Janvier, fiche de paie en berne

Comme chaque année depuis plusieurs années, je vais regarder ma fiche de paie de janvier avec un petit sourire jaune : comme d’habitude, je vais constater une baisse du total perçu. Oh, pas grand-chose, me direz-vous. Quelques euros, tout au plus. Oui mais, si on additionne les euros avec les euros, sur toutes ces années, ça fait combien au juste ?

Pendant le gel, les prix augmentent

Depuis 2010, le point d’indice des fonctionnaires est gelé, le salaire n’augmente plus. Or, dans le même temps, les prix n’ont pas cessé de grimper. 2,1% entre 2010 et 2011, 2% entre 2011 et 2012, 0,9% entre 2012 et 2013, 0,5% entre 2013 et 2014. En attendant l’annonce par l’INSEE fin janvier de la hausse des prix entre 2014 et 2015, cela fait une hausse cumulée de 5,6% entre  2010 et 2014. Mécaniquement, le pouvoir d’achat des profs a donc baissé de 5,6% entre 2010 et 2014, uniquement en raison de la hausse des prix.

Hausse des cotisations, perte de salaire

A cette baisse mécanique, il faut ajouter la hausse des cotisations : chaque année en janvier, les retenues sur salaire augmentent, notamment la retenue pension civile (cotisation retraite), programmée à la hausse jusqu’en 2020 afin d’aligner sur le privé. Je me suis amusé (si j’ose dire) à calculer combien j’avais perdu depuis 2010 à cause de la hausse des cotisations.

Sur ces 6 années, il me faut en retirer 2 de mes calculs : en 2011 et en 2014 j’ai passé un échelon, aussi il m’est difficile de comparer ces années avec les précédentes. J’ai donc calculé ce que j’avais perdu sur ma fiche de paie sur les 4 autres années de cette période.

Entre 2011 et 2012, j’ai perdu 8 € par mois en raison de la hausse des cotisations, soit 96 € durant l’année.

Entre 2012 et 2013, j’ai perdu 7,91 € par mois, soit 94,92 € durant l’année.

Entre 2014 et 2015, j’ai perdu 8,77 € par mois, soit 105,24 € durant l’année.

Entre 2015 et 2016 je vais perdre 9,19 € par mois, soit 110,28 € durant l’année.

Bien entendu, les 96 € perdus la première année sont aussi perdus l’année suivante, et ainsi de suite. En additionnant les pertes, cela donne :

Entre 2011 et 2012, 96 €.

Entre 2012 et 2013, 190,92 €.

Entre 2014 et 2015, 296,16 €.

Entre 2015 et 2016, 406,44 €.

Cela fait un total de 989,52 €. Faute de savoir ce que j’ai perdu entre 2013 et  2014, il faut ajouter les 96 € et 94,92 € des années précédentes également perdus cette année-là. On en est à 1180,44 €. Si entre 2013 et 2014 j’ai perdu autour de 100 €, comme c’est le cas pour les autres années, alors il faut encore enlever 300 € jusqu’en 2016. Le total est de 1480,44€, sans même prendre en compte la perte de 2010 à 2011, à répercuter sur les autres années, qui avoisine sans doute les 500 € si on conserve l'ordre de grandeur des pertes annuelles suivantes. On peut donc raisonnablement penser qu’entre 2010 et 2016, la hausse des cotisations a engendré une perte de quasiment 2000 € nets. Plus d’un mois de salaire. Ou pour le dire autrement, environ un demi-échelon.

Oui, mais j’ai aussi gagné des sous

Vous allez me dire que j’ai tout de même changé d’échelon deux fois, ce qui m’a assuré une hausse de salaire. C’est vrai. Heureusement. Parce que les 2000 €, eux, je les ai bel et bien perdus.

Vous allez aussi me dire, si vous êtes au fait de l’actualité de l’éducation, que je bénéficie depuis 2013 d’une indemnité, l’ISAE. C’est vrai. Cela représente 170 € nets deux fois par an (c’est encore trois fois moins que l’ISOE des profs de secondaire), soit 850 € sur la période considérée. Cela ne couvre pas la perte enregistrée, loin de là.

Résumons

Une perte de pouvoir d’achat de 5,6% minimum due au gel du point d’indice et à la hausse des prix. Dans le même temps, une hausse des cotisations qui finit par s’élever à près de 2000 € sur la même période. A cela il faut ajouter, on l’a déjà calculée, la perte financière générée par les nouveaux rythmes scolaires.

Rappelons que les instits français, de l’avis de l’OCDE, sont sous-payés comparativement à leurs homologues étrangers (12% de moins que la moyenne).

Rappelons aussi qu’entre 2000 et 2010, le salaire moyen des instits français a diminué de 11%, pendant qu’il augmentait en moyenne de 14% dans l’OCDE.

Cela n’empêchait pas une majorité de français de penser, en 2014, d’après la fondation Varkey Gems, que les profs devraient être moins payés.

 

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  • Thibault

    Je suis enseignant en primaire comme vous mais je ne vous suis pas sur ce point. Certes nous ne sommes pas beaucoup payés par rapport aux autres pays de l'OCDE mais n'oublions pas tous les autres salariés français qui n'ont pas nos 17 semaines de vacances, nos classes chauffées, la pause toutes les heures et demies etc...
    Nous avons quand même la chance d'avoir un emploi stable, où on n'a peu de risques de licenciement.
    Allez comparer face à des ouvriers qui bossent à la chaîne, en grande surface, qui portent des charges lourdes, qui travaillent dehors même sous la pluie etc..
    Nous faisons quand même un beau métier et même si les conditions sont moins bonnes qu'il y a 10 ans, c'est le cas de l'ensemble des salariés français.
    Très cordialement :)

    • marboeuf

      Je suis en grande partie d'accord avec vous. Cependant, je pense qu'on peut tout à fait être conscient des avantages de son métier, des inconvénients des autres, et garder le droit de dire aussi, quand quelque chose cloche, que ça cloche, sans que cela n'enlève quoi que ce soit aux autres. Par ailleurs, je crois qu'il faut comparer ce qui peut l'être. Enfin, j'ai suffisamment travaillé avant d'être instit pour connaitre d'autres réalités du monde du travail (y compris dans les domaines que vous citez, notamment la manutention...).
      (Au fait, c'est 16 semaines de vacances ;-), quant à la pause toutes les heures et demi, chacun l'occupe comme il veut, moi je bosse !)

      • Thibault

        Intéressantes toutes vos réponses, merci de les partager comme j'ai partagé mon opinion. En ce qui concerne la "pause", je me suis mal exprimé: quand je suis en pause, je fais comme vous: photocopie, correction de 2-3 cahiers, rangement d'atelier, préparation du tableau etc...En gros il me reste moins de 5min pour me faire un café sur les 20min de pause.
        Mais si on compare avec les 20min pour 6h quand on bosse à la chaîne, on relativise.
        Par contre M. Marboeuf je suis d'accord avec vous sur le fait d'avoir le droit de le dire que nos conditions se dégradent (je le dis moi même). D'ailleurs je parcours votre blog très souvent et je suis d'accord avec vous la plupart du temps.
        Pour Suzanne je ne parlais pas des directeurs d'école, cas à part dont je respecte profondément l'investissement pour le mini-salaire en plus (mais qui sont plus reconnus dans les écoles privées avec des salaires bien plus élevées).
        Bref mes chers collègues je ne dénigrais pas mon propre métier bien sûr, juste que côté salaire, si on regarde nos conditions de travail et nos vacances (car quand je prépare pendant 3h une séquence, je suis moins fatigué à la fin que 3h de classe), nous ne sommes pas les plus à plaindre en France...Mais moi aussi je serai pour une augmentation bien sûr, comme tous les salariés de France :)
        Très cordialement :)

    • Suzanne1107

      Tu as bien de la chance Thibault de faire une pause toutes les heures et demie ! Par ici, les pauses servent à surveiller activement une récréation ou ranger un atelier, ou mettre en place l'activité suivante ou encore courir à la photocopieuse où trop de collègues faisaient la queue il y a une heure et demie. A midi, nous faisons des pauses réunion en même temps que nous mangeons nos gamelles, car après, nous avons des pauses APC. Le soir, nous nous reposons en corrigeant nos cahiers, en préparant la suite et en recevant nos parents d'élèves. Parfois nous faisons une pause formation continue ou conseil de maître, de cycle ou d'école collège. Directrice d'école, je te suggère également l'observation des pauses du directeur de ton école. Non. Nous ne faisons pas de pause toutes les heures et demie. Nous changeons d'activité, c'est tout.
      Tu as aussi drôlement de la chance d'avoir 17 semaines de vacances, où tu ne fais que ce que tu as envie, sans jamais rien préparer, corriger, ranger, anticiper, comme ces nouveaux programmes par exemple, ou tes projets de classe, ce ne sont que des exemples parmi d'autres.
      Je ne veux pas faire de corporatisme et la situation générale de l'ensemble des salariés français est préoccupante, tu as raison. Merci quand-même de ne pas minimiser la situation des professeurs des écoles.
      Cordialement aussi.

    • Jérôme Gobillot-Goyat

      Ras le bol de ce genre de discours ! Surtout venant de la part de quelqu'un qui connait (?) les réalités de notre métier !
      5 années d'études post Bac pour un des salaires les plus bas des pays de l'OCDE, des journées à rallonge alors que l'on passe pour des "feignasses" qui ne travaillent que 26h par semaines !!!, la responsabilité de 25 à 30 élèves (et parfois plus), j'en passe et des meilleurs !
      Je viens du secteur privé où j'ai travaillé pendant plus de 10 ans alors évidemment que je suis pour l'amélioration des conditions de travail et salariales des ouvriers, des caissières, des manutentionnaires ... mais je suis également pour l'amélioration de mes conditions de travail (et de facto, celles de mes élèves) ainsi que de mon salaire (et au passage du vôtre !).
      Il faut comparer ce qui est comparable et cesser de tout niveler par le bas. Non, tout ne se vaut pas.
      Alors c'est vrai, je ne m'inquiète pas pour la pérennité de mon emploi et oui, je serai en vacances dans 6 semaines mais je n'ai pas l'intention de me flageller pour autant !
      C'est lassant d'avoir à se justifier tout le temps, encore plus lorsque c'est auprès de collègues. Relisez donc les très bons articles de ce blog, tout y est expliqué en long et en large.
      Cordialement,

    • mymm

      Enseignante de maternelle dans une petite école de 3 classes, autant vous dire que les pauses sont utilement utilisées en récréations, à peine le temps de faire une pause-pipi par demi-journée. Et comme nous avons des parents d'élèves peu respectueux des horaires, nous gardons bénévolement leurs enfants tous les jours 10min de plus le midi, ce qui grignote généreusement notre 1h45 de temps de pause méridienne.

      Nos classes sont chauffées, oui, quand on a de la chance! Pour avoir été ZIL plusieurs années, je peux vous assurer que certaines écoles sont de véritables usines à courant d'air où les températures au meilleur de la matinée ne dépassent pas les 18°C.

      Certes les ouvriers sont moins bien payés que nous, mais quel niveau d'étude ont-ils?
      Et ce n'est pas vers le pire, qu'il faut se tourner pour faire des comparaisons, mais vers le mieux. Dans notre cas, nous sommes un des pires élèves de l'enseignement européen.

    • Yan__EL

      La pause toutes les heures et demie ? Où faites vous classe exactement ? Je suis présente à l'école entre 12 et 13 h / jour et j'ai une pause d'une demi heure environ.

  • La cloche a sonné
  • nanettebes

    En tant que parent, je préfère qu'on embauche des personnes qualifiées pour le poste, ça ne peut se faire qu'en payant un salaire décent. Je ne suis pas d'accord sur beaucoup de points avec ce blog, mes enfants sont passés dans le privés par exemple.
    Seulement il suffit de mettre en parallèle le salaire un peu bas, les difficultés de recrutement et au final de jeunes instits qui font des fautes d'orthographe voir de français sur les cahiers de enfants : on a ce qu'on paie...
    Ce n'est pas de la faute des instits, on en a pour notre argent c'est tout...

    • Laurent

      Bonjour nanettebes,
      Ah les fautes de français ! Il est vrai que j'en vois quelque fois chez les enseignants, (jeunes le plus souvent), hélas. Au passage, on emploie l'adverbe "voire" dans votre phrase et non le verbe "voir" 😉
      La sempiternelle question du privé par rapport au public ... Travaillant en inspection, je n'ai qu'une école privée de référence sur ma circonscription. Pour rien au monde je ne la conseillerais à quiconque ! Je ne suis pourtant pas un anti-privé (contrairement à d'autres), il en faut, mais là c'est catastrophique. Crucifix dans les classes, enseignement du catéchisme sur certains emploi du temps ... Je rappelle que les écoles privées sont majoritairement sous contrat avec l'état et que c'est un enseignemnt laïque qui doit y être dispensé. Le reste peut se faire hors temps scolaire ... c'est d'ailleurs le cas désormais dans cette école, mais la pauvreté des contenus dispensés reste. Et un directuer d'école privé est chef d'établissement (contrairement aux directeurs d'école publique) donc c'est lui qui embauche ses enseignants, il fait donc avec ce qu'il a parfois. On y trouve même des enseignants contractuels ayant râté le concours de professeur des écoles du public. Je vous laisse méditer.
      Bien à vous,

      PS : Merci M. Marbœuf de remettre toutes ces vérités en perspective. Ce serait bien qu'on en parle au 20h00 des chaines publiques ... où l'on annonce parfois des salaires de PE (souvent brut sans le préciser) en fin de carrière.

      LN

      • Thibault

        Oula attention Laurent, quelle erreur de comparer UNE seule école privée que vous connaissez avec TOUTES les autres écoles privées de France.
        Je suis moi même dans l'enseignement privé et je n'ai pas de crucifix dans ma classe, l'heure réservée à l'Eveil à la foi fait partie d'une heure supplémentaire de classe que nous avons par semaine (et les parents le savent).
        Ensuite, AUCUN directeur ne recrute lui-même ses enseignants dans un enseignement sous contrat, c'est la DDEC (Direction Diocésaine de l'Enseignement Catholique) qui propose l'enseignant après concertation avec les syndicats etc...Bref c'est beaucoup plus limpide que la nomination des enseignants du public...Mais on est loin du sujet.
        Toutefois, merci de ne pas faire l'amalgame ici, au risque d'encore plus diviser les enseignants (je vous rappelle que les enseignants du privé sont MOINS BIEN PAYES que les collègues du public

      • nanettebes

        Je voulais juste dire que si je ne suis pas d'accord avec tout ce qui se dit sur ce site, je le suis avec les réclamations sur le salaire. Si le salaire est trop bas, on ne peut pas recruter des gens d'un niveau suffisant ce qui est bien sur l’intérêt des enfants. L'enseignement m'aurait bien plu mais j'ai effectivement des pbs d’orthographe que je ne voudrais transmettre à personne. Ca ne m’empêche pas de bien rigoler quand je lis que les petites filles doivent venir avec un "cerf-tete" dans les cheveux à la fête de fin d'année...

  • Jean-Pierre

    Les profs ne sont jamais heureux de leur sort... 17 semaines de vacances quand les autres salariés en compte 5... et sont obligés de se battre dans les entreprises pour avoir parfois que 2 semaines de vacances avec leurs enfants... faudrait chercher l'erreur. Rien ne vous empêche d'aller vivre à l'étranger ou vous serez payé plus si je comprends bien le raisonnement. Croyez-vous également que dans toutes les entreprises il y a des augmentations annuelles qui couvrent les hausses du pouvoir d'achat ? C'est bien mal connaitre le monde qui n'est pas le vôtre et ils sont rares ceux qui ont cette fameuse augmentation surtout par les temps qui courent ou les entreprises sont plus dans le rouge et ont souvent du mal à joindre les deux bouts chaque mois alors que vous n'êtes pas assujettis également aux résultats. Triste de voir cette profession se plaindre alors qu'ils font parti des nantis. Beaucoup ont des bac+5 et ne touchent pas 2000 euros par mois alors qu'on arrête de gémir.

  • Asianspyko

    Hé ben!
    Moi je suis instit' en maternelle/primaire en Asie du Sud Est, je travaille de 7:00 à 17:00, du lundi au vendredi, avec une interruption d'environ 2h, repartie sur toute la journée, et je dois de toute façon rester dans la classe avec mes petits. Les heures de cours sont variables, il m'est arrivé d'avoir 28h
    d'enseignement par semaine. Absolument infernal! En ce moment, j'ai 15h
    de cours, reparties sur 4 classes de niveaux différents. Je ne parle pas du nombre d'élèves, qui lui varie entre 5 et 60 par classe.
    J'ai droit à 14 jours de congés payés par année que mon école m'impose. Si je veux prendre d'autres congés (ce que je fais bien évidemment) c'est sans solde. Je gagne environ 1,400 Euros/mois, ce qui représente environ 3 fois le SMIC local. Aucunes taxes, mon salaire est versé en liquide tous les mois. Je ne cotise pour aucune retraite, ni en France ni à l'étranger. Je ne dispose d'aucune sécurité sociale, aucune assurance, aucun avantage de quelque forme que ce soit. Et ce depuis plus de 10 ans.
    En tant qu'"étranger", je dois me mettre à jours pour les Visas, ce qui me coute du temps et de l'argent, en moyenne 50 Euros par mois.
    Ma fille est en CE2 (par équivalence) dans une école internationale qui nous coûte a ma femme et moi la bagatelle de 8.000 Euros par an.
    J'aime mon métier et je le fais avec joie chaque jour qui passe...
    Ce message m'a prit du temps, je dois filer car mes élèves m'attendent.
    Bonne journée 😉

    • lopezdegwada

      L'Asie est incomparable en terme d'exploitation des travailleurs et des masses laborieuses.

    • Sabine Boury

      3 X le smic local cela paraît beaucoup (selon le coût de la vie).
      En France, un instituteur gagne à peine plus que le smic local.
      Pourquoi est-ce que 28 h d'enseignement par semaine, c'est beaucoup ?

      Je pense qu'un instituteur en France travaille 27h devant élèves (ce qui fait bien sûr le double en tout).

      D'ailleurs je ne connais presque aucun enseignant français qui n'ait pas un job du soir ... (cours particuliers par exemple) ou du midi (service de cantine) pour s'en sortir financièrement.

      • Asianspyko

        En effet, vous n'êtes pas dans le milieu éducatif, une semaine de 25h devant élèves est déjà quasiment impossible ! La moyenne étant plutôt de l'ordre de 12 ou 15h. Au-delà, vous devenez un robot qui n'a même plus le temps de préparer quoi que ce soit ! Si vous rajoutez des cours du soir... Je ne sais plus quoi dire ! Je crois que mon maximum fut aux alentours de 35h d'enseignements par semaine, je n'avais plus de vie, je préparais mes cours 5 minutes avant l'arrivée des élèves... Une catastrophe ! Par rapport au salaire, oui, il reste intéressant, à moins de vivre à la façon locale :-)

  • lopezdegwada

    Je ne suis pas d'accord. Ce qui est catastrophique ce ne sont pas la succession des réformes et les méthodes qui changent.
    Ce qui est catastrophique en France (je parlerai de l'école primaire principalement)
    - c'est la réflexion sur le temps scolaire. La réforme du temps scolaire était une bonne chose mais elle fut trop frileuse. Il fallait instaurer de manière rigoureuse un temps scolaire inférieur à 5 heures par jours quitte à travailler 5 jours par semaine (à l'école primaire et au collège). Au collège, mes anciens élèves commencent l'école à 7 h le matin et terminent à 17 h l'après-midi les lundis et les mardis (!) C'est absurde, au lieu que le temps scolaire soit réparti sur cinq jours, il est pratiquement concentré sur deux jours. Au bout de 7 semaines, nos élèves sont épuisés par la cadence temps scolaire/travail à la maison. Comparez avec le temps scolaire d'un petit Allemand ou Finlandais qui fait beaucoup moins d'heures et ne doit pas encore y ajouter du travail à la maison..
    - ce sont les programmes, revus à la baisse et plus intelligemment en français et en maths, mais trop lourds voire infaisable dans les autres matières. Vous savez sans doute que la semaine scolaire compte 24 heures auxquelles il faut soustraire les temps de récréation (soit entre deux et trois heures par semaine), mais que l'enseignant doit tout de même assurer 24 heures de cours obligatoires. Donc , si un enseignant veut à tout prix faire le programme, c'est le nez dans le guidon en permanence. Pour ceux qui peuvent suivre. Même des matières "cool" comme les arts plastiques ou le dessin laissent de plus en plus place à l'histoire de l'art qui est bien moins "cool"!
    - ce sont les effectifs, les classes sont de plus en plus hétérogènes, car il n'y a plus de redoublements et on intègre toutes sortes de cas particuliers mais avec des effectifs toujours aussi élevés.
    - ce sont les choix pédagogiques, il est impossible d'individualiser les parcours des élèves quand les effectifs sont importants.
    Les enseignants travaillent par compétences. Un ordre d'idée, sur un livret, il y a plus de 120 compétences à valider en français au CM2. La dernière phase à la mode "les élèves apprennent à apprendre". En gros, on leur donne quelques documents d'histoire, et ils en tirent la leçon ou le résumé. Grotesque. Ceci agrandit encore le fossé entre les élèves qui réussissent et les autres.
    - c'est le mépris de l'EN vis à vis des enseignants particulièrement au primaire. Alors que tous les pays ont compris que c'est sur cette tranche d'âge qu'il faut mettre le plus de moyens, en France l'école primaire est délaissée. Une phrase en l'air disait "tout se joue à la maternelle" ce qui est complètement faux, tout se joue à l'école primaire. J'en prends pour témoin, des pays qui n'ont pas d'écoles maternelle mais des résultats bien supérieur aux nôtres.
    - c'est la gestion des personnels, que font des enseignants recrutés BAC+5 dans des classes de petits et tous petits à la maternelle ? Quelle est l'efficacité des RASED qui passent plus de temps à s'occuper de dossiers que d'élèves ? Combien d'enseignants sont déchargés ?
    etc
    Maintenant quand un enseignant arrive dans le circuit, on lui dit qu'il pourra faire carrière, c'est à dire sortir de ce système infernal, c'est à dire trouver une planque.
    Enfin, il y aurait des pages et des pages à écrire pour expliquer pourquoi notre école est si catastrophique...
    Quelques chiffres pour terminer
    L'élève Finlandais a environ 600 heures de cours et des meilleurs résultats que l'élève français qui en a 900.
    Pour ce qui est des salaires, l'enseignant Finlandais, fait moins d'heures à moins d'élèves et est mieux payer.
    En combinant toutes ces données, on pourrait calculer qu'un enseignant français fait le boulot de deux enseignants finlandais, est moins bien payé et moins bien considéré..

    • Laurent

      Cher Monsieur,
      Nous ne sommes finalement pas si loin de penser la même chose.
      effectivement la politique des rythmes scolaire est une hérésie. Sorties des cartons de la "droite", la "gauche" a poursuivi cette réforme sans sourciller.
      Les élèves sont fatigués au bout de 15 jours de classe, les enseignants également (mon épouse enseigne en maternelle, je sais donc bien de quoi je parle), j'ai moi-même enseigner près de 15 ans en cycle 3 avant de travailler en inspection depuis 2002. J'ai commencé à travailler avec le samedi matin et personne ne s'en plaignait (c'était même une excellente demi-journée, voire la meilleure de la semaine).
      Je suis entièrement d'accord avec tout ce que vous énoncez. Mais hélas personne n'a levé le petit doigt, pas même les syndicats ! Il faut dire que pour certains leur situation est tellement privilégiée qu'ils ne doivent plus trop savoir ce que c'est qu'enseigner (1/4 de temps en classe, 1/2 temps de direction et 1/4 de décharge syndicale ou l'inverse), trop confortable pour eux.
      Pour les salaires, on ne se bat plus, j'ai près de 30 ans d'ancienneté et je gagne 2300 euros nets. Certains diront que c'est bien. Faut voir. Les perspectives d'avenir sont bouchées, il me reste un échelon à gravir qui me fera gagner une centaine d'euros nets en plus et ensuite ce sera quasiment terminé, car le passage à la hors classe ne fait rien gagner 'ou si peu) lors des deux premiers échelons, et là ça m'amènera à proximité de la retraite qui, elle non plus ne sera pas flambante. Mais je ne me plains pas, je constate, j'ai fait le choix de ce métier. évidemment je ne pensais pas que les salaires seraient gelés pendant 10 ans ... et que ça va continuer encore quelques années je le crains !
      Bon j'arrête là, car comme vous dites, on pourrait remplir des pages.
      Ce qu'il fut retenir tout de même et qui est PRIMORDIAL c'est que ceux qui trinquent le plus ce sont les élèves car outre des heures à n'en plus finir, ils se retrouvent désormais avec des enseignants totalement démotivés. Et là c'est dramatique pour notre société. N'oublions pas que l'école primaire ( de la maternelle au CM2 pour les non initiés) constitue le ciment de notre société. Et si cette base n'est pas solide, vous devinez la suite ...

  • Nya Nyahtrois

    10 ans d'ancienneté et je ne touche même pas 1700 euros par mois. Alors, ça me fait doucement rigoler que le site du ministère annonce 2000 euros lors de la titularisation.
    Comme quoi, ils ne sont pas à un mensonge près pour attirer les étudiants naïfs.
    Et oui, je ne fais plus de carnaval, kermesse ou autre. Je ne vois pas pourquoi je passerai mon temps perso avec d'autres enfants que les miens.
    Et au vu de la façon dont c'est pris comme un dû par les parents, ça donne encore moins envie. Quand à minuit, les seuls qui restent pour ranger sont les instits, leurs conjoints + 3 parents (sur une école de 150 enfants !!!), je ne vois pas pourquoi je m'investirai là où les parents ne s'investissent plus !
    Tout comme que je ne pars plus en classe verte. Pas un seul merci, rien, après 1 semaine H24 avec 30 enfants où j'ai dormi 3-4h par nuit pour surveiller ce petit monde et où j'ai payé de ma poche la nounou pour les heures supp de mes enfants !
    Je suis égocentrique, je m'en fiche. Au moins, je connais ce dont je parle. Ce n'est pas votre cas.

    • Sabine Boury

      J'ai eu la chance d'avoir eu souvent des parents sympathiques, reconnaissants et prêts à aider.
      Mais le salaire ne motive pas à passer des nuits à préparer des projets ou spectacles...
      Combien de fois il m'est arrivé d'y passer des week-ends, des vacances ou des nuits (après les corrections et tout le reste) puis à me demander si s'il y avait d'autres fous sur Terre pour se ruiner la santé sans gagner un centime de plus que ceux qui ne le faisaient pas.
      Certes il est très satisfaisant de voir les enfants s'épanouir à l'école, en partie grâce à tout cela, et agréable d'avoir la reconnaissance de leurs parents.
      Mais je pense qu'il s'agit là (en estimant) d'une perte de santé de 60% pour un bénéfice d'une telle fête du côté enfants-parents de peut-être 5%.

      Pour le même salaire, cela n'est pas valable et vaut la peine de réviser son attitude.
      Il ne faut pas s'oublier non plus.

      En Allemagne, une grande partie des stages de formation pour instituteurs ne concerne pas les mathématiques ou l'histoire des arts, mais la santé personnelle :
      -Comment garder assez de temps pour ne pas perdre les amitiés et les hobbys
      -Comment se régénérer réellement pendant les petites pauses
      -Comment épargner sa voix
      -Comment éviter la surdité professionnelle
      -work-life-balance pour les instits : organisation et répartition du temps de travail personnel
      -limite entre travail et perfectionnisme
      -éviter le burn-out
      -
      -
      -

      • Lucien Marboeuf

        Intéressants, ces stages ! Cela dénote de RH et d'une institution soucieuses du bien-être des troupes...

  • ingrid

    non, le directeur n'a pas son mot à dire! c'est très mesquin de taper sur le privé comme vous le faites. Nous faisons le même métier, et suivons les mêmes programmes, vous devriez le savoir en tant qu'inspecteur!

    • Laurent

      Bonjour Ingrid,
      D'une part je ne suis pas inspecteur (il n'y a pas que des inspecteurs dans les inspections), quant au respect des programmes dans le privé, je ne doute pas qu'ils soient respectés majoritairement, l'inverse serait dramatique 99% des écoles privées étant sous contrat, les enseignants se doivent donc de respecter les mêmes programmes que dans le public, cependant je parle de ce que je connais et ce n'est pas franchement brillant ... Pour ce qui est de vouloir travailler dans le privé (et gagner moins) chacun est libre de ses choix. La question est de se demander ce qui peut pousser quelqu'un à vouloir faire le même travail en étant moins bien payé ... J'ai bien mon idée mais elle va déplaire.

  • Sabine Boury

    Je travaille en Allemagne et suis payée par la France . Mon salaire brut en 21ème année : 2400 bruts. 450 euro de taxes et cotisations prélevées à la base, 250 euros d'impôts, cela fait 1700 euros nets en 20ème année avec des semaines de 50 heures minimum à 70 heures en périodes de projets ou bulletins (et je ne compte pas les échanges de courriels avec les parents ni les phases de "réflexion créative", recherches variées ou soucis par rapport à certains élèves)
    Sympathique, non ?
    Pour un métier où on exige maintenant ... bac + 7 (?)

    Jusqu'à il y a deux ans, j'étais encore institutrice, n'ayant jamais été passer ce coucours interne "de rattrapage" que je trouvais, comme tout le monde, aberrant.
    Je gagnais donc (pour un travail strictement identique les 50h minimum à 70h les semaines ...) ... 2000 euros bruts, 1380 euros nets (!!!!) , en 19ème année de carrière.

    Cela dit je pense que les coiffeuses et ouvriers agricoles ont un travail fatigant aussi (que je ne saurais pas faire ! ) et méritent une bonne rémunération !

    Instituteur / professeur des écoles est l'un des 10 métiers les moins rémunérés de France.
    L'équivalent du salaire d'un vendeur de débit de tabac, d'un ouvrier agricole ou d'une coiffeuse salariée.(avec 50h, bac + 70 ... et de sacrées responsabilités de tous les instants, avec des journées truffées de moments où on se croit au bord de l'explosion nerveuse et physique!)

    Donc, mon salaire, maintenant à son maximum après avoir réussi le concours et passé un échelon : 2400 bruts (1700 à 1800 nets)
    Le salaire de mes collègues allemandes (je vis en Allemagne) : 4800 euros bruts.
    Le double.

  • Sabine Boury

    "taxer moins les flux et plus les stocks" =( Oh non, s'il vous plaît, pas cela !!! Si quelqu'un a travaillé dur la moité de sa vie et choisi de baser une partie de sa retraite sur les revenus de son petit capital, ou de ses quelques petits bien immobiliers, il ne faut pas le ponctionner !

    Ce serait extrêmement injuste et triste par rapport à celui qui a tout dépensé.

    Peut-être pourrait-on orienter cette réflexion sur les millionnaires ou même multimillionnaires ?

    Pour ce qui est des ponctions sur les plus-values, héritages et donations, elles sont déjà extrêmes en France par rapport aux autres pays alors il ne faut pas y toucher ! (exception faite peut-être des multi-millionnaires)

    Pour comparaison, en Allemagne, les exonérations de taxes sur héritages de parents à enfants se font jusqu'à 500 000 euros par enfant et non 100 000 comme en France (cela a déjà baissé récemment, auparavant chez nous cette limite était de 150 000, ce qui n'est pas élevé)

    Les héritages ou donations entre personnes non parentes sont très peu imposées (là encore, en France, ces taxes sont extrêmes : 60 %)

    Ensuite l'exonération d'impôt sur la plus-value pour durée de détention se produit au bout de10 ans en Allemagne contre 30 en France.

    En France la loi est triste pour les petits propriétaires.
    Et beaucoup, beaucoup plus dure que dans les autres pays.

    • Lucien Marboeuf

      Je ne pense pas que les flux visés en question soient ceux générés par les modestes économies du simple quidam, mais davantage les flux financiers (type Taxe Tobin).