Trois livres pour se réconcilier avec la justice

« Mes raisons d’Etat » de Louis Joinet (Ed La découverte)

 

Il est aujourd’hui ce qui manque le plus à la Justice. Une bonne conscience. Il est actuellement notre Casamayor dont il évoque le souvenir. Louis Joinet a publié il y a plusieurs semaines ses « mémoires d’un épris de justice ». Dans un ouvrage à l’écriture vive et captivante, il retrace ses innombrables combats. En juridiction mais surtout dans les différents cabinets qu’il a traversé. Tant à la Chancellerie qu’à Matignon, auprès de 5 premiers ministres, ou à l’Elysée, aux cotés de François Mitterrand. C’est le combat d’un homme qui s’est battu pour son institution, en créant en 1968, le Syndicat de la Magistrature, marqué à gauche. En militant également pour les droits de l’Homme, par exemple auprès de l’ONU.

A chaque fois qu’il décortique les étapes de son itinéraire, il va à l’essentiel. Tantôt expert, tantôt témoin, tantôt narrateur. Mais sous sa plume, même l’anecdotique garde sa force. Quand il raconte ainsi qu’il fait le forcing au dernier jour du mandat de François Mitterrand à L’Elysée pour obtenir du Président de la république, à la porte de son ascenseur, une seconde grâce pour Philippe Maurice, après que sa condamnation à mort ait été commuée en perpétuité. Tout aussi réjouissant les portraits de tous ceux qu’il a croisés dans son long parcours judiciaire, comme Maître Vergès, par exemple. Savoureux aussi la narration de son éviction de la CNIL.

 

« Le courage de juger » de Denis Salas (Bayard)

 

Il est plus essayiste que magistrat et il est probablement actuellement celui qui met le mieux en perspective l’évolution de l’institution judiciaire dans notre société. En répondant aux questions de Frédéric Niel, journaliste au Pèlerin, il tente de dresser un bilan, un état des lieux et l’avenir de la justice après les années Sarkozy et durant les années Hollande. « Je reste partagé entre espoir et désenchantement. Le monde judiciaire, écrit-il, ressemble à un bois tordu ». Sans concession, il égratigne les politiques, dissèque les rapports de force entre juges du siège et procureurs et remet à sa place les journalistes chargés de couvrir les faits divers et les affaires judiciaires ; Le courage de juger mais aussi le courage de dire.

 

« Porter leur voix » de Laure Heinich (Ed Fayard)

 

Sous titré « un avocat sans effet de manches », le livre est le reflet de son auteur. Digne et consciencieuse. « Il en va du palais de justice de Paris comme de certains hommes : l’extérieur est splendide, l’intérieur est pourri ». Ainsi commence l’ouvrage de cette avocate. Ambiance. Des chapitres courts qui nous entraînent au cœur de ces dossiers comme celui du Gang des Barbares dans lequel elle est intervenue sur les bancs de la défense. Un livre basé principalement par les chroniques qu’elle tient sur Rue89. Etre la voix de celui qu’on représente, est la fonction phare de l’avocat comme le défend M° Heinich. Mais défendre, c’est aussi dire ses 4 vérités à qui ne veut pas forcement l’entendre. Portrait d’une justice humaine donc faillible. Entre les lignes, on y découvre une avocate sensible. Sans effets de manches mais qui donne à la robe, toute sa noblesse de cour…017

Publié par Dominique Verdeilhan / Catégories : Actu

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