Pourquoi les enfants de profs réussissent-ils mieux que les autres ?

Fred Dufour/ AFP

C’est une idée qui circule, que vous avez déjà entendue certainement, comme moi : les enfants de profs réussissent mieux que les autres à l’école. Une chercheuse s’est penchée sur cette question, décortiquée dans une thèse de 390 pages. Et bien d’après elle, c’est vrai, et voici pourquoi.

Les enfants d’enseignants ont de meilleurs résultats que les autres

Annie Da Costa-Lasnes a analysé les résultats scolaires des enfants de profs par rapport à ceux des autres enfants, et particulièrement par rapport aux résultats des enfants des cadres, aux caractéristiques sociales proches (elle tentera ensuite de comprendre d’où vient la différence entre ces deux publics). A tous les niveaux de la scolarité, les enfants d’enseignants ont de meilleurs résultats.

- dès le CP, les enfants de profs ont des résultats légèrement supérieurs à ceux des cadres ;

- à l’entrée en 6ème, 53,5% des enfants de profs appartiennent au quartile supérieur de réussite contre 48% des enfants de cadres ;

- en primaire, 97,5% des enfants de profs ne redoublent pas, contre 94,5% des enfants de cadres (90% pour les enfants de professions intermédiaires, etc.) ;

- 90,5% des enfants d’enseignants entrés en 6ème en 1995 ont obtenu leur bac en 2002 (87,5% chez les enfants de cadres), 81% au bac général contre 75,5% (56% pour les enfants de professions intermédiaires). "Le fait d’être enfant d’enseignant augmente la probabilité d’obtenir le baccalauréat de 3% par rapport au fait d’être enfant de cadre" constate Da Costa-Lasne ;

- ça continue dans l’enseignement supérieur : "En 2010, alors qu’en moyenne 53,5% des enfants nés en 1995 ont accédé à cette date à l’enseignement supérieur, 89,5% des enfants d’enseignants et 82,5% des enfants de cadres ont été dans ce cas (…). Plus des 3/4 de ces enfants sont sortis du système éducatif avec un diplôme de l’enseignement supérieur contre un peu moins des 2/3 des enfants de cadres. Ils se distinguent également par le plus fort taux d’obtention d’un diplôme de niveau au moins égal à un bac + 3. 63% d’entre eux obtiennent un tel diplôme contre 52% des enfants de cadres" ;

- enfin, les enfants d’enseignants ont le plus faible taux de redoublement sur l’ensemble de la scolarité (69% contre 64% chez les enfants de cadres) : "Les enfants d’enseignants sont donc près de 5% de plus que les enfants de cadres à n’avoir jamais redoublé pendant toute leur scolarité secondaire "

Comment expliquer cet "effet enseignant" sur la réussite scolaire ? Pourquoi les enfants d’enseignants réussissent-ils mieux à l’école que ceux de catégories sociales proches, telles les cadres ? Quels sont les processus familiaux de la fabrication de cette réussite ? La suite de l’étude apporte des éléments de réponse.

Les déterminants familiaux de la réussite scolaire

Evidemment, le niveau d’étude des parents, leurs pratiques culturelles, les ressources familiales, tout cela joue dans la réussite des enfants, mais au-delà, il existe un certain nombre de pratiques parentales favorables à la réussite des enfants. Ces pratiques, les parents enseignant les mettent en œuvre plus que les autres.

Pour l’auteur, qui s’appuie sur un fort corpus de recherches existantes, "deux dimensions principales des pratiques familiales éducatives sont à prendre en considération : les pratiques qui participent à la socialisation de l’enfant et les pratiques d’accompagnement de la scolarité. Privilégier l’épanouissement de l’enfant, respecter sa personnalité, fonder les relations parents-enfant sur la négociation et le contrat ou encore favoriser l’encouragement et l’initiative de l’enfant, telles sont quelques-unes des pratiques démontrées influentes sur les résultats scolaires. A propos des pratiques d’accompagnement de la scolarité, une participation parentale volontaire aux activités de l’école et un engagement actif dans les instances de prise de décision des établissements apparaissent favorablement associés à la réussite de l’enfant. Quant au suivi parental à l’extérieur de l’institution scolaire, l’enrichissement de l’enseignement proposé par la famille, le temps consacré au suivi et le caractère pédagogique des interventions des parents semblent contribuer à améliorer les performances scolaires. Enfin, du côté de la détermination parentale dans les projets scolaires, les aspirations scolaires élevées et exigeantes sont également montrées positivement influentes sur le succès scolaire."

Ces pratiques favorables sont générales, elles sont à l’œuvre pour tout ou partie chez des parents de types très différents. Mais ce que note l’auteur, c’est que "les parents enseignant sont proportionnellement les plus nombreux à mettre en œuvre les pratiques les plus en lien avec la réussite scolaire, et parmi ces dernières, ils sont proportionnellement les plus nombreux à mettre en œuvre les plus efficaces de toutes".

Les trois caractéristiques du modèle éducatif des parents enseignant

Affinant encore son étude, l’auteur établit ensuite trois directions éducatives qui semblent singulariser le modèle éducatif des parents enseignant.

A. La construction d’un être "complet" et singulier par l'éclectisme et la maximisation des pratiques culturelles : "Comparativement aux autres parents, et notamment vis-à-vis des familles de cadre(s), les parents enseignant(s) promeuvent intensément l’éclectisme et le cumul des pratiques culturelles avec l’ambition que leur enfant se distingue par la richesse de ses références culturelles, par une socialisation étendue et par la qualité des savoirs acquis. La diversification et la maximisation des pratiques culturelles doivent ainsi conduire à former un être « complet » aux références culturelles plurielles". Les enseignants pratiquent plus d’activités artistiques, plus intensément, font plus de sport, de jardinage, de bricolage, vont plus au cinéma, au théâtre, au musée, s’investissent plus au niveau associatif… (mais les mauvaises langues diront que c’est parce qu’ils ont plus de temps !). Leurs enfants sont les plus nombreux à pratiquer une activité en club, en association ou en conservatoire, vont plus à la bibliothèque, sont deux fois plus nombreux à suivre plusieurs activités, notoirement la musique. Les vacances familiales, éducatives ou de découverte sont privilégiées, les adolescents partent plus entre amis, travaillent plus l’été que les autres… Ils ont les plus nombreux à pratiquer une activité citoyenne ou civique, à participer à des mouvements de jeunes, maximisant les chances de varier les milieux fréquentés.

B. La construction d'un être "équilibré", autonome et responsable, par le travail de perspectives éducatives aux objectifs a priori opposés : "Les parents enseignant(s) s’appliquent ainsi spécifiquement à combiner des pratiques alliant affection et contrôle, encadrement et encouragement à l’autonomie, reconnaissance des autres et estime de soi. Loin de conduire à un modèle éducatif dissonant, la favorisation de perspectives éducatives aux objectifs a priori opposés l’équilibre". Notamment, les parents enseignant, par leur regard positif, transmettent confiance et sérénité à leurs enfants en matière scolaire, tout en maintenant un haut degré d’exigence. Ils encadrent aussi solidement qu’ils écoutent réellement leur enfant, développent leur altruisme autant que leur esprit de compétition, le tout avec dosage, progressivité et équilibre.

C. La gestion experte de la carrière scolaire de l'enfant par l'installation d'une grande continuité éducative, la constitution puis la valorisation d'informations scolaires non génériques et le contrôle de l'offre pédagogique de l'établissement fréquenté. "En complément du travail sur l’identité de l’enfant, les parents enseignant(s) œuvrent stratégiquement à l’optimisation de sa réussite scolaire. Selon cette dernière direction éducative, ils se distinguent des parents cadre(s) par l’installation d’une remarquable continuité entre la vie scolaire et la vie familiale. Les devoirs scolaires s’en trouvent parfaitement intégrés au quotidien familial [les parents enseignant déclarent pour 60% d’entre eux travailler à la maison, contre 10% des cadres, le travail est donc une activité familiale et domestique instinctivement admise par l'enfant]. Ces parents sont aussi ceux qui, grâce à leur travail permanent de prise d’informations sur le fonctionnement du système scolaire, de l’établissement et de la classe et par leur capacité à établir un diagnostic des forces et des faiblesses des enseignants ainsi que des compétences et des lacunes de l’enfant, détiennent la meilleure expertise éducative en matière de gestion de la carrière scolaire de l’enfant. Enfin, à la différence des parents cadre(s) d’abord soucieux du climat scolaire ou de la composition sociale de l’établissement fréquenté, les parents enseignant(s) cherchent à contrôler l’offre pédagogique. Une classe à faible effectif, des enseignants impliqués, des options et des filières sélectives sont les critères recherchés en priorité. Pour ces parents, la qualité des conditions d’apprentissages prime sur celle de l’environnement social. »

La transmission éducative : construire plutôt que léguer

L’auteur de l’étude met également l’accent sur la dimension active de la transmission : « Eu égard au haut niveau d’investissement, tant des parents que des enfants, exigé par chacune des trois directions éducatives décrites précédemment, conclure à un véritable travail de transmission familiale s’impose. La transmission éducative s’opère par un travail d’expert, conséquent et maintenu sur la durée de la part des parents, associé à un engagement constructif de la part de l’enfant. Au final, l’intrigante réussite scolaire des enfants d’enseignant(s) tient non seulement à des pratiques éducatives spécifiques mais encore à la mobilisation des acteurs familiaux dans leur mise en œuvre. »

La chercheuse conclut que les enfants d’enseignants ne sont pas des "héritiers" imprégnés d’une culture de classe, mais que leur réussite est le fruit de pratiques éducatives familiales stratégiques efficaces et d’un investissement parental permanent.

Un modèle menacé ?

C’est la question que pose en conclusion Annie Da Costa-Lasnes. D’après elle, de nombreux travaux montrent que "le poids des mécanismes de marché, notamment dans le supérieur favoriserait particulièrement les cadres issus du pôle privé. La forme de libéralisation du système que l’on observe aujourd’hui ouvrirait un espace de valorisation scolaire pour les plus forts capitaux sociaux et économiques. Ces logiques pourraient même, au détriment des élites culturelles dont font partie les enseignants faire basculer, non pas la fracture entre classe populaire et bourgeoisie, mais l’équilibre au sein même des classes moyennes et supérieures ; pour le dire vite, entre pôles public et privé, entre élite culturelle et élite économique". 

Des pistes…

… J’ai lu avec beaucoup d'intérêt cette thèse passionnante, bien écrite et parfaitement sourcée. Evidemment parce que je suis enseignant et parent, et que, égoïstement, ce qui est dit me rend confiant pour le futur de ma progéniture. Mais pas seulement. Il y apparaît entre autres très clairement que la réussite scolaire n’est seulement fonction de l’école et de l’enseignement pratiqué (lequel ne doit en aucun cas se dédouaner) comme on voudrait trop souvent le faire croire, et de plus en plus, mais qu’elle relève essentiellement de l’éducation parentale et familiale au sens le plus large et le plus noble. A l’heure où on cherche tous les moyens de lutter contre l’échec scolaire, mais en se cantonnant le plus souvent à l’intra-scolaire (où il y a évidemment beaucoup à faire), il y a dans le travail fait par cette jeune chercheuse, me semble-t-il, de nombreuses pistes à développer dans l’accompagnement éducatif des familles et du lien à développer à et en dehors de l’école. Ce afin, pour reprendre une formule qui m’a beaucoup plu, de permettre à l’enfant de "devenir tout ce qu’il est capable d’être".

 

« La singulière réussite scolaire des enfants d’enseignants : des pratiques éducatives parentales spécifiques ? », par Annie Da Costa-Lasne, janvier 2013. Lisible ici dans son intégralité, ou bien en résumé, annexes ici.

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  • http://www.facebook.com/profile.php?id=1433326039 Karel Hfx

    "l’intrigante réussite scolaire des enfants d’enseignant(s)". Intrigante? Vraiment? Ça ne me parait pas plus intrigant que le fait que les enfants de commerçants ont significativement bien plus de chances de réussir dans la création d'entreprise. L'intérêt de cette thèse, comme vous l'avez résumé ici me parait plus expliquer en détail un phénomène parfaitement "logique", que le découvrir. Je n'ai pas lu la thèse mais il me semble qu'il manque un aspect "connaissance du système scolaire" qui fait que 2 enfants de même intelligence, avec les mêmes pratiques culturelles peuvent réussir différemment à l'école car, l'un aura été "pré-formater" pour convenir aux "canons" scolaires. Sinon, en lisant le résumé,  cela reviendrait à dire que l'école favorise forcément les enfants "complets" et singuliers", "équilibrés", "autonomes et responsables" et qui voient leurs parents bosser à la maison. Malheureusement, je pense que l'école favorise seulement une partie des enfants correspondant à ces critères.  

    • kevin

      je pense que vous faites fausse route. L'article ne dis pas que les enfants ne deviennent pas des entrepreneurs. D'ailleurs pour beaucoup, ils deviendront des chefs d'entreprises. SI vous regardez les plus grands PDG de France, les élèves d'HEC... vous seriez étonné de voir le nombre de parents issus de l'Education Nationale. Je connais pleins de petits patrons de PME qui font aussi tout pour que leurs enfants réussissent à l'école et ça marche. L'important est surtout de transmettre la curiosité et l'importance de l'école pour que celui ci choisissent son futur métier ( ingénieurs, docteurs, professeurs, chef d'entreprises, avocats, consultants, etc... ). Pour cela il n'y a pas de secret... c'est de bosser dure à l'école.

  • http://www.facebook.com/julie.baverel Julie Baverel

    Bonjour Lucien, une fois encore je trouve en vous lisant une expression juste et parfaitement formulée de mes convictions personnelles. :)
     J'espère que la conclusion de cet article en fera naitre un prochain pour recenser, présenter, décrire, valoriser... les nombreuses pistes à développer "dans l’accompagnement éducatif des familles et du lien à développer à et en dehors de l’école."
    au plaisir de vous lire

    Julie

  • lyseam

    Et oui : l'éducation familiale conditionne l'éducation scolaire et l'instruction !

    Un point semble oublié : les parents enseignants vont (toujours statistiquement) peut-être bien davantage respecter l'institution école et les autres enseignants, et bien moins se mêler de façon désobligeante et encore moins de façon  insultante (quelles que soient les failles éventuelles repérées chez les autres) de la pédagogie de l'enseignant (aussi parce qu'ils "peuvent" plus facilement compenser à la maison) . Et puis dans la même veine, dans socialisation, il y a le respect des règles de vie commune dans la dignité de chacun (plus clairement : écouter l'enseignant/ ne pas mettre le foutoir/ne pas mentir ni tricher/ne pas agresser, insulter menacer enseignants ou camarades etc , ce qui manque cruellement à la mode éducative actuelle, plutôt bien généralisée qui se résume à "épanouissement de l'enfant-roi que rien ne doit contrarier (car contrarier=maltraiter et =contrarier les parents ou! !)  par la facilité et la liberté égotiste de l'illusoire etc  ou encore pour les autres mais pas pour moi etc..."
    (même si tout cela n'est que statistique)

    Pour résumer le milieu familial enseignant (ou TOUT milieu où l'enfant "réussit") a davantage tendance à privilégier l'être sur l'avoir et dans la mesure où l'école jusqu'au bac fait de même, les enfants d'enseignants réussissent "mieux " même que les enfants d'autres cadres, statistiquement. Alors qu'après le bac, ce qui va payer pour la vie active -la méritocratie ne fonctionnant pas/plus et l'ascenseur social étant cassé et les dés pipés, par le manque d'emplois - c'est plutôt le milieu de l'avoir, (réseau /argent disponible pour se lancer..) qui apporte un bénéfice : la vie /la société actuelle(s) privilégiant l'avoir (et l'apparence) sur l'être (et le savoir). Hélas.

    Et les milieux ni "intellectuels" ni riches sont floués à tous les coups, par ces temps de disette culturelle et intellectuelle..
    Ce qui devrait pousser , soit dit en passant, plutôt à une plus grande exigence à l'école pour un niveau poussé et tiré vers le haut et non à un nivellement vers le bas pour plaire à presque tous satisfaits de l'enveloppe vide mais si légère à porter.

    Bon, bon.
    donc tout ça, que ce soit pratiqué par les enseignants OU PAS , on le savait déjà mais c'est intéressant.

    Une remarque cependant en ces temps troubles de crise économique débutée il y a 20 ans d'ailleurs : la condition de sérénité aidant à l'épanouissement de l'enfant qui (pourtant- selon les concepts consuméristes actuels) intègre des notions de travail/efforts/règles/et mêmes principes est largement aidée par le fait que la plupart (pratiquement tous) des enseignants sont en CDI fonctionnaires de l'Etat, avec effectivement bien moins aussi de problèmes de garde ne serait ce "que" pour les vacances scolaires (mais pas forcément bcp plus de disponiblité : après plusieurs heures en classe, cela ne ravit pas de s'y remettre avec son enfant mais mais c'est vrai l'ambiance et l'exigence sont là -hou exigence le vilain mot de nos jours !). Je ne pense pas que cette sérénité financière et temporelle soit la clef (mais bien plutôt l'éducation familiale) mais c'est une réalité qui aide (et qui fait des jaloux qui par réaction rejetteront le bébé avec l'eau du bain ou se serviront de l'une pour rejeter l'autre)

  • Noon92

    Comment faut-il interpréter "le poids des mécanismes de marché, notamment dans le supérieur favoriserait particulièrement les cadres issus du pôle privé" et le reste du paragraphe ?
    Est-ce que l'on parle ici des frais de scolarité en constante augmentation ?

  • Ol2

    C'est simple, c'est le métier des enseignants d'enseigner : il connaissent mieux la pédagogie, savent comment expliquer différemment si l'enfant ne comprend pas, ils se préoccupent des devoir de leurs enfants et leur expliquent quand et pourquoi ça ne va pas, les enfants bénéficient le plus souvent de "cours particuliers" à domicile dans les matières que les parents connaissent (même si ça sort de leur spécialisation) et en cas de sale note, l'enseignant sait quoi faire pour que son enfant comprenne (ou apprenne) la leçon défaillante.
    En plus, les enseignants ont un diplôme supérieur ce qui amène un avantage sur l'éducation des enfants.

    Enfin, sous peine que l'enfant soit dans le même établissement que son/ses parent(s), en cas de mauvais comportement ou de mauvaise note, leçon pas apprise, ... le(s) parent(s) de l'enfant sait automatiquement les choses via son/sa collègue, l'enfant le sait bien, et les choses sont prises immédiatement en compte (et pas à la fin du trimestre).

    • marboeuf

      Tout ceci est vrai, très bien analysé dans la thèse, mais n'est pas tout. L'auteur montre bien qu'il ne faut pas seulement considérer la partie purement scolaire du projet éducatif, mais aussi l'aspect "formation de la personnalité" de l'enfant (relire mon résumé ci-dessus : seule la troisième caractéristique de la démarche éducative des parents enseignant relève du scolaire, les deux premières non).

  • http://www.facebook.com/chantal.baranes Chantal Baranès

    Il serait intéressant de savoir sur combien d'enfants et adolescents porte cette étude. J'ai assisté à une soutenance de thèse dont le panel atteignait 19 enfants. Je ne dis pas que ce soit pareil ici, c'est juste pour savoir...

    • michele thirion

      Je n'ai hélas pas lu cette thèse qui semble intéressante et je voudrais souligner un élément, dont je ne sais s'il est évoqué dans la thèse elle-même et qui n'apparaît pas dans cette analyse. Il s'agit d'un aspect sociologique important dont bénéficient les enseignants dans la gestion de leur temps de travail. Leurs horaires et les périodes de vacances scolaires leur permettent d'être plus présents auprès de  leurs enfants et de les accompagner vers la découverte d'activités culturelles, artistiques, sportives, et surtout nouer les liens affectifs.
      C'est d'ailleurs un des avantages très souvent pris en considération par les femmes et maintenant de plus en plus par les hommes.
      Attention, je ne dis pas que les enseignants travaillent moins que les autres,et que ce n'est pas un métier simple et sans stress.
      Toutefois, les vacances scolaires apportent un plus à l'équilibre familial pour la plupart. Et, cela me semble un élément essentiel pour la réussite de vie sociale des enfants.
      Alors, à quand une véritable réflexion sur le temps de travail ? Utopie aujourd'hui ? 
      Michèle Thirion

      • marboeuf

        Vous avez raison, l'auteur en parle en plusieurs endroits de sa thèse. Bien entendu le temps de disponibilité des parents enseignant a une importance non négligeable sur l'accompagnement de leurs enfants, mais ce que montre l'auteur, c'est qu'il y a autre chose, un vrai "projet" global d'éducation (certes rendu possible grâce à ce temps de disponibilité).

    • marboeuf

      Le travail de cette chercheuse est fondé non sur ses propres données, mais sur les données statistiques de l'INSEE : l'examen du Panel 95 (cohorte d''élèves nés cette année) et une étude de 2003 portant sur "Education et famille".

  • http://www.facebook.com/jacqueline.cluzelnottelet Jacqueline Cluzel-Nottelet

    Les parents-enseignants, outre la "disponibilité" évoquée, ont peut-être, tout simplement, une démarche différente basée sur davantage de ressources de "pédagogie" pour aider leurs enfants à faire les tonnes de "devoirs" que les enfants, malgré une prétendue interdiction des devoirs à la maison, doivent réaliser après les horaires scolaires...

    • http://www.facebook.com/profile.php?id=100002509149642 Nadine Denis

      Non chère madame !!!!! Étant moi-même enseignante et mère de 2 enfants auxquels j'ai enseigné, je n'ai JAMAIS fait faire une tonne de devoirs à mes enfants pour qu'ils soient meilleurs. Je dirais plutôt que ce sont les ressources pédagogiques qui sont aidantes. Je dirais même qu'il est interdit de parler "école" pendant nos vacances estivales !

  • Lillas4

    Très bon article, mais certains commentaires sont décevants...Certains croient que les enseignants sont des gens qui ont le même horaire que les élèves et qu'ils travaillent de 8h10 à 15h05 !!! Désolée de vous décevoir, mais les enseignants commencent bien souvent à 7h30et sortent de l'école à 16h45, si ce n'est pas 17h00, et lorsqu'ils arrivent chez eux, ils ont encore du travail pour réussir à bâtir les meilleurs activités d'apprentissage pour leur élèves, en prenant soin de bien susciter leur intérêt! S'ils sont plus disponibles pour leurs enfants, c'est qu'ils sont conscients de l'importance de cette disponibilité! Et oui, ils sont sûrement mieux outillés, mais je crois par dessus tout qu'ils transmettent à leur enfants l'importance de l'effort, de l'implication et du travail... Comme la recherche le démontre, ce sont des enfants qui n'ont pas tout, ''tout-cuit dans le bec''... On devrait peut-être prendre en exemple certaines de leurs façons de faire pour permettre aux enfants de toutes classes sociales de pouvoir mieux réussir.

  • mouf72

    Je me demande toujours pourquoi lorsqu'il s'agit de la profession enseignante, certaines personnes trouve toujours une façon de la dénigrer. Nous sommes vraiment nés pour du p'tit pain. Je n'émettrais pas de commentaires sur tous les aléas et toutes les niaiseries que peuvent subir un prof dans une journée, une semaine, un mois, une année scolaire... Je prendrais sûrement le temps  un  jour à ma douce et lointaine retraite pour le faire. D'ici ce temps là, je suis dans l'espérance que les mentalités puissent changer!

  • http://www.facebook.com/profile.php?id=100001220474889 Zelie Simons

    Zut mon fils est autiste, ça compte malgré tout?

    • http://www.facebook.com/tompouce29 Thomas Pascal

      Cela compte plus que tout.

  • Sophie5

     Article très intéressant, cela nuance le reportage télévisé sur la question, reportage assez réducteur si ma mémoire est bonne. Dommage qu'ils n'aient pas mis votre texte sur leurs images...

  • ObjPapillon

    Bref, à la lecture de l'article, les enfants réussissent mieux parce que les parents profs sont de meilleurs parents, d'ailleurs c'est vrai parce que c'est un prof qui le dit ! 

    • marboeuf

      Etrange, je ne pensais avoir dit ça, mais bon...
      Peut-être vous conseillerais-je de relire attentivement le post ? 😉

  • Adeline

    Fille, petite-fille et arrière-petite-fille d'enseignants, j'ai pris conscience il y a quelques années de l'importance du point C (La gestion experte de la carrière scolaire de l'enfant par l'installation d'une grande continuité éducative), suite à un colloque où un des intervenants expliquait que si les enfants d'enseignants réussissent plus ce n'est pas parce qu'ils sont plus intelligents, mais parce qu'ils ont les clés, maîtrisent des codes qui ne sont pas évidents ni transparents pour des personnes qui ne viennent pas du milieu enseignant (ce dont on n'a pas forcément conscience quand on est dans la machine depuis 100 ans). Depuis ce moment, je me suis demandée, en tant qu'enseignante (eh oui...), comment faire en sorte de rendre plus lisibles ces codes pour mes élèves comme pour leurs parents pour qu'ils puissent se les approprier. L'évaluation par contrat de confiance m'a permis de mettre en place un système qui tend vers cette passation des codes à mes élèves et à leur famille. Souvent les parents ne savent pas comment aider. C'est alors très difficile d'aider l'enfant à apprendre une leçon d'Histoire. Certains démissionnent, d'autres font "de travers" (apprentissage par cœur, sans mettre de sens). Lorsque nous fixons une évaluation, je prends une séance en classe pour rédiger une "fiche réussite" dans laquelle les élèves, avec mon aide, trouvent les objectifs à atteindre pour connaître leur leçon/être prêts pour l'évaluation (ex : je connais ma leçon si sais quelle est la date de la prise de Bastille, si je sais définir la monarchie constitutionnelle, etc.). Cette fiche a pour but de les aider à acquérir cette méthodologie qui n'est pas naturelle, et elle va ensuite être utilisée à la maison par les parents pour aider l'enfant dans ses révisions. Une mère m'a remerciée un jour, car elle me disait qu'elle n'avait pas étudié en France et qu'elle ne savait pas quelles étaient les attentes alors les évaluations la stressaient, elle ne savait pas quand s'arrêter. Grâce à ces fiches, elle se sentait plus à l'aise pour aider son fils (et si la mère est moins stressée, je me dis que ça ne peut qu'être positif pour l'enfant).
    Alors cette solution n'est pas miracle car elle ne répond qu'à la 3e caractéristique que vous développez, mais c'est une piste parmi d'autres, que j'essaie de mettre en place dans ma classe pour aider mes élèves sur du long terme (je crois qu'acquérir une méthodologie, comprendre comment apprendre et arriver à décoder les attentes d'un enseignant sont des capacités qui leur seront très utiles pour la suite de leurs études). Ce n'est pas miracle non plus dans le sens où ça ne va pas débloquer des élèves qui ont de réelles difficultés, ou qui refusent de travailler. Cela reste une méthodologie, qui permet d'éviter à une partie des élèves d'être en échec artificiellement, pour les mauvaises raisons. Pour les autres, il faut trouver d'autres pistes.
    Dans tous les cas, j'ai plaisir à partager un peu de ces codes avec mes élèves et leurs parents, et certains en font bon usage.

  • Patrick Hatrel

    Allez! Aucun membre de ma famille ne sort du corps enseignant sur plus de cinq générations. Vous comprendrez mon intérêt pour ce sujet, j'ai longtemps arpenté les couloirs d'école en vue de comprendre ces fameux codes, j'y ai surtout compris que les enseignants n'étaient que peu ou pas soutenus par leur hiérarchie dans primaire et le secondaire. J'ai pu constater la démission d'une majorité de parents de leur rôle d'éducation. Pour cela je rends hommage aux instits. Cependant, "bémolons" sur les causes de la réussite des enfants d'enseignants dans le cursus universitaire dans lequel l'argent est le nerf de la guerre et le système de caste qui conditionne la pérennisation d'une lignée d'enseignants trop heureux de s'intégrer dans un système vieillissant et obsolescent.Soyons plus pragmatique, une vie heureuse est un subtil mélange de réussite sociale, professionnelle et familiale. la seule réussite professionnelle ne permet pas d'atteindre cet objectif, or le métier d'enseignant est le seul qui offre tous les ingrédients permettant d'atteindre ces trois objectifs, Alors, une thèse de 390 pages d'un universitaire prêchant pour sa paroisse n'a d'utilité qu'accroché au clou d'un cabinet d'aisance.

  • Philippe Resdulac

    Le milieu enseignant a une capacité extraordinaire pour redécouvrir régulièrement l’eau chaude et d’autres faits qui sont banals dans le monde extérieur. Oui, les enfants de profs ont plus de succès scolaires, tout comme ceux des militaires réussissent mieux dans l’armée, ceux des acteurs dans le spectacle, ceux des avocats dans le juridique, ceux des cadres dans l’entreprise et ceux des artisans dans les services. Sauf dans le cas minoritaire de conflits familiaux, il est normal que les enfants intègrent naturellement les codes professionnels parentaux, apprennent les portes à ouvrir et bénéficient souvent du coup de pouce nécessaire.

    Mais la bonne question ne serait-elle pas que les familles d’enseignants fabriquent plus de futurs profs qu’il y a de postes à pourvoir dans le système éducatif ?

    Ce qui serait constructif serait d’analyser le taux de réussite des enfants de profs qui quittent le cocon de l’enseignement pour se confronter aux autres milieux. Le niveau de leurs diplômes, certes supérieur à la moyenne, suffit-il pour les préparer à évoluer dans d’autres logiques mentales ?

    • marboeuf

      Il me semble que vous n'avez pas bien compris de quoi il en retourne, ici. Il s'agit d'une thèse visant à percevoir et à décrire des récurrences, voire des invariants sociologiques, dans la réussite scolaire des enfants de profs, non pas d'établir que l'eau est chaude : un peu comme si on essayait de comprendre précisément en quoi les enfants d'artistes réussissent plus dans le métier en décrivant par le menu et par l'étude ce qui fait que.
      Heureusement que l'étude est plus sérieuse que ce que vous voulez faire croire et ne fonctionne pas seulement par truismes, elle...
      Il me faut aussi ajouter que vous vous trompez lourdement sur les "postes à pourvoir dans le système éducatif" : si vous étiez un peu au fait des choses de l'éducation, vous sauriez que les concours ne trouvent pas preneur et qu'il y a actuellement en France (mais aussi ailleurs) de sérieuses difficultés à recruter.
      Enfin, vous imaginez bien qu'avec 800.000 enseignants en France, leur progéniture est bien nombreuse à "se confronter à d'autres milieux", c'est purement mathématique... Comme quoi, on constate que certaines logiques mentales gagneraient à raisonner davantage.