Une héroïne de la Révolution

Cours d'alphabétisation au Centre Mazaya pour les femmes, Kafranbel

L'article qui suit a été publié le 27 décembre 2015 par le magazine syrien Mazaya qui met en lumière une "success story" hors du commun, celle de Ghalia Rahal, une militante de la société civile syrienne, récompensée par l'agence de presse Reuters pour son action au profit des femmes de son pays.

Ghalia Al Rahal, 40 ans, originaire de Kafranbel, près d'Idleb a reçu le prix "Trust Women Heroes" de l'agence Reuters. Elle a été choisie parmi 400 femmes originaires de 86 pays.

Ghalia est une femme qui aura fait preuve d'abnégation tout au long de sa vie. Constamment préoccupée par les souffrances des femmes syriennes, premières victimes du conflit, elle choisit pour le Centre Mazaya qu'elle dirige à Kafranbel la devise: "La femme n'est pas un fardeau, mais un soutien pour la société". Afin que ce principe devienne réalité, Ghalia a bravé les plus grands dangers, dans une société syrienne conservatrice et face à des us et coutumes qui se dressent comme autant d'infranchissables obstacles devant la femme, l'empêchant de réaliser son plein potentiel et de participer activement à la vie de la société.

Logo du Centre Mazaya pour les femmes de Kafranbel "La femme n'est pas un fardeau, mais un soutien pour la société"

"La femme n'est pas un fardeau, mais un soutien pour la société"

"Je ne sais pas comment j'ai pu être sélectionnée. Je ne sais pas pourquoi j'ai gagné le premier prix, dit Ghalia. Ce que je sais, en revanche, c'est que ce prix n'est pas une récompense pour moi seule. C'est une récompense pour toutes les femmes qui luttent, qui sont sorties de chez elles malgré les raids aériens, afin de subvenir aux besoins de leurs enfants et de tous les leurs, qui ont pu réaliser tout leur potentiel, ne pouvant compter que sur elles-mêmes".

Pour G. Rahal, ce prix a permis de mettre en lumière toutes les activités menées par les femmes syriennes au sein de leur société. "En effet, tous les Syriens de l'intérieur s'interrogent sur l'intérêt de nos centres consacrés aux femmes. Ils veulent savoir ce que nous avons pu réaliser et quels sont nos objectifs. Ils veulent également connaître nos activités dans le domaine de l'humanitaire". Les Syriens veulent soutenir ces centres qui aident les femmes et allègent leurs souffrances. A l'étranger également, ces centres ont acquis une bonne réputation, et ce notamment auprès de grands organismes internationaux, grâce aux efforts de développement déployés dans le pays au coeur du conflit. Dans ce cadre, le militantisme des femmes est d'une importance vitale, vu que ce sont elles qui payent le plus lourd tribut à la guerre.

Heureuse d'avoir reçu ce prix, Ghalia estime que celui-ci lui aura fourni une excellente opportunité de faire avancer la mise en oeuvre de ses projets. "Nous avons eu le sentiment que l'on accordait enfin l'intérêt nécessaire aux problèmes des femmes et au rôle que jouent celles-ci dans la société".

G. Rahal critique sévèrement la société "paternaliste" qui est la sienne et qui marginalise la femme. "Il ne faut pas généraliser, précise Ghalia. Il y a bien sûr de nombreux hommes qui croient que la femme a un rôle fondamental à jouer dans la société. Ceux-là précisément ont appuyé les activités de nos centres et ont permis de les pérenniser. Ils nous ont offert leur soutien matériel et moral. Nous leur devons une grande part de notre réussite".

Mona Al Moussa, 41 ans, rédactrice en chef de Mazaya, estime, pour sa part que "Ghalia mérite vraiment ce prix. Elle n'a épargné aucun effort, et a du faire face à un contexte et un entourage des plus difficiles. Même ses proches ont tenté par tous les moyens de dresser de nombreux obstacles devant elle, d'affaiblir son moral. Son centre a été attaqué à plusieurs reprises. Il y a eu des tentatives de vol, d'incendie. Elle a pourtant persévéré et a continué d'accueillir de nombreuses veuves et autres femmes en difficulté".

Des femmes refont l'inventaire des livres sauvés après un incendie du Centre Mazaya de Kafranbel

Des femmes refont l'inventaire des livres sauvés après un incendie

Mona se dit fière, car ce prix récompense en réalité toutes les femmes syriennes.

Pour Mokhlesa, directrice adjointe du réseau de bureaux créé par Ghalia, celle-ci a accompli ce qu'aucune autre femme n'aurait pu faire dans de telles circonstances, avec confiance et intelligence.

Alaa al Okal, 22 ans, est médecin. Elle travaille au sein du bureau médical de l'un des centres dirigés par Ghalia. Elle estime que le plus grand accomplissement de Ghalia est d'avoir "permis à des millions de femmes à travers le monde de comprendre qu'elles pouvaient agir seules, sans attendre l'aide d'un tuteur, d'un homme; sans attendre la compassion ou la pitié de qui que ce soit".

Quant à Ghalia, elle dit vouloir persévérer "afin que le monde entier prenne conscience du rôle culturel, intellectuel et social que jouent les femmes. Les talents des femmes ont besoin d'une grande marge de manoeuvre afin de s'exprimer. Autrement, ils restent opprimés et refoulés. Je veux également travailler afin de leur permettre de générer elles-mêmes leurs propres revenus, même au coeur du conflit et de ces circonstances difficiles."


Née en 1974 près d'Idleb, Ghalia Rahal est la présidente du Centre Mazaya pour les femmes et présidente de l'Union des Femmes de la Région d'Idleb. [NdT]

Le Prix "Trust Women Hero Award" de la Fondation Thomson Reuters récompense, chaque année, des femmes d'exception qui luttent afin de trouver des solutions pratiques aux problèmes des femmes partout dans le monde en leur donnant plus d'autonomie. Sont récompensées plus particulièrement les militantes qui luttent contre l'esclavage moderne et l'exploitation des femmes, et pour le respect des droits de celles-ci. [NdT]


Mazaya Logo

Mazaya est un magazine à visée éducative, créé début 2014 par le Centre Mazaya pour les femmes (Kafranbel, Gouvernorat d'Idleb) dans l'objectif de renforcer les capacités des femmes syriennes et de leur donner plus d'autonomie notamment à travers la formation technique et professionnelle. Fondé le 1er juin 2013 avec des moyens modestes, le Centre Mazaya a formé les femmes de la région dans le domaine des premiers secours, l'alphabétisation, l'apprentissage des langues étrangères. En quelques mois, la bibliothèque du centre comptait plus de 3500 ouvrages. Toutefois, suite à un incendie de nature criminelle, ces milliers de livres ont été engloutis par les flammes en novembre 2014. Malgré de nombreuses attaques, plus de 250 femmes se réunissent au centre quotidiennement. Elles en ont fait une véritable plateforme d'action. En plus de Kafranbel, l'expérience est répliquée aujourd'hui à Maarrat an-Nou'man, Maar Tahrama, Ahsam et Jbala dans la région d'Idleb.

 

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