2002 et 2017 : rebelote ?

Affiche présidentielle 2002

Marine Le Pen ne sera donc pas Présidente de la République. Sa campagne de l’entre-deux tours a été mouvementée ; le point d’orgue étant certainement le débat TV du 3 mai entre les deux candidats à la présidentielle. Quinze ans plus tôt, son père vivait la même issue avec, évidemment, des différences de taille ; la première étant le résultat des deux figures du FN. Au second tour de la présidentielle de 2002, avec 17,8 % des voix, Jean-Marie Le Pen n’améliore son score du premier tour que de 720 319 voix. Sur ce plan-là également, sa fille fait mieux que lui. Ce 7 mai 2017, Marine Le Pen affiche un résultat de 33,9 % des voix : presque 3 millions de plus que le 23 avril. Plus de 10,6 millions d'électeurs ont déposé un bulletin à son nom dans l'urne, soit près du double de 2002 (5,5 millions des voix). Retour sur la campagne de l’entre-deux-tours de 2002... à mettre en perspective avec celle effectuée par Marine Le Pen quinze ans plus tard.

Pour la première fois, il n’y a pas d’émission télévisée entre les deux prétendants à la présidence de la République, Jacques Chirac ayant refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen. Le président sortant obtient 82,2 % des suffrages exprimés. Le report important des voix de gauche sur son nom et la mobilisation anti-Le Pen expliquent ce résultat inédit dans l’histoire de la Cinquième République.

Au Front national, on avance comme explication le « lynchage médiatique ». Mais certains affirment, à voix basse, que leur parti ne s’est pas donné les moyens d’affronter ce moment historique. La campagne de l’entre-deux-tours a, en fait, été très mal vécue. Jean-Marie Le Pen était le plus souvent absent, injoignable par son équipe. Son meeting du 2 mai, dans une salle du Palais des sports de Marseille pratiquement vide, n’a pas arrangé la situation.

Jean-Marie Le Pen le reconnaîtra lors du congrès de Nice, en avril 2003 : le FN n’était pas prêt à devenir un parti de gouvernement : gouverner « n’était pas notre tasse de thé. Nous n’étions pas dans une potentialité de pouvoir ». Les mégrétistes, eux, analysent les résultats du premier tour comme une concrétisation de l’élan des régionales de 1998. Mais pour eux, le Le Pen de l’entre-deux-tours est un homme qui ne « fait rien », comme le rapporte un ancien cadre du FN qui poursuit ainsi : lorsque le président du FN annonce que sa première mesure en cas de victoire sera la suppression de l’euro, il commet une « erreur que même un candidat aux cantonales n’aurait pas faite ». S’il avait proposé un « référendum sur l’immigration, il cassait la baraque. Il donnait un véritable sens au second tour qui, là, était foutu », ajoute-t-il qui jugent, avec d’autres dissidents du parti, que Le Pen est à ce moment-là « de connivence avec le système ». La « vraie » histoire du FN se résumerait alors à ces quelques mots, qui viennent contredire la légende d’une opposition systématique dont se prévaut, depuis son apparition, le parti d’extrême droite.

Plusieurs membres du FN l’affirment : il existe un Jean-Marie Le Pen d’avant et un d’après 2002. Carl Lang revient sur ce moment en septembre 2013. Il évoque un homme totalement différent après le succès du premier tour. Il parle d’une « révolution psychologique » post-2002. Avec une certaine ironie, l’ancien secrétaire général du FN explique que le Le Pen d’avant 2002 a été kidnappé et qu’on l’a tout simplement remplacé : « C’est une personnalité narcissique avec, forcément, une dérive autoritaire qui s’accentue avec la vieillesse. Il faut lui refléter l’image qu’il attend de vous. C’est aussi un des moteurs de sa réussite politique. Ce défaut de caractère était une force dans les moments difficiles. Jean-Marie Le Pen sait qu’après le second tour ses perspectives personnelles sont terminées. Je trouve qu’il change radicalement. Certains traits de son caractère s’affirment. Dans les années quatre-vingt, il faisait des efforts, tentait de séduire, usait de son sens de l’engagement et de l’amitié. Cela s’est dégradé après 98. Ensuite, il ne fait plus aucun effort. Si les gens ne sont pas contents, ils dégagent. Jean-Marie Le Pen règle ses comptes personnels et ne fait plus aucun effort politique ».

Les élections législatives ont toujours été moins favorables au FN que les présidentielles. Le 9 juin 2002, le parti affiche sa présence dans 577 circonscriptions, avec notamment ce slogan : « Pour vivre en paix chez nous, il faut que cela change ». Le Front national se maintient dans une quarantaine de circonscriptions au second tour. Le 9 juin, une sorte de répétition des élections antérieures se produit : le FN obtient 11,4 % des voix et aucun député. Le refus de tout accord avec le FN a été la règle générale. Le contexte n’était pas favorable à l’extrême droite : le gouvernement Chirac était en place depuis un mois déjà, et le scrutin majoritaire restait un handicap pour le FN. C’est un retour à la situation de 1988 : une droite forte ayant pour corollaire la faiblesse du FN, une partie de son électorat s’étant abstenu ou ayant voté pour le parti de la majorité.

Quinze ans après 2002, le FN s'apprête à affronter ces élections dans une configuration politique inédite. Le parti de Marine Le Pen s'y prépare depuis de longs mois. Environ 80% de ses candidats ont un mandat local. Ils ont bénéficié d'une formation politique et pratique. Ils sont surveillés de près... et exclus bruyamment dès qu'ils dérogent à la ligne fixée par le parti lepéniste. Certaines terres et bastions du FN sont évidemment visés, notamment le nord-est de la France. Lors des législatives de 2002, Marine Le Pen accédait au second tour dans la treizième circonscription du Pas-de-Calais. Cinq ans plus tard, elle confirme son travail d’implantation à Hénin-Beaumont. Ses 41,06 % de voix obtenus au second tour des législatives de 2007 sont, certes, le résultat du travail en amont de Steeve Briois et de Bruno Bilde qui y ont pratiqué un maillage militant « efficace ». Mais, même si elle est battue, la future présidente du FN sait que cette nouvelle étape la mène vers d’autres perspectives dont une essentielle : la succession à Jean-Marie Le Pen. Dix ans plus tard, la présidente du Front national est en passe de changer la dénomination de sa formation politique. Le FN doit faire partie de l'histoire ancienne et l'Alliance patriote et républicaine annoncerait la nouvelle. Jean-Marie Le Pen a réagit immédiatement : il ne laissera pas le nom du FN disparaître. L'ancien président du FN qui considère que le résultat décevant de sa fille est dû à la mise en avant de thèmes centraux « comme l’euro, l’Europe et la retraite à 60 ans » !

 

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