Ces profs qui ont quitté l’Education Nationale

Il y a quelques temps, j’avais lancé un appel à témoins afin que des profs ayant eu une autre vie professionnelle avant d’enseigner racontent leur histoire. Parmi les témoignages reçus, il y avait aussi ceux de profs qui ont connu le parcours inverse : après des années d’enseignement, ils ont décidé de quitter le métier et de se réorienter. Voici une synthèse de leur propos.

Partir, pourquoi ?

Il y a ceux qui, très tôt, ont déchanté. Dès leur entrée dans le métier, ils ont compris que la réalité ne correspondait pas vraiment à ce qu’ils attendaient : « Les études qui ne préparent pas du tout au métier d’enseignant, les visites conseils qui se transforment en jugement m’ont écœurée ». Après quelques années d’enseignement, ils se réorientent logiquement.

Cependant la plupart de ces profs enseignent plusieurs années avant de songer à autre chose. Un schéma revient à plusieurs reprises : « Mon mari a dû changer de travail et de région. Pour le suivre et être avec mes enfants, j'ai pris un congé parental dont j'avais envie et besoin et qui m'a permis de prendre du recul. Je me suis rendue compte que je délaissais beaucoup mes propres enfants pour m'occuper des enfants des autres. Le congé parental a été salutaire. J’ai suivi une formation et je suis maintenant auto-entrepreneur. En fait, cette stabilité que je m'étais mise en tête n'existait...que dans ma tête. Pour la sécurité de l'emploi, on repassera car je suis heureuse que mon mari ait pu subvenir à nos besoins pendant ces années, d'autres collègues n'ont pas eu ce choix et ont dû s'éloigner de leur famille. »

Mais le plus souvent, c’est au contact de la réalité du métier que la prise de conscience se fait jour, petit à petit. « J'ai vu le système se dégrader. J'ai vu que la fonction publique n'offrait plus la sécurité de l'emploi. Les horaires de travail étaient pires que lorsque je travaillais dans la maison de disques. Le salaire aussi. Le stress généré me semblait démesuré par rapport à l'idée que je me faisais de l'école. J'ai trop rarement trouvé de l'enthousiasme réel et une véritable envie de communiquer ensemble au sein des enseignants que j'ai rencontrés ».

Le travail en équipe n’est pas celui espéré, l’isolement pèse et le manque de soutien achève le tout (« j’ai été lynchée sans procès par une hiérarchie douteuse »), enfin « la fatigue physique et psychologique fait son œuvre ».

Etre à sa place

Certains profs font le constat de leur impuissance. Ils interrogent leur propre compétence d’enseignant et comprennent que ce métier ne leur correspond pas : « J'ai très vite eu le sentiment que je n'arrivais pas à aider les élèves les plus en difficultés. J'étais très à l'aise dans la relation aux enfants mais pas dans le rôle d'enseignante, dans le fait de transmettre des savoirs ». « J’avoue que si l’enseignement stricto sensu me plaît, je ne me suis jamais sentie à ma place dans une classe « traditionnelle » où j’avais l’impression de jouer un rôle pour lequel je n’étais pas faite du tout. »

D’autres ont simplement envie d’ailleurs, d’autre chose qui leur corresponde davantage, un besoin d’air frais : « je n’ai pas quitté mon métier de professeur des écoles par perte de motivation, j’adorais mon travail malgré les bâtons que l’on pouvait régulièrement nous mettre dans les roues, mais mon désir de quitter la salle des maîtres pour aller voir comment tournait le monde fut le plus fort » ; « J’avais cette envie de liberté, de ne rien devoir à personne » ; « le statut de fonctionnaire ne convenait pas à mon tempérament ». Ils sont mûrs pour tenter une autre aventure.

Enfin il y a ceux qui formulent un réel dépit, voire une certaine colère, quant à l’institution scolaire. « J'ai été profondément choqué de voir à quel point, l'école d'aujourd'hui, l'école de la république, n'est pas en mesure de réduire les différences sociales. J'ai commencé par la Petite Section de maternelle, j'ai fini par la SEGPA, j'ai donc vu le début et la fin de la scolarité d'un élève... et j'ai vite compris que tout se jouait dés le berceau. Les enseignants sont des héros de tous les jours. Ils se battent pour sauver ce qu'ils peuvent de leurs élèves. J'ai donc quitté l'enseignement, non pas à cause de mes élèves, mais parce que je ne crois pas en notre système éducatif, en toutes ces réformes et il est donc inconcevable que je continue à participer à ce cirque. Je suis en colère contre l'institution qui nous laisse nous débrouiller, ne montre aucune reconnaissance et se permet de faire des commentaires sur notre travail tandis qu'ils sont bien au chaud dans leur bureau. »

Une nouvelle vie

Dans la majorité des témoignages, on sent une forme de soulagement : « ma nouvelle vie m’apporte plus de sérénité, je n’ai plus la boule dans la gorge au moment d’arriver à l’école ».

Parmi ces anciens profs, plusieurs ont quitté l’Education Nationale pour créer leur entreprise (transport, tourisme, sport…). Etant leur propre patron, ayant leur destinée en main, leur motivation est forcément plus forte, leur investissement sans faille. « Avant j'avais du mal à me lever le matin, aujourd'hui je me lève à la même heure.... mais sans réveil, car je travaille pour moi ». A l’étroit dans les murs de la classe, ces anciens profs avaient manifestement besoin de nouveaux horizons.

Il est aussi, très clairement, question d’épanouissement personnel. Il ne suffisait pas de quitter l’école, il fallait encore trouver ce qui leur correspondait, et c’est souvent le cas. « J’apprécie beaucoup le fait d’avoir d’autres possibilités, davantage de liberté, j’aime cet enrichissement personnel, je me rapproche de mon moi intime ».

Autre constante : l’éventail de relations humaines, qui n’a rien à voir avec l’enseignement, où l’on est majoritairement en contact avec des enfants. « J’apprécie la diversité des missions, les échanges avec les adultes, collègues, partenaires ».

Et tant pis si une certaine forme de confort n’est plus là, l’essentiel est ailleurs : « En tant qu’instit le salaire tombe régulièrement, et on n’a pas le souci du chiffre d’affaire, des charges, etc… mais même avec un revenu moindre j’ai une liberté d’initiative, de choix de mes projets et de la façon de les mener qui me satisfait. »

En creux se dessine ainsi ce qui leur avait manqué, quand ils étaient profs, et qui a contribué à leur envie de changement : « J’ai une variété d’occupations et de relations que je n’avais plus eue depuis longtemps, intellectuellement et socialement j’ai l’impression d’évoluer ».

Parmi ces ex-profs, peu semblent avoir des regrets, « surtout quand on voit à quel point la profession d'enseignant a été malmenée ces dernières années et que la situation ne fait que d'empirer ».

Si certains n’ont aucune envie de revenir dans une classe (« aujourd'hui, je ne voudrais pas y retourner et je trouve tellement dommage que le système de l'éducation nationale épuise ses ressources... humaines »), d’autres laissent une porte entrouverte, sait-on jamais… :« Aujourd’hui, je n’ai pas encore renoncé à quitter l’enseignement à tout jamais. Lorsque je pense à l’avenir, je ne sais toujours pas si un jour je retrouverai des élèves ou si j’ouvrirai un centre de plongée (ou autre) sur une quelconque île paradisiaque. Ce qui est bien c’est que je sais que j’ai fait le bon choix et j’ai la vie que je veux aujourd’hui

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  • SavoirPouvoir

    Comme tout métier, il y a des personnes qui sont fait pour et d'autre pas.

    Si le journaliste (c'est un bien grand mot) voulait être objectif il aurait tu parler en générale et ne pas descendre (une fois encore) une profession (que beaucoup de gens ne connaissent pas vraiment).

    Dans le monde professionnel (public comme privée) il y a enorme t de formation, mutation ou réorientation parce que finalement la personne a découvert qu'elle n'était pas fait pour ce poste.
    C'est pas nouveau, et c'est pas prêt de se finir.

    • marboeuf

      SavoirPouvoir (!), auteur de ces lignes je suis enseignant, pas journaliste, et vous êtes sur un blog (il faut faire attention à ce qu'on lit !). J'ai recueilli les propos de dizaines de collègues, retranscrit leur itinéraire. A aucun moment, donc, il n'est question de descendre cette profession !... Par ailleurs, il ne s'agit pas ici seulement de personnes s'étant trompées de boulot, mais de l'usure d'un métier passablement corrosif, entre autre. Cela vous aura échappé, visiblement.

      • groinck

        Je crois malheureusement qu'il est dans la provoc et relève plus de la dinde au bisky!!!!

        • Jaycee28

          Non c'est la réalité

  • lyseam

    et les inspecteurs régionaux ou académiques ????
    souvent planqués et/ou souvent collabos ou assistants gourous d'un système inique, et persuadés d'être la crème de leur matière au point de l'écrire noir sur blanc par lettre au ministre de l'EN pour défendre leur "corporation" qui risquerait de perdre" les meilleurs des profs" -bien sûr !-qu'ils sont selon eux, profs mais n'exerçant plus parfois depuis très longtemps... (et pour défendre une augmentation de salaire au passage)....

  • lyseam

    et les inspecteurs pédagogiques régionaux ou académiques ????
    reconversion ...???

    puis-je écrire sans être censurée à nouveau que les IA et IPR se considèrent comme les meilleurs des profs possibles -tout en se carapatant de l'enseignement effectif -:
    preuve : http://snia-ipr.fr/upflash/FLASH48.pdf

  • christelle29

    J'ai fait tout l'inverse (j'airais du participer à l'article précédent). J'étais dans la fianace et je suis devenue prof des écoles. J'ai arrêté pendant 4 ans car j'ai eu un enfant handicapé et je me suis occupée de lui. Je revis depuis que j'ai repris le boulot. Je suis en CP et même si c'est fatigant, les enfants m'apportent tellement que c'est une bouffée d'oxygène! Il faut des fois relativiser. Notre métier n'est pas facile, pas valorisé, mais il est beau!

  • Aourell

    Et bien moi, je suis un des rares cas qui regrettent. Ca fait 6 mois que j'ai fait ma reconversion et je regrette les élèves, je ne regrette pas du tout l'administration, la paperasse etc. Mais globalement, enseigner me manque.

  • ryannworld

    Je pense que face à la difficulté à enseigner, il faut trouver le moyen de s'y épanouir. Quand on vit en Europe , on peut se permettre de démissionner de la fonction publique,il y a du boulot (malgré le chômage) et des perspectives(créer son entreprise est plus facile). Mais quand on vit en Martinique on a pas ce luxe, la vie coûte très chère et le marché de l'emploi est très restreint. Malgré mes désillusions, j'aime enseigner. Le décloisonnement et l'interdisciplinarité sont les clés pour s'épanouir dans ce travail et surtout savoir prendre de la distance et de la hauteur(surtout quand on enseigne en ZUS). Je suis devenue professeur des écoles à 34 ans. J'ai fais pleins de boulots avant. Cela me complexait au début de ma carrière, mais maintenant je trouve que c'est un atout. Quand je vois mes collègues qui sont professeurs depuis l'âge de 21 ans ou 22 ans , et qui n'ont connu que cela et qui sont très fatigués moralement.

  • http://www.confidencesdeprofs.com Sebastien Cappuccio

    Bonjour. J'aimerai recueillir des témoignages de profs qui auraient réussi leur reconversion. J'ai créer un blog dans ce but pour que les professeurs puissent partager leurs expériences de la reconversion. Penses-tu pouvoir m'aider?

    • marboeuf

      En MP sur Facebook.

      • http://www.confidencesdeprofs.com Sebastien Cappuccio

        ok, je te recontacte la semaine prochaine. Merci

  • Rodolphe Stanislas

    Article creux et inutile