Rachida Dati dans Cash Investigation : l'anti-manuel de communication

Extrait de l'émission Cash Investigation

Flanquée d'un service d'ordre conséquent, Rachida Dati fait mine ne de pas entendre les questions d'Elise Lucet dans les couloirs du parlement européen avant, littéralement, de perdre son sang froid. La journaliste tentait tout simplement d'en savoir plus sur les liens entre l'eurodéputée, et Engie (ex-GDF Suez), le leader français du gaz dans le cadre de son émission "Cash Investigation" que vous pouvez regarder en replay sur le Pluzz. Désastreux en termes d'image pour Rachida Dati, l'extrait a tourné en boucle dans les médias servant ainsi de "teaser" au programme, avant sa diffusion ce lundi 7 septembre. Si l'élue du 7ème arrondissement de Paris n'est pas une novice en la matière, il semble qu'elle nous livre là le parfait "anti-manuel de communication". Les règles, apprises par tous les débutants, sont simples pourtant.

Ton sang froid en n'importe quelle circonstance tu garderas

« Est-ce que vous avez un lien direct ou indirect avec GDF-Suez ? C'est une question assez simple. [...] C'est juste une interview, je ne vois pas ce qui vous fait peur », demande Élise Lucet à la député européenne. « Je n'ai pas peur de vous, ma pauvre fille. Ma pauvre fille », assène avec mépris Rachida Dati en se retournant, avant d'ajouter « Non, mais, quand je vois votre carrière, votre carrière pathétique. » La violence des mots débités tranche avec le ton usuellement policé des échanges politiques. Trop tard. La patine du vernis communicationnel a craqué. Le mal est fait et déjà les railleries se diffusent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux. Sans compter l'élan de solidarité des journalistes pour soutenir Elise Lucet. Pourtant l'eurodéputée n'est pas un perdreau de l'année, elle sait que la première règle est de toujours garder son sang froid face à un journaliste. Interdiction formelle de sur-réagir. En situation sensible, un seul but : prendre la main sur les séquences de communication, tout en montrant votre volonté de tenir informé votre interlocuteur. Encore plus lorsque vous êtes filmé en "caméra teckel" : dans le jargon des reporters, cela désigne le fait de suivre la personnalité à filmer et de la mitrailler de questions avec insistance. Très fréquemment utilisée pour saisir "à chaud" des réactions et suivre en direct des actions menées "embedded", cette technique est celle employée pour filmer les descentes de police et autres interventions à vif. 

Le "no comment" toute ta carrière tu banniras

S'enfermer dans une "tour d'ivoire" et de ne pas communiquer et l'un des pires écueils à éviter car cette attitude est immédiatement associée à la notion de culpabilité. Les images de Rachida Dati entourée de ses vigiles tentant d'échapper aux interrogations d'Elise Lucet parlent d'elles-mêmes : l'ampleur de l'agacement laisse à penser que les questions ne sont pas si "à la con" à l'écran. Peu importe si les interrogations sont fondées ou non, vous aurez toujours tort de perdre votre sang froid. D'autant plus que, s'il ne faut jamais répondre à chaud, vous pouvez toujours vous engager sur un délai de réponse afin de prévoir une interview "à froid", en ayant eu le temps de reprendre vos esprits et de vous préparer à toutes les questions qui fâchent. Une interview n'est ni un interrogatoire, ni une relation de maître à élève. Votre message doit donc impérativement être calibré en amont de toute prise de parole. Encore plus en situation sensible. 

Ouvrir un contre-feu tu éviteras

Tout le monde pensait que l'histoire allait en rester là, mais c'était sans compter sur le tempérament pugnace de Rachida Dati qui a décidé d'utiliser la technique du "contre-feu". En deux mots, lorsqu'on est attaqué, cette dernière consiste à répliquer au lance-flammes pour que soient oubliées les accusations formulées originellement. En d'autres termes, couvrir le bruit médiatique. En intervenant au micro d'Europe 1 pour affirmer qu'elle ne regrette rien, Rachida Dati enfonce le clou et continue de s'en prendre violemment à la journaliste :

"Vous dites 'ma consoeur Elise Lucet', vous êtes généreuse. [...] Oui, j’ai été très véhémente avec elle, mais quand vous vous faites harceler… C’est très grave de porter des accusations sans preuve, explique la maire du 7e arrondissement de Paris. Je suis une élue de la République [...] On m’accuse et après on me dit de me justifier ? Mais je n’ai pas à me justifier ! Je n’ai rien à cacher, ce que je fais est transparent. Et si je n’ai pas envie de répondre à quelqu’un dont les méthodes sont scandaleuses, je n’y réponds pas. Je ne regrette rien" et d'ajouter : "Elise Lucet ne révèle jamais rien. Elle s’est muée en grande pasionaria, mais bon…"

 

Après la contre-attaque, l'heure est aujourd'hui à la victimisation. D'après son avocat, Jean-Pierre Mignard, Rachida Dati est "victime d'un choc émotionnel" constaté par un médecin du parlement. Pas sûr que cela soit suffisant en guise de défense : cette stratégie amuse déjà les twittos. Hier soir, Cash Investigation a réalisé son meilleur score en parts d’audience avec 15,1% : pas mal pour une émission "ne révèle rien et n'a aucun intérêt" selon l'eurodéputée.

Anne-Claire Ruel

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