Il fut un temps où la trêve estivale a remis en marche l'histoire du FN

La période estivale va-t-elle profiter au Front national ? Les élections présidentielles et législatives passées ainsi que le séminaire de refondation, certains idéologues campent sur leurs positions. À commencer par Nicolas Bay et Florian Philippot qui continuent de faire part de leurs divergences sur la ligne à suivre et à venir. Ce dernier affirme qu'il ne souhaite aucunement que le FN soit un « lobby anti-immigration ». L'immigration, poursuit le vice-président, « est un grand sujet, mais on doit être plus que ça, on doit être un grand parti de gouvernement ».

Il fut un temps où ces quelques semaines d’été ont été déterminantes dans l’histoire du FN. Les vacances de Jean-Marie Le Pen, en juillet 1978 ont, pourquoi pas, permis de remettre en marche l'histoire du parti. À ce moment précis, le FN entend modifier ses thèmes de mobilisation et ses méthodes de recrutement. L’assassinat de François Duprat (18 mars 1978) et les résultats des législatives du printemps (le FN recueille 3% des voix) précipitent les choses. Difficultés politiques, financières, logistiques et structurelles auxquelles s’ajoute un problème interne émergeant : le secrétaire général Alain Renault doit faire face à un courant solidariste de plus en plus fort, incarné par Jean-Pierre Stirbois, l’imprimeur du parti. En même temps, les retombées de l’héritage Lambert suscitent l'incompréhension des cadres ; le président du FN faisant immédiatement comprendre à son entourage politique que cet héritage est personnel et non politique. Au sein du FN, certains considèrent que leur parti vit ses derniers moments, qu’il est « fichu ». Malgré cela, Jean-Marie Le Pen part en vacances, en Grèce, au début de l’été, laissant Alain Renault « gérer une situation catastrophique ».

Franck Timmermans, responsable de la fédération de Paris, décide de lancer une pétition parmi les membres du comité central (CC) pour que la structure se réunisse au plus vite. Début juillet, le cadre du FN utilise les statuts de son parti pour demander aux membres du CC de saisir Jean-Marie Le Pen afin qu’une séance extraordinaire soit organisée rapidement. Ses destinataires sont invités à apposer leurs signatures au bas de la lettre envoyée s’ils pensent que « l’intérêt du Mouvement » exige la tenue de cette réunion. À la rentrée de septembre ou au congrès de novembre, ajoute-t-il, il sera « peut-être trop tard ». Franck Timmermans écrit notamment ceci dans ce document interne daté du 5 juillet 1978 : « Les épreuves et les obstacles accumulés depuis bientôt huit mois nous obligent à réfléchir, à faire notre autocritique, voire même à nous redéfinir. La situation actuelle du Front national, tant morale que structurale et politique, doit être abordée dans les délais les plus brefs en comité central, et ce, malgré la période estivale, (...) peut-être la dernière occasion de reconsidérer notre organisation interne et nos rapports extérieurs ». Le nombre de signatures requis par les statuts est rapidement dépassé.

Franck Timmermans s'adresse alors directement à Jean-Marie Le Pen. La vingtaine de signataires souhaite que les problèmes relatifs à l’organisation du mouvement « soient évoqués, débattus après la lecture du rapport et d’une motion présentés par votre serviteur » écrit-il dans une lettre datée du 30 juillet. Sont proposées, entre autres, au bureau politique et au président du FN, la réorganisation du parti au niveau des instances dirigeantes et l’augmentation des cotisations et adhésions. Le Front national doit faire face à un « endettement colossal » qui exige d’être résorbé dans les plus brefs délais. Pierre Durand et Jean-François Chiappe mettent en garde Franck Timmermans contre la réaction prévisible de Jean-Marie Le Pen ; ce dernier pouvant considérer cette démarche comme une tentative de sédition, ou du moins, de rébellion ! Quoiqu'il en soit, le Comité central se réunit. Les propositions faites - et validées par le président du FN - vont constituer les fondements de l’organisation frontiste à venir avec la mise en place d’éléments et de structures pérennes.

Ceux qui ont participé à l’histoire balbutiante du parti soulignent l’importance des années 1974-1978 dans la construction du premier Front national en pointant un élément essentiel : une « harmonie des différences ». Comme le souligne Franck Timmermans dans un entretien daté de mai 2013, différents courants coexistent alors au sein du parti, se respectent et se nourrissent mutuellement : « Il y avait les monarchistes, Jean-François Chiappe et Pierre Durand, Jean Bourdier puis Victor Barthélemy, François Duprat pétri de fascisme européen, Christian Baeckeroot un solidariste, Roger Holeindre ancien résistant, Jean-Marie Le Pen un poujadiste bon teint, tous ces gens-là qui avaient des origines, des idées philosophiques parfois totalement différentes, s’entendaient très bien, se complétaient. Il n’existait pas de querelles de chapelle. Le groupe animé par Pierre Bousquet, Militant, qui avait ses propres fichiers, ne travaillait pas pour infiltrer ou pour essayer d’imposer sa tendance. Ils ont finalement toujours joué le jeu avec nous. (...) Tout ce petit monde s’est entendu pendant quatre, cinq ans, sans aucune arrière-pensée : un moment où on a pu travailler en fonction des méthodes de Victor Barthélemy qui donnait le la mais chacun avait son instrument de musique dans l’orchestre ».

Pendant cette première période (1972-1981), le FN est un parti de bénévoles de la politique, de militants qui s’investissent sans compter. Lors de la législative partielle de 1981, en Normandie, Pierre Surgeon, amputé d’une jambe, vend sa voiture pour payer sa propre campagne. Carl Lang, futur cadre du FN, se souvient en 2013 de ce « mouvement militant, de gens très engagés et politiquement marginalisés et attaqués ». Il évoque une « camaraderie quasi combattante : une atmosphère militante qui fonctionne jusqu’en 1986. Le FN reste une bande de camarades soudés, de générations différentes ». L’émergence électorale du parti (1981-1988) s'annonce. Les cadres frontistes centrent leur campagne sur le thème de l’immigration, associée au chômage et à l’insécurité. Un peu plus de trois décennies plus tard, la voix d'un recentrage et celle d'un retour aux fondamentaux paraissent assumées. Ceci dit, l'été 2017 ressemble à un entre-deux de l'histoire du FN pendant lequel les responsables du parti aspirent à remettre en marche leur formation politique dans la perspective d'annoncer sa rénovation.

 

 

 

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