Alvarez peut être pertinente en maternelle, quid de l’élémentaire, où elle n’a jamais enseigné ? Plonger l’enfant dans l’agir et dans l’expérience a davantage de sens quand il s’agit d’apprendre à boutonner que lorsqu’il doit identifier le complément du nom.

Une base théorique contestée

Si pour les enseignants séduits par Alvarez l’alliance Montessori – neurosciences représente le ticket gagnant, pour les autres au contraire cela constitue plutôt deux raisons de se méfier davantage. D’une part, le grand effet de mode des méthodes Montessori en vogue dans les écoles hors contrat à 600 € par mois peut facilement susciter la crispation, voire le sourire narquois. Même ceux initialement attirés par la pédagogie Montessori peuvent à l’occasion s’en détourner (une enseignante raconte cela de manière très intéressante sur son blog maitressepatate... qu'elle a préféré fermer devant l'avalanche de commentaires agressifs...). Signalons qu’Alvarez elle-même, si elle dit s’inspirer de Montessori, se désolidarise du mouvement pédagogique actuel.

D’autre part, les neurosciences sont perçues avec méfiance par nombre d’enseignants : non parce que les sciences cognitives n’auraient rien à apporter à l’éducation et à l’enseignement, mais en raison de la propension de leurs promoteurs à se croire détenteur de la seule et définitive vérité, au détriment d'autres approches.

Comme le résume Paul Devin : loin d'une unanimité scientifique, il faut « affirmer la nécessité préalable de rechercher un consensus entre chercheurs » et « considérer que ces consensus permettent, tout au plus, de dégager des recommandations mais ne peuvent suffire à prôner une méthode universelle, capable de résoudre l’ensemble des problèmes » ; « vouloir chercher les réponses dans le champ d’une seule discipline est une impasse assurée ».

Dans le même ordre d’idées, Alvarez peut facilement donner l’impression de se présenter en détentrice du Grand Savoir : or, comme le note Devin, « le grand paradoxe des propos de Céline Alvarez, c’est de fustiger les querelles de méthode pour en défendre une nouvelle »

On pourrait croire que ce scepticisme est porté par les enseignants enclins à l’immobilisme, or c’est l’inverse : c’est précisément d’une frange novatrice des profs que vient le doute. Il y a bien des manières d’être innovant dans l’enseignement, et pour beaucoup Céline Alvarez donne l’impression d’être la seule et unique.

Au fond, il est rassurant de voir que, promoteurs ou détracteurs de Céline Alvarez, tous ces profs sont déterminés et investis dans leur travail, chacun à leur façon...

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Publié par Lucien Marboeuf / Catégories : Non classé

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  • Mathilde

    Et bien moi je suis dedans: je suis enseignante et j'essaie de mettre en place pour l'élémentaire ce que Céline Alvarez a fait pour la maternelle. Cela fait maintenant 3 ans que je la suis. Je la connais d'avant la médiatisation. Et pourquoi? Parce que c'est dur, parce que j'étais en souffrance, parce que ce que j'ai appris à l'IUFM ne me permettait pas de faire face aux difficultés du terrain. Pourtant j'ai cherché, j'ai essayé, j'ai mis en place de la différenciation, bref je me suis bougée. Je suis de nature travailleuse, nous sommes beaucoup à l'être. J'ai trouvé des choses très intéressantes : pmev , Freinet...J'ai fait des mélanges. Il y a des choses qui marchaient oui mais jamais pour tous. Un jour, à force de chercher je suis tombée sur des vidéos américaines (je cherchais partout) d'environnements Montessoriens... et là... ben j'ai découvert quelque chose que je n'avais jamais vu. Vous allez me trouver idiote et niaise mais quand j'ai regardé pour la première fois ces vidéos j'ai pleuré. J'ai eu une forte émotion. Mince, l'école ça pouvait ressembler à ça: l'enfant en mouvement, l'enfant qui parle, qui rit ... et du bruit et en même temps de l'ordre. L'ordre dans le mouvement. Alors que moi, avec certaines classes (d'autres se reconnaîtront) je me galérais dans le chaos (de la classe - chaos je l'avoue est un peu fort m'enfin on en était pas loin) et l'immobilisme (de l'enfant). Je suis quelqu'un de carré, je n'aime pas le bazar mais parfois même avec la meilleure des volontés ... Le sacro-saint silence de la classe laborieuse et concentrée au travail...hum... J'ai lu Montessori et là, deuxième choc au coeur, tout faisait écho en moi, sa vision de l'enfant, son matériel d'une pertinence incroyable, sa foie dans des valeurs de paix, de fraternité. J'ai commencé à mettre en place de petites choses et je suis tombée sur Alvarez. Dans mon école en maternelle, une collègue était lancée elle aussi. Alors j'ai pris mon courage à deux mains et boum j'ai essayé. Je cherche, je m'aide des avis des uns et des autres. c'est sûr que Céline n'est pas la seule à œuvrer mais elle, elle est devenue une voix derrière laquelle d'autres s'entendent parler. Tout le monde peut ne pas l'aimer mais franchement, ceux qui ne l'aiment pas ne l'ont pas lue, n'ont pas lu Montessori. Il y a beaucoup de préjugé sur Montessori en France, et oui, il y a des profs immobiles et figés dans leur pratique. D'ailleurs mes difficultés à rénover mes propres pratiques viennent de mon entourage au travail. je suis stigmatisée parce que je ne fais pas comme tout le monde, parce que je n'adhère pas au système. La difficulté vient de mes collègues, on me dit bonjour du bout des lèvres... Je souffre du conformisme et il y en a beaucoup dans notre métier. Les petits soldats de la république... et bien moi il y a des jours où j'ai envie de quitter le navire et d'enseigner dans le privé. Je ne le fais pas parce que je veux agir sur ces gamins qui n'ont rien et qui n'ont pas un environnement épanouissant. Je veux l'école démocratique qui donne la chance à tous. Et c'est possible! C'est faux de dire que l'installation de Céline ne serait pas jouable financièrement: si nous pouvions acheter le bon matériel avec notre budget alloué en fin d'année pour nous équiper. Marre des Nathan et Bourrelier... Si je pouvais acheter autre chose...Une classe d'inspiration Montessorienne quand elle est montée, elle ne coûte plus. Le personnel, et bien en s'organisant un peu on peut trouver des choses à faire - des aménagements différents. On est tous à fabriquer notre matériel, on est prêt à mettre de notre poche. L'éducation nationale, du coup j'y reste. Mais c'est dur!! Des enseignants qui se donnent du mal, qui bossent, qui sont très sérieux, qui veulent la meilleure école... il y en a - tous les profs veulent faire réussir leurs élèves. Mais l'innovation c'est quoi? Innover ce n'est pas ça. C'est se mettre en danger dans ses pratiques. C'est sortir de sa zone de confort. C'est aller voir ailleurs ce qui se fait pour faire autrement. C'est adapter des choses qui existent pour en refaire quelque chose d'autre qui marcherait et qui serait transposable dans d'autres cas. Innover, expérimenter ça ne se fait pas dans l'ombre. On ne change pas un système en demeurant caché. Il faut si quelque chose marche le dire, le diffuser, essayer de convaincre... C'est notre devoir de citoyen.

    • marboeuf

      Merci pour ce témoignage, Mathilde.

    • Estelle

      Merci Mathilde pour votre combat de tous les jours et votre témoignage. Je suis assez loin de ça (prof de fac!) mais je suis convaincue par l'expérience qu'Alvarez a mené, et ce triste constat de 40% d'élèves en difficulté après le CM2. Alors, s'il vous plait, ne lâchez pas, pour vos élèves, pour leurs parents, et pour une société meilleure? Voyons grand :o)

  • azop

    Il y a une grande imposture dans l’éducation nationale qui est celle de faire croire qu’elle avantage les élèves intelligents.
    En fait, elle sélectionne des élèves qui ont une grande mémoire.
    Tout l’enseignement est basé sur la mémoire : l’histoire avec les dates, la géographie avec les caractéristiques des pays, les sciences avec les résultats des phénomènes, les langues étrangères avec le vocabulaire et la grammaire, et même les mathématiques ou il suffit d’apprendre comment résoudre tous les principaux problèmes pour ensuite retomber sur un problème similaire aux examens.
    C’est ce que fait une partie des candidats aux concours des grandes écoles : s’entraîner à résoudre tous les problèmes possibles pour tomber sur un similaire au concours.
    C’est pourquoi il y a peu d’élèves surdoués qui réussissent à l’école, ils sont laminés par les besogneux qui retiennent des pages entières d’un simple coup d’œil.
    Évidemment, comme le système se ré-alimente par le haut, ce n’est pas près de s’arrêter…..

    • thais

      Donc d'après votre raisonnement : seul les élèves sur-doués auraient le droit de réussir à l'école. Depuis quand le travail, l'effort sont devenus des valeurs péjoratives dans notre pays.

  • bigshift

    Fils de prof, mari de prof, père, ancien enfant donc ancien élève, féru des sciences de l'apprentissage et du développement, il se peut que vous ne me prêtiez pas la crédibilité suffisante pour répondre à cet article, car il me serait impossible de survivre intellectuellement dans un cadre institutionnel aussi désespérant que celui ou vous vous trouvez.
    Trois petits tours et puis s'en va: ou comment jeter le discrédit sur le travail d'une chercheure en neurosciences qui a eu le courage de passer les épreuves nécessaires pour accéder au poste d'enseignant avec le projet fou de mettre à l'épreuve ses convictions par la pratique.
    On nous dit qu'elle fait de l'ombre à des profs qui travaillent dans l'ombre, ce qui est absurde. Les seuls profs qui mériteraient d'être entendus sont donc ceux qui innovent dans leur coin, mais pas trop, et surtout sans jamais remettre en question le cadre dans lequel ils exercent. Ce raisonnement pseudo-logique m'échappe.
    Cela fait des décennies que les thérapeutes et éducateurs crient qu'il faut changer les conditions de l'éducation et cesser de considérer l'enfant comme un récipient, un sauvage qu'il faut formater, convertir à des "valeurs" qui sont l'obéissance aveugle, la compétition le conformisme, et surtout la passivité intellectuelle masquée par un contrôle des corps censés simuler l'enthousiasme naturel dont ils sont privés.
    La conception de l'élève actif que vous dites recherchée par tant de professeurs n'a rien à voir avec l'enfant actif selon Montessori. Vous cherchez à obtenir des enfants participant activement à une activité imposée, c'est à dire un enthousiasme dicté, contrôlé. Veuillez vouloir!
    Tout cela est à mille lieu de la mise en place d'un environnement favorable au développement naturel de l'enfant, cela va même à son encontre.
    « Beaucoup d’enseignants cherchent à impliquer et motiver leurs élèves, développer les interactions entre les élèves, les projets, la construction des outils d’apprentissages... On n’a pas attendu Céline Alvarez »
    Oui beaucoup d'enseignants font cela, sans aucune reconnaissance, voire pire ils sont stigmatisés, désignés comme des éléments perturbateurs ou au mieux comme des idéalistes un peu illuminés, des exceptions qui confirment la règle. C'est pour cela que la démarche de Céline Alvarez est différente et beaucoup plus difficile à étouffer.
    Quelle mal y-a-t-il à pointer du doigt le caractère contre-productif et délétère de l'Éducation nationale, avec ses programmes imbitables, ses contraintes kafkaïennes, son caractère profondément antidémocratique ? Comment peut-on espérer y faire naître ne serait-ce qu'une once d'esprit citoyen ? N'allez pas nous raconter que les véritables innovations sont encouragées: tout vient par le haut comme une vérité divine, les réformes se succèdent à un rythme effréné, et ni l'institution ni les médias ne donnent la parole aux principaux concernés: les enseignants et les enfants.
    Les économistes orthodoxes ont inventé l'Homo Oeconomicus pour pallier à l'incompatibilité de leurs théories avec la plupart des constats anthropologiques les plus établis. Il en est de même avec cette notion de l'élève ou de l'apprenant, derrière lequel disparaît l'enfant, ses sensibilités et son développement biologique.
    Elle génère un clivage: et alors ? Avec ce type de raisonnement, on se retrouve à ne rien pouvoir remettre en cause sous prétexte que ce serait clivant.
    Depuis les années 60 nombre de chercheurs et thérapeutes tirent la sonnette d'alarme, on leur répond qu'ils sont bien gentils mais que la pédagogie n'est pas une science exacte et que par conséquent ils n'ont pas voix au chapitre. Aujourd'hui, les neurosciences ne font que redémontrer de manière implacable ce qui a déjà été dit, et c'est alors que "les enseignants se méfient des neurosciences".
    Les neurosciences sont entrain de façonner notre monde à travers le marketing, la politique, le divertissement, le sport, la thérapie et j'en passe mais il ne faudrait surtout pas tenir compte de cela dans l'éducation, vous comprenez ? pas moi.
    Autre objection: les travaux de Montessori évoqueraient les écoles privées, ce qui devrait être perçu comme un signal d'alarme. Cela signifie qu'il ne faudrait pas appliquer dans le public une méthode qui marche simplement parce qu'elle existe dans le privé ? Faut-il absolument dans l'esprit de ces enseignants que l'enseignement idéal soit réservé à ceux qui ont du fric ?
    Sophisme: Devin dit « le grand paradoxe des propos de Céline Alvarez, c’est de fustiger les querelles de méthode pour en défendre une nouvelle », ce qui est aberrant dans la mesure ou on ne peut pas comparer les querelles de chapelle entre aristocrates de la pédagogie pédante et volontairement ou inconsciemment absconse et un réel changement de paradigme, c'est-à-dire le changement de cadre institutionnel en façonnant un environnement autour de l'enfant et pas le contraire.
    Il ne s'agit pas ici d'une nouvelle méthode de plus, mais bel et bien de la prise en compte de faits scientifiquement éprouvés dans un environnement coupé du monde vivant, de la nature, de la cité, sous couvert d'homogénéiser une population considérée comme incapable de juger ce qui est bon pour elle. On infantilise les enfants, parents, et professeurs. Libre à ceux qui le souhaitent de cautionner un modèle aussi toxique que celui-là. Pour combien de temps encore ? Personellement, je vis dans un monde différent, dans lequel l'enfant est déjà une personne.
    Ce n'est pas de la starification d'Alvarez qu'il s'agit mais bien de nos choix d'éducation rendus opaques par de perpétuelles querelles intestines. L'école n'a plus le droit d'être fermée, on voit ou ça nous a mené. nous devons cesser de vouloir à tout pris contrôler l'avenir et accepter qu'on ne sait rien de l'enfant, faute de lui avoir donnée la parole et la liberté qui lui reviennent de droit. Il est temps de mettre fin à cet immense gâchis.
    Les Alvarez-sceptiques gesticulent sur le radeau de la méduse, et Alvarez en Joconde sourit, et tient son cap avec tout un équipage bien décidé. Je leur souhaite d'arriver à bon port.

    • DS

      Peut-on discuter d'une situation sans se faire insulter?
      Je trouve passionnant le travail de Céline Alvarez, chercheuse et elle m'apporte beaucoup dans ma réflexion d'enseignante en maternelle. Mais voilà, on peut aussi dire qu'au delà de son travail tout à fait enrichissant dont je m'inspire en partie, il y a son "expérience" qui n'a pas été réalisée en "milieu ordinaire".
      Dans ma classe de 42 mètres carré il y a 31 enfants de 4 ans, nous sommes deux adultes avec eux. J'assure tous mes services et la direction d'école... Alors oui parfois j'exige le silence parce que sinon nous deviendrions fous, oui parfois les élèves sont seuls avec l'ATSEM parce que mon rôle de directrice m'accapare, oui parfois j'arrive dans ma classe seulement à 8h50 parce qu'un parent a besoin de mon aide et parfois (oh la grosse vilaine rétrograde maîtresse) j'impose une activité collective pour faire baisser la pression (nous chantons tous ensemble ou je lis une histoire ou je raconte...)
      Et en plus tout le matériel préconisé ne rentre pas dans ma petite classe même quand j'ai retiré tous les meubles.
      Oui le travail de Mme Alvarez est nécessaire en ce qu'il nous a fait découvrir les neurosciences mais je crois aussi nécessaire de garder notre sang froid et de l'adapter à notre réalité de tous les jours. Peut-être nous aidera-t-elle à obtenir les moyens dont l'école a tant besoin (il ne s'agit pas toujours d'argent mais aussi de formations utiles)? Mais je ne pense que son combat soit celui-là ni celui de nos dirigeants depuis de nombreuses années.
      Une institutrice anonyme et ravie de l'être.

      • bigshift

        Si mes propos sont assassins, c'est à l'égard du cadre institutionnel que vous subissez, pas à l'égard des enseignants qui tentent de le transcender par des efforts souvent non reconnus. Loin de moi l'idée de vous dénigrer.
        La question du matériel est accessoire. Les contraintes sur les modalités d'enseignement sont bien plus déterminantes. C'est le rapport à l'enfant qui est en cause. J'en veux pour preuve l'expérience de l'École Mutuelle, mise en place pour les enfants les plus pauvres à l'époque de la Restauration, soigneusement avortée par les institutions de l'époque car produisant trop d'autonomie: "(...) Or cette école a été fermée parce qu'on lui reprochait deux choses :
        les élèves apprenaient en trois ans le curriculum prévu pour six et ils n'apprenaient pas le respect du savoir !" (Anne Querrien).
        Aujourd'hui non plus le respect du savoir n'est pas acquis: l'angoisse induite de ne pas trouver un travail s'y est substituée.
        Je ne peux que louer des démarches comme la vôtre tout en me faisant apôtre de l'insubordination, j'entends par là: aller beaucoup, beaucoup plus loin dans cette créativité en dépit de tous les freins inhérents à votre statut. Les moments précieux de chant en groupe sont une porte ouverte vers la beauté du monde, je ne me permettrais pas de mettre ce type d'activité dans le même sac que le reste.
        C'est justement les particularités d'enseignants comme vous qui me font espérer qu'un jour l'institution sera dirigée par le bas, ce qui ferait de notre pays une véritable démocratie.
        Vous êtes l'élément clé de ce progrès, à condition que l'on ne vous mette pas de bâtons dans les roues. Bien à vous.

  • http://www.super-julie.fr Super-Julie

    Merci Lucien. Bien décortiqué. Reste à savoir ce que l'on peut appliquer dans la réalité et comment s'inspirer au maximum du positif de cette expérience.

  • Zartine

    L' ATSEM de Céline Alvarez n'était pas en plus. Anna Hirsch assistait l'enseignante dans une école classée REP (ou ZEP, je ne sais plus à l'époque) et en plan violence avec 25 enfants la première année, 25 la deuxième et 27 la dernière. Ce qui en REP est normal. Donc une enseignante et une ATSEM pour une classe, ce qui devrait être le cas partout !

  • http://www.hyperbate.fr/dernier/ Jean-noël Lafargue

    Ce qui est énervant avec ce cas, c'est que tout le monde a envie d'y croire au delà du raisonnable, elle devient le nouveau messie. Mais au moins elle essaie, ce n'est pas comme si l'école fonctionnait bien - malgré des bonnes volontés.
    Je ne comprends pas pourquoi parler du coût des écoles Montessori alors qu'on parle ici de l'école publique !?
    Enfin ceux qui la saquent ont bien raison d'un point de vue purement tactique : dans l'EN, l'inertie, la maltraitance (des élèves, des profs), la négativité, le refus de toute nouveauté, la critique permanente, sont vivement encouragés et toujours gagnants.

  • pianto

    Il y a un certain nombre d'erreurs dans votre message, par exemple, la "méthode" Boscher n'apprend pas à lire mais à déchiffrer, lire c'est faire du sens, comprendre. Si cette méthode a été abandonnée c'est parce qu'elle permettait à beaucoup de lire mais à trop peu de comprendre.
    Moi-même, je suis capable de dire le contenu d'un journal portugais mais pas d'en comprendre le sens, je ne sais pas lire le portugais.
    L'argent dans l'éducation nationale est gaspillé de manière considérable. Un inspecteur par exemple, ça ne sert en général à rien, un salaire d'inspecteur c'est 100 classes équipées comme celle de Mme Alvarez en un an. Chaque année, on achète des millions d'euros de fournitures, en peu de temps on peut équiper toutes les classes maternelles de France si on le souhaite. 600 € par classe, ce n'est pas le bout du monde. Les locaux ne sont pas à adapter le moins du monde. Elle a mené son expérience dans une classe lambda sans aménagement particulier.

    Les techniques employées par Mme Alvarez ne datent pas d'hier, elles ont près d'un siècle et là on a des résultats mesurés scientifiquement (scanners du cerveau mesurant le développement cognitif)
    mais bon il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre...

    • thais

      Pas d'accord, à l'époque de la méthode Boscher : 6% d’illettrés. Et 94% qui ne le sont pas. Ce qui signifie qu'avec la méthode Boscher seulement 6% des élèves n'arrivaient pas à lire un texte de plus de 6 lignes et à en extraire les informations donc à le comprendre. Ces 6% c'est déjà trop et pour eux il faut changer de méthode mais juste pour eux. Mais lisez les autres commentaires d'enseignantes qui voulaient appliquer sa méthode mais qui n'avaient l'espace de classe nécessaire. Les locaux qu'elle occupait ne sont pas la norme actuelle des locaux des classes de primaire. Elle avait des aménagements de matériels, de locaux et de structure. Le nier déconsidère votre argumentation. De plus, pour avoir vu les dégâts de certaines méthodes à court, moyen et long terme (par exemple l'introduction des nombres en maternel dans le programme de 2002-2008) une méthode s'évalue aussi dans le temps mais je ne remets pas en cause ses résultats qui sont excellent, je remet en cause le personnage.

      • pianto

        elle n'avait aucun aménagement particulier en termes de locaux. Il n'y en a aucun besoin.
        Aucune méthode n'a jamais atteint les 94% de réussite. Ces statistiques ne sortent d'aucun organisme sérieux. Il n'y a jamais eu si peu d'illettrisme en France à aucune époque.

  • Fanny

    3 ans avec un seul groupe-classe, ce n'est pas suffisant pour valider une méthode, surtout que madame Alvarez n'a rien publié : on ne sait pas quel moyen elle a employé pour évaluer de façon objective la progression de ses élèves. Constater des progrès sans données objectives, c'est le meilleur moyen d'être victime de ses propres biais cognitifs, et affirmer "ça marche" ne suffit pas à prouver l'efficacité de sa méthode... User de cette façon de faire alors que l'on se réclame des neurosciences c'est un peu faire la démonstration que l'on a pas compris comment les sciences se construisent, ce qui jette un discrédit sur le sérieux de sa démarche... L'esprit critique et la méthode scientifique devraient être enseignés... pourquoi pas à l'école, tiens ! 😀 😉

    • Marie

      Justement, il y a des données objectives puisque les élèves ont passé des tests avec des chercheurs avant le début de l'expérience puis après chaque année (bien que l'EN ait refusé ces tests à partir de la 2ème année). Et les résultats indiquent que la plupart des enfants ont des résultats en lecture et en mathématiques supérieurs à leur classe d'âge (niveau fin de CP, voire CE2 pour certains en maths).
      Vous en connaissez beaucoup des approches pédagogiques qui sont évaluées aussi scientifiquement ?

      • Calou

        Des données objectives sur un si court terme n'ont pas vraiment de valeur. Par ailleurs, il faut aussi une étude de cohorte pour évaluer que les bons résultats aux tests ne soient pas le résultat d'un entraînement intensif juste avant celui-ci. La publication des épreuves proposées aux élèves n'ayant toujours pas eu lieu, nous devons aussi rester prudents. Enfin, ce qui est remis en question par de nombreux profs n'est pas tant les résultats (beaucoup de profs en obtiennent sans aucun doute d'aussi bons, à moins de croire que Céline Alvarez soit une sorte d'élue) mais la présentation de sa méthode comme LA méthode, ce qui n'est pas qu'une déformation médiatique : Céline Alvarez fait son beurre là-dessus. Beaucoup disent s'inspirer de Céline Alvarez alors qu'ils ne s'inspirent en réalité que de travaux plus anciens, dont ceux de Montessori. Le résultat est parfaitement décrit par l'article de Marbeuf : le discrédit tombe sur les enseignants dans leur ensemble, sans considération pour les moyens souvent dérisoires qu'ils ont (les ATSEM à temps complet formés à la pédagogie ne courant pas les rues à Marseille, par exemple et peu d'enseignants bénéficient d'une dotation matérielle de 10 000 euros financés par un lobby privé). Quant aux effectifs dans les classes, ils restent une question centrale car la réussite d'une "méthode" est en réalité bien plus souvent liée à la personnalité du professeur et à son investissement. Or tous les enseignants, notamment ceux qui sont parents, ne peuvent pas se permettre de travailler des heures pour leur classe comme Céline Alvarez, qui donnait tout pour seulement trois années de sa vie, pouvait se le permettre.

  • Jean Domas-Francesconi Tapaker

    Jusqu’à 5 ans, un gosse ça s'éduque pas mais ça se dresse.

  • marboeuf

    Je crois dans cet article avoir relayé les avis pour et contre, pour une bonne raison d'ailleurs : j'ai du mal à avoir un avis tranché sur le "cas" Alvarez... Il me semble qu'il y a des choses intéressantes chez elle et d'autres me gênent.
    Tout comme me gêne le raccourci que vous faites entre ceux qui n'ont jamais quitté l'école et les autres : d'une part on est nombreux à avoir connu une autre vie professionnelle avant d'enseigner, d'autre part il me semble que la qualité et la compétence est très équitablement répartie sur les uns et les autres (tout comme les incompétences, d'ailleurs, il n'y a pas de raison !).

    • jerome

      Je suis d'accord avec vous sur mon raccourci, on peut évoluer sans se déplacer, comme on peut rester le même en variant les expériences, il est cependant plus facile de voir un système de l'extérieur que de l'intérieur.
      Il y a pléthore de soi-disant "formateurs" qui n'en sont pas et des enseignants qui sont d'excellents pédagogues, cependant
      ce sont les proportions qui différent, un mauvais formateur devra s'améliorer sinon il aura de moins en moins d'activités alors qu'un mauvais enseignant sera muté (plusieurs personnes de mon entourage sont enseignants et constatent ce fait à répétition) sans être accompagné pour s'améliorer.

      Sinon, je suis en complet désaccord avec votre vision du "pour et contre", sous couvert d'objectivité, c'est un article à charge. J'ai trouvé dans votre article de nombreuses figures empruntés aux sophistes pour décrédibiliser l'adversaire (voir l'excellent livre "l'art d'avoir toujours raison" de Nicolas Tenaillon).
      Il serait plus objectif de préciser dés le début que vous êtes contre et de ne pas faire pas semblant d'être objectif (ça me rappelle des profs d'économie quand ils nous parlaient "en toute objectivité" de la merveilleuse URSS et des horribles USA))

      • Calou

        Je ne serai alors pour ce qui me concerne pas aussi "sophiste" que ce que vous reprochez à Marbeuf de l'être : je suis contre la "Celinealvarezmania".

        Car je suis contre les expérimentations faites en dehors des réalités de terrain, sauf si celles-ci cherchent à prouver qu'il faut justement changer l'environnement pour pouvoir progresser.
        Car je suis contre les personnes qui donnent des leçons aux autres après trois ans de pratique dans des conditions privilégiées et dans l'optique consciente de quitter le navire après.
        Car je suis contre les personnes qui pactisent avec les multinationales pour des missions d'utilité publique, alors qu'elles devraient en être radicalement écartés pour l'intérêt collectif.
        Car je suis contre les systèmes de gourou qui prétendent avoir trouvé une méthode miracle et font leur beurre dessus.
        Car je me méfie instinctivement de ceux qui reçoivent l'onction des médias détenus par 9 milliardaires.

        Militant de l'éducation nouvelle depuis plus de 10 ans, je mène moi-même des pratiques innovantes dans ma classe qui font le bonheur de mes élèves et de leurs parents. Mais je refuse qu'on instrumentalise ces pédagogies pour mieux tester sur des cobayes de l'école publique ce que l'on mettra plus tard en place dans les écoles privées des élites bourgeoises... quand ce n'est pas pour justifier la baisse des moyens dans l'Education Nationale (puisqu'il existe une méthode miracle !), ainsi que le décrit l'IPP en conclusion de l'une des autres expérimentations derrière laquelle se cache Agir Pour l'Ecole (projet LECTURE).

        Un pédagogue disait qu'il n'y avait pas seulement une notion d'efficacité dans la qualité des techniques pédagogiques : il y a aussi une question d'éthique. Ce qui fait cruellement défaut à cette businesswoman.

      • marboeuf

        Je n'ai jamais prétendu à l'objectivité. J'ai voulu dans ce post de blog donner un aperçu de ce que pensent les enseignants (paroles entendues, lues, dans la vraie vie, sur les réseaux sociaux, etc.) de Céline Alvarez. S'il apparait in fine que la balance penche d'un côté, ce n'est pas tant le reflet de mon opinion propre que le reflet de l'opinion des enseignants, dont je pense pouvoir dire qu'ils sont majoritairement, mais nullement intégralement, agacés par le phénomène Alvarez. Si vous percevez mon avis personnel, il ne peut être que nuancé : ni totalement anti, ni franchement pro. Je le répète : il y a des choses intéressantes à retirer de l'expérience Alvarez, mais des bémols à y apporter.
        Je constate par ailleurs qu'il est de plus en plus difficile dans ce pays d'avoir et de faire valoir un opinion nuancée, rapidement taxée soit de ni-ni mollasson, soit de malhonnêteté intellectuelle (si je suis bien votre propos). Les avis tranchés sont de plus en plus fréquents et non négociables, et les injonctions à trancher son opinion se multiplient : c'est exactement ce que vous faites quand vous me demandez de choisir mon camp, en quelque sorte, avec un rappel à la guerre froide qui ne manque pas de me laisser perplexe.

  • Nomis

    Bonjour et merci pour ce billet !

    Ceci a déjà été abordé dans d'autres commentaires, mais je voudrais revenir sur un argument qui m'a fait bondir :

    "de telles conditions ne pouvant être mises en place à l’échelle du pays (trop cher en moyens humains et matériels), l’expérience Alvarez ne peut valoir pour l’école dans son ensemble"

    Je ne sais pas, à la tournure de la phrase, si ce sont les propos rapportés de certains Alvarez-sceptiques ou si vous partagez cet argument, mais il est absolument faux.

    Le financement public des productions (qu'il s'agisse d'éducation ou de quoi que ce soit d'autre) n'a aucunement vocation à être plus pauvre que son pendant privé : c'est même l'inverse, car le financement public (l'impôt ou la cotisation sociale) ne rémunère pas le capital !

    Cette idée n'est valable que dans l'esprit de ceux qui pensent que ce qui est public est un coût, une dépense pour le pays, et que ce qui est privé lui apporte de la richesse !

    Ceci donne justement lieu aux politiques d'austérité qui plombent l'éducation nationale et qui pour le coup, servent la soupe au privé.

    Nous ne devons en aucun cas céder sur ce débat de fond, car nous avons en main toutes les cartes pour faire valoir une défense puis une extension de la production publique :
    Pour prendre l'exemple le secteur de la santé, l'assurance maladie lève environ 200 milliards d'euros par an en cotisations - c'est un moyen de financement très efficace !
    Dans le même temps, elle tourne avec des frais de gestion de 4 %, soit 5 fois inférieurs à ceux des mutuelles françaises - c'est un moyen de production très efficace !

  • Merwhynn

    Non mais il faut arrêter avec l'argument du "c'est trop cher pour être appliqué partout dans le public". Si l'éducation est une priorité, il doit y avoir les moyens. Plutôt que d'être septique envers une personne qui fait bouger les choses en disant "blablabla moyens exceptionnels, matériels exceptionnels... " battez-vous pour que ces moyens deviennent la norme. C'est complètement con de laisser une méthode qui marche pour le privé

  • Léticia GRANGER

    Bonjour, et merci pour cet article très intéressant. Je m'appelle Léticia GRANGER, fondatrice de RenÊtre Coaching. Spécialisée dans le développement du bien être au travail et issue des milieux de l'enseignement et de l'insertion professionnelle, il m'est vite apparu comme une évidence que mes clients d'aujourd'hui ne seraient pas en souffrance au travail s'ils avaient eu l'occasion, très jeune, de se connaître. (entre autres choses). Actuellement, je monte un projet autour de "la connaissance de soi dès l'école". Tout est à l'état embryonnaire. Et les travaux de Céline Alvarez sont en partie source d'inspiration. Je reste cependant convaincue qu'accompagner la petite enfance dans une démarche de bienveillance, d'empathie (...) n'aura de sens que si le travail se poursuit durant toute la scolarité. Je pense également qu'il existe autant d'approches que d'être humains et que de ce fait, je ne privilégierait pas l'éducation Montessori à une autre dans le cadre de ce projet. L'idée est de créer un véritable collectif dont chaque acteur (parent, enfant, personnel éducatif, Atsem, artistes, thérapeutes ...) aura un droit de regard. Je mise sur la cohésion qui manque cruellement dans le milieu professionnel actuel, mais également dans beaucoup (pas toutes) de classes. Beaucoup d'enseignants sont demandeurs, veulent réellement placer l'enfant au coeur de l'éducation, et non pas les programmes et le formatage. En effet, le problème des moyens financiers n'est pas négligeable, ni celui des freins politiques. Enfin bref, tout ça pour vous dire qu'en attendant, même si moi-même je ne prend pas pour argent comptant le contenu et l'affolement médiatique inspiré par Mme Alvarez, il n'empêche qu'elle a au moins le mérite d'ouvrir ou de réouvrir le débat. Merci de m'avoir lue. Au plaisir d'échanger et de faire bouger les choses 😉

  • gros relou

    Oui c'est bien joli mais il ne suffit pas de se donner du mal pour obtenir des résultats. Soyons réalistes, les zéros qu'on colle aux élèves sont de la seule responsabilité des enseignants. En on continue aujourd'hui en France avec un système éducatif hyper élitiste qui laisse près de la moitié des élèves sur le bord du chemin et 13% de chômeurs. Et les profs bossent, avec plein de bonne volonté, chacun dans leur coin...
    il est temps de faire un bilan et de se remettre en question.

  • Hillarym’atuer

    Je devrais être enthousiaste : Céline est jeune-et-jolie, souriante, dynamique, elle insiste sur le respect qu'on doit aux enfants et affirme que rien ne se construit sans amour. On est tous d'accord !
    Pourtant je reste sur mes gardes. Car Céline joue sur deux registres opposés, d'un coté sur celui de la bienveillance chaleureuse et de l'autre sur celui de l'objectivité scientifique. Du coup mon petit bout de chou devient comparable à un de ces singes de laboratoire, martyrs très discrets des neurosciences. Cela me fait froid dans le dos. Mengele n'est pas si loin. Notre charmante montessorienne a compris que pour être reconnue aujourd'hui il fallait parler le langage déshumanisé de la Silicon Valley. A fond donc sur les neurosciences ! et ça marche. La preuve tous les commentaires admiratifs concernant la démarche de la demoiselle. A bas ces enseignants arriérés qui n'ont pas de formation scientifique ! Depuis que la société occidentale s'est débarrassé de la notion de transcendance, la Science triomphe faute de combattants. Car si l'on n'est pas du sérail comment contester ses résultats ?.Tout devient affaire de spécialistes. Ce mépris affiché pour le savoir des ancêtres confine au néocolonialisme. Nous nous figurons supérieurs à ces cultures traditionnelles qui ont la faiblesse de valoriser les chaînes de transmission et qui n'ont pas le goût de disséquer le vivant.
    Cela dit qui est Céline Alvarez ? D'où sort-elle ? Pour moi elle fait partie de ces gens dont les dents rayent le plancher et qui finiront ministre, mais dans un style plus gracieux que celui de Rachida Dati.
    Elle me fait penser à un caillou enrobé de miel.

  • Régis

    Pour expliquer pourquoi des enseignants peuvent ne pas "aimer" cette dame. Je n'ai lu que l'intro de son bouquin, donc ne juge pas ses méthodes proprement dites mais bien son assise théorique.
    Tout d'abord, dans son intro, elle dit qu'elle a mis les meubles à hauteur des élèves ce qu'elle présente comme une révolution. Je ris. Pauline de Kergomard préconisait ça en 1880 et cela est appliqué depuis
    Ensuite, elle explique n'avoir pas fait testé tous ses élèves mais seulement les deux tiers. Pour une neuro-scientifique, ses méthodes sont très approximatives. Même en sciences sociales, on ne se permet pas ça.
    La chose qui me pose le plus de question, surtout, c'est qu'elle s'appuie sur les chiffres d'évaluations de CM2 pour justifier de son travail en maternelle. Or, il y a des évaluations en CE1 nationales. Mais je pense que les chiffres ne cadrent pas avec ce qu'elle veut démontrer.
    Enfin, dans ma classe, les élèves apprennent, manipulent, rient, expriment leurs émotions et vont en récréation (il se passe tant de choses pour les enfants en récréation hors des adultes que je trouve criminel de les supprimer). C'est pas tout le temps facile mais dès la petite section, on met en place plein de choses qui leur sont bénéfiques tout en rentrant dans un cadre dont ils auront besoin après. Parce que je serais curieux de voir comment se sont comporter les élèves qui sont restés trois ans avec cette dame une fois arrivés dans un CP classique.
    Après, il ne faut pas nier que nombre de collègues sont en difficulté et si ça peut en aider certains (et c'est le cas) tant mieux. Comme Justin Bieber a peut-être amené quelques boutonneux vers la musique

  • Damien Le Goff

    Bonjour,
    J'aimerais attirer l'attention sur quelques points concernant les travaux de
    Céline Alvarez.
    1/ L'expérience :
    . On ne peut pas affirmer que les résultats de Céline Alvarez soient prouvés par l'expérience. Une seule mise en situation réelle, sur un public aussi réduit et sur une durée aussi courte ne présente aucune robustesse scientifique. Pour comparaison, la plus grande étude longitudinale jamais menée à ce jour dans le domaine de l'éducation et de l'enseignement est le projet Follow Through, mis en place aux États-Unis entre 1967 et 1976 (l'expérience continuera jusqu'en 1995) sur plus de 180 écoles choisies parmi les quartiers
    les plus défavorisés des États-Unis, mettant en jeu plus de 70000 élèves. Il y a là un échantillon bien plus important de données à analyser, ce qui est très différent d'une expérience isolée de laquelle on semble tirer des conclusions très générales.
    . la preuve par l'assertion : "une petite fille de quatre ans qui avait 28 mois de retard sur les apprentissage a rattrapé ce retard en 6 mois et a même 8 mois d'avance" affirme, en substance, Céline Alvarez. On fait d'un cas particulier la preuve qu'une méthode serait de portée générale. Mais que mesure-t-on au juste ? Habiletés cognitives ? Motrices ? Affectives ? Languagières ? Globales ? Et comment le mesure-t-on ? Quels sont les tests utilisés ? Ces tests sont-ils issus de partisans de la pédagogie Montésori ? Sont-ils reconnus ou innovants ? Le fait qu'ils aient été réalisés par le CNRS ne prouve rien en soi. Pourquoi le CNRS n'a-t-il d'ailleurs pas continué les tests au cours des deux années suivantes ? Quel est le contexte (émotionnel, familial, environnemental, corporel...) de cette petite fille ? Y a-t-il eu des changements importants au sein de ce contexte ? Une petite fille qui avait apparemment beaucoup de retard semblerait l'avoir rattrapé, ce dont on ne peut que se réjouir. C'est la seule chose que l'on apprend ici étant donné que nous n'avons accès à rien de plus que les dires d'Alvarez qui semblent faire office de preuve irréfutable. Attention, encore une fois, à ne pas faire d'un cas unique – et très probablement subjectif – le fer de lance d'une pédagogie que l'on voudrait appliquer à tous.
    . La preuve par vidéo : Pour ce qui est de la lecture – qui est probablement le point le plus intéressant à soulever dans cette expérience – certains élève sont filmés en train de lire, plutôt bien pour leur âge. Mais là aussi on pourrait poser
    quelques questions...qu'en est-il des autres ?? Tous ceux qu'on ne filme pas...La lecture est un apprentissage très long et très laborieux et on ne peut se permettre, pour moi, de dire qu'un enfant apprendra à lire quand ça l'intéressera parce que sa motivation et son rapport à la lecture peuvent être extrêment conditionnés par de nombreux facteurs extrascolaires. Je ne suis donc pas d'accord avec le fait que si l'enfant n'aime pas, il fera autre chose. Ce
    qu'il aime. S'il n'aime pas, l'instituteur/trice doit trouver un moyen de lui faire aimer (la réussite en est le meilleur moyen ! Mais pour qu'il réussisse, encore faut-il lui en donner les outils). Et dans tous les cas, si à trois ans on peut comprendre que tous n'aient pas envie d'apprendre à lire, au-delà d'un certain âge, ce n'est pas à l'enfant de décider s'il a envie d'entrer le monde de
    l'écrit ou non. Comment pourrait-il en percevoir l'importance si jeune ?? C'est donc à l'instituteur/trice de développer cette envie, ce goût de la lecture.
    Je pense donc qu'il faut faire attention aux dérives et conséquences que pourrait introduire une telle pédagogie entre deux enfants dont un sera naturellement porté vers la lecture (bagage socioculturel aidant, très probablement) et qui fera de beaux progrès très tôt et l'autre qui ne se décidera à lire une lettre que lorsqu'il n'aura plus le choix...est-ce à dire ; trop tard ?
    Le rôle ici de l'instituteur/trice peut être décisif en ce que, peut-être inconsciemment, certains vont interférer avec le développement naturel de l'enfant préconisé par Alvarez, et attirer la curiosité des élèves vers l'écrit là où d'autres instituteurs/trices se déresponsabiliseront en disant "il n'a pas envie, ce n'est donc pas mon rôle ni ma faute."
    Autres points : les élèves qui lisent savent-ils lire - par voie phonologique - des mots jamais rencontrés ou sont-ils filmés sur des mots qu'ils affectionnent particulièrement ? Ils savent déchiffrer des phrases mais en comprennent-ils le sens ? Est-ce un nouveau texte ou l'ont-ils répété assidument avant d'être
    filmés. Comme on ne nous propose rien de plus qu'une vidéo pour attester des résultats...il est difficile de mesurer ceux-ci précisément (et surtout objectivement !). De plus, ces résultats sont-ils liés exclusivement à la pédagogie Alvarez ? Il me semble que non. De nombreux enfant arrivent en fin de GS en sachant déjà déchiffrer plus que convenablement. L'alchime est un peu plus complexe que ce qu'il n'y parait pour arriver à un résultat scolaire.

    . Concernant la réussite de la classe dans son ensemble (a-t-elle seulement été réellement montrée ou a-t-on montré un certains nombre de réussites personnelles ?), une classe témoin disposant des mêmes moyens matériels (financiers) et humains et des mêmes conditions d'évolution (élèves gardant trois ans le même instituteur par exemple) est indispensable pour établir un bilan objectif permettant de dissocier au mieux l'effet de la méthode elle-même des effets d'autres facteurs. À défaut, l'interprétation ne peut être que subjective...

    Finalement, Céline Alvarez est présente sur les tableaux : depuis la conception de la méthode jusqu'à l'interprétation de l'évaluation, en passant par le choix des tests (tests de plus administrés seulement au 2/3 des élèves…et sans groupe de contrôle) et les circonstances dans lesquelles ils seront passés sans oublier la production de preuves visant à étayer le succès (en l'absence de
    publications concernant les tests utilisés et les résultats observés , Céline Alvarez prouve par la vidéo et les dires...), la promotion de sa méthode et, en fin de parcours, sa vente (par le biais des conférences payantes qu'elle propose). En matière d'objectivité et de biais méthodologiques, on ne pouvait guère faire mieux.

    Je me permets un petit parallèle : si on se comportait de la même manière en médecine, accepteriez-vous de prendre un médicament n'ayant été testé que sur 25 personnes, dont les tests n'ont jamais été publiés mais dont le concepteur ayant pris part au test vous prouve par la bonne foi et une vidéo d'un patient satisfait que « ça marche » à coup sûr ?

    2/ La théorie :

    . "L'enfant est précablé pour apprendre en vivant, sans rien faire... » J'en doute. L'enfant se met debout tout seul, certes, il apprend à parler tout seul, certes (avec de grands écart toutefois tant au niveau de l'aisance que de la diversité du vocabulaire selon son environnement direct et la stimulation à
    laquelle il est soumis), mais la lecture, non ! On confond ici les apprentissages naturels et les apprentissages scolaires.
    La lecture est tout sauf naturelle, sinon tout le monde saurait lire et écrire. L'entrée dans le monde de l'écrit est donc bien quelque chose qu'il nous faut apprendre, qu'on y soit disposé ou non. On n'enseigne pas la compréhension de ce qu'on lit en laissant l'enfant apprendre tout seul (sinon pourquoi y aurait-il autant de bons déchiffreurs qui ne comprennent pas ce qu'ils lisent?) mais avec des méthodes spécifiques, en travaillant à lui donner le goût de la
    lecture et en lui en expliquant la symbolique et l'utilité de celle-ci. Il en va de même pour de nombreuses compétences complexes qui demandent plus qu'un simple encouragement bienveillant. Que vaut donc la méthode Alvarez au-delà de la maternelle ?
    . «L'enfant apprend lorsqu'il est actif, pas passif » : oui, les sciences cognitives semblent s'accorder sur ce point, mais encore faut-il définir ce qu'est « être actif ». Pour reprendre les mots de Françoise Appy, « le constructivisme [=
    l'élève construit son savoir lui-même] a réussi à faire croire que les classes agitées (physiquement) étaient des classes actives (cognitivement) et que par conséquent l’inverse était vrai aussi. Ce qui est un non-sens. » Ce n'est
    pas parce qu'un élève est assis à sa table qu'il est inactif sur un plan cognitif (qui est celui qui nous intéresse à l'école) et ce n'est pas parce qu'il peut bouger dans toute la classe et faire ce qu'il veut qu'il est actif cognitivement. La réalité est un peu plus complexe.
    Ces pratiques pédagogiques nouvelles, très laxistes à mon sens, favorisent en fait les inégalités, alors qu'elle prétendent les effacer. Elles favorisent les inégalites entre ceux qui auront pu créer, dans leur entourage social et familial, un certains nombre de connaissances constituant le bagage sur lequel ils se reposeront pour tenter de faire face aux projets proposés et ceux qui n'y seront pas parvenus. (En effet, on ne réfléchit pas sur un projet à partir de rien mais des connaissances dont nous disposons en mémoire à long terme...idem
    pour la créativité et pour l'esprit critique. Voir à ce sujet-là les travaux de Daniel Willingham). Inégalité encore entre ceux qui auront un entourage favorisant la motivation, suscitant la curiosité et ceux qui ne possèderont pas ces atouts,
    tués à petit feu devant les télés et autres écrans ou tout simplement l'absence d'intéractions et de stimulations à la maison. La motivation n'est pas une qualité innée de l'enfant…bien loin de là ! Elle se construit, principalement dans le milieu familial lorsque l'enfant est tout jeune et possiblement à l'école par la suite si l'occasion lui en est donnée. Mais un enfant arrivant sans connaissances ni motivation à l'école et mis devant un pédagogie par projet où il peut choisir ce qu'il fait risque fort de tourner en rond et de ne jamais décoller sur le plan cognitif.

    3/ La recherche :
    Alors qu'elle a profondément influencé les sciences, la médecine, l'indsutrie, la recherche n'est pas encore parvenue à pénétrer le domaine de l'enseignement qui y reste superbement imperméable. L'enseignement est un des rares domaines ou la qualité réthorique d'une idéologie a plus de poids que les données probantes issues de la recherche. Les pédagogies centrées sur l'enfant proposent une une idéologie qui semble être la panacée de tous les maux, qui est très séduisante, met en avant des valeurs humanistes, développe des compétences clés que sont la créativité et l'esprit critique et enchante les parents parce que leur enfant et mis au centre de toutes les attentions, mais qui reste une idéologie. Et lorsqu'on la met réellement en
    pratique, à grande échelle, avec une réelle évaluation réalisée par des acteurs indépendants, des chercheurs qui vont voir comment ça se passe dans les classe, etc...on s'aperçoit à quel point elle est néfaste pour les élèves. C'est ce qu'a montré de manière particulièrement cinglante le projet Follow Through aux Etats-Unis et c'est ce que montre la recherche en milieu anglo-saxon notamment mais aussi au Canada avec Clermont Gauthier, Steve Bissonnette, Mario Richard et leur équipe. Je ne peux que vous encourager à aller lire
    quelques-unes de leurs publications.
    Contrairement à ce que certains pourraient penser, la France a choisi ce mode pédagogique, centré sur l'enfant, lorsqu'en 1989 elle a écrit dans sa constitution que l'enfant serait placé au centre. Même si elle n'est pas arrivée
    au point d'appliquer Montéssori dans toutes les classes, ça prend d'autres formes, d'autres noms : pédagogie par projet, par découverte, etc. Et depuis, c'est toujours plus de constructivisme et des résultats de moins en moins
    bons...
    Ce que propose Céline Alvarez me semble d'autant plus dangereux que la recherche, malheureusement trop méconnue, voire inconnue en France, a montré avec une convergence systématique des résultats que les pédagogies centrées sur l'enfant (pédagogie par découverte, Freinet, Montésori, etc) ne
    sont pas du tout recommandables en termes d'apprentissages scolaires
    et qu'au contraire les pédagogies très structurées donnent les meilleurs résultats sur toutes les dimensions mesurées (savoirs élémentaires, compétences cognitives, estime de soi)…Ces résultats issus de la recherche se corroborant les uns les autres, on devrait faire preuve d'autant plus de méfiance devant une pédagogie centrée sur l'enfant, présentant une idéologie
    séduisante et avancée comme miracle mais paraissant aussi fragile au niveau de l'argumentation théorique que des preuves cherchant à la valider (preuve par vidéo...).

  • Damien Le Goff

    Quelques précisions au niveau des canners de cerveau :

    on compare des enfants lecteurs (dont beaucoup viennent de Genevilliers) à des enfants non lecteurs (cf publication de Stanislas Dehaene : apprentissage de la lecture : l'apport des sciences cognitives) dont on imagine que beaucoup viennent d'autres endroits...et non des enfants lecteurs de Genevilliers à des enfants lecteurs d'autres endroits, ce qui seul pourrait permettre d'établir un constat.

    On aurait aussi pu comparer le scanner d'enfants non lecteurs ou mauvais lecteurs de Genevilliers (y en a-t-il ? Personne ne parle de ça) et d'enfants bons lecteurs d'autres endroits...qu'en aurait-on conclu ?

    À défaut de comparer toute une cohorte d'élèves à un groupe témoin...on ne peut pas en tirer pas grand chose. Tout au plus ces scanners servent-ils à confirmer les travaux de Stanislas Dehaene en montrant l'activation de la zone du cerveau utilisée pour la lecture et son développement entre un enfant non lecteur et un enfant lecteur.

    Céline Alvarez semble être une proche de Stanislas Dehaene (il me semble que le nom de la femme de Stanislas Dehaene apparait aux côtés de celui de Céline Alvarez dans certains articles). Dehaene est neuroscientifique reconnu dans son domaine et qui semble s'être intéressé partitculièrement aux mécanismes du cerveau portant sur
    la lecture. Il en a, avec quelques collègues, proposé une approche très structurée incluant, la séquence de présentation des lettres, graphèmes, morphèmes proposée dans son livre "des Sciences Cognitives à la salle de classe). Cette séquence les introduits selon leur fréquence, leur complexité (est-ce qu'ils se prononcent toujours de la même manière comme je "j" ou non, comme le "c" - car, chocolat, chorale), leur difficulté de prononciation, etc. Elle axe sur la prise de conscience de la décomposition du language parlé en succession de sons, elle attache beaucoup d'importance aux morphèmes qui sont ce qui inconsciemment nous permet de prendre conscience du sens de ce qu'on lit, elle est graduelle, adaptée au rythme des enfants (on ne passe pas à des graphèmes complexes ou rares tant que les simples et fréquents ne sont pas maitrisés), on associe le tracé des lettres avec le doigt (comme dans la pédagogie Montessori) ou le stylo ce qui permet de casser l'invariance de position de nos capteurs visuels (qui nous permettent de reconnaitre un même objet sous différents angles de vue et qui donc assimilent à un "d" à un "b" ayant simplement fait un
    demi-tour), etc.

    Donc ma suppososition - qui reste une supposition tant qu'on n'a pas accès à son travail - est que Céline Alvarez a utilisé entièrement ou pour partie cette méthode, ce qui pourrait expliquer les bons résultats en lecture. Mais alors le succès des élèves en lecture n'est pas du à la pédagogie Alvarez mais à la méthode mise au point par Dehaene et son équipe.

    Enfin, il ne faut pas confondre pour moi la pédagogie (comment on gère les apprentissages par rapport aux élèves) et la méthode utilisée pour un apprentissage particulier. On peut avoir une très bonne méthode pour la lecture, si seuls les élèves qui sont intéressés en profitent ça ne va pas (pédagogie centrée sur l'enfant : l'enfant fait ce qu'il veut quand il est prêt). Si deux tiers des élèves a des résultats nettement supérieurs en lecture (d'après ce qui est dit) mais qu'un tiers n'a pas le niveau minimum requis par exemple, ce n'est pas une pédagogie que l'on peut recommander. Par contre on peut s'intéresser à la méthode - Encore faudrait-il savoir qu'elle est-elle ? - ce qui pourrait attirer l'attention sur la méthode de Dehaene, qui pour moi fait sens et converge vers de nombreux résultats empiriques plaidant
    pour un enseignement très structuré de la lecture.